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Nos lecteurs ont la parole - Par Nadine Naccache

Oraison funèbre pour un pays mort depuis bien longtemps

Un peuple est en train de se consumer et de mourir sous le regard outrageusement indifférent et laxiste des multiples et hétéroclites peuples du Liban et leurs BFF (Best Friends Forever). À ce stade, je ne pourrais donc pas blâmer le regard m’en-fichiste interplanétaire tant qu’on leur reflète allègrement notre futilité légendaire.

Les multiples peuples du Liban ne croient pas tous en cette révolution qui réclame un changement radical du système politico-féodal, qui exige un avenir meilleur pour leurs enfants, qui cherche désespérément une justice loyale qui ne les lâchera pas, qui se débat vaillamment pour abolir les barrières de la peur, qui veut éradiquer la corruption et annihiler le clientélisme. Une évidence claire comme de l’eau de roche. Les multiples peuples du Liban sont heureux dans leur zone de confort bien au chaud à côté de papa et de maman. Les multiples peuples du Liban n’ont apparemment pas les mêmes problèmes existentiels du peuple libanais survolté.

Les multiples peuples du Liban ont la légèreté de ne pas comprendre la gravité du danger. Ces personnes ne se sentent pas concernées par l’état lamentable du pays, ni par la corruption qui le ronge depuis des décennies, ni par la misère, ni par l’injustice sociale, ni par la crise monétaire, ni par le niveau général de détresse. Ces personnes vivent dans un pays taillé à leurs mesures mesquines et étriquées, le pays imaginaire des bisounours où tout le monde est content, tout le monde est heureux, où il n’y a ni famine, ni chômage, ni pauvreté, ni souffrance, ni tourments. Ces personnes ont, certes, une vie meilleure que le reste de la population libanaise révoltée. Ces personnes qui vivent sous l’autorité de leur chef de clan sont assurément les zombies de la société libanaise.

Tout simplement parce que le peuple est divisé. On a plusieurs peuples, ceux qui ont prêté allégeance au zaïm, au clan, au rite, au quartier ou même au pote du coin et... les autres, des reconvertis, des repentis, des insurgés, des électrons libres, des « thouwar ».

Ce Liban qu’on vomit est un pays où les principes et l’éthique n’ont pratiquement jamais existé, où les droits les plus minimes du citoyen sont bafoués chaque jour, je parle tout d’abord de la dignité et aussi de l’accès aux soins, aux médicaments, à l’eau, à l’électricité, à l’éducation, aux moyens de transport, à la dévastation des routes sous la pluie et au vol des caisses publiques. Un pays où la lutte contre le cancer de la corruption et le clientélisme réduit à être considéré au pire un traître de la nation, au mieux un traître à sa confession et au demi-dieu à qui on doit soumission. Ce pays où les citoyens revendiquent tout simplement le droit de vivre... et en paix.

La thaoura est contrainte de se battre sur plusieurs fronts. Les « thouwar », en première ligne des manifestations, sont motivés, fidèles aux rendez-vous, mais ont un grand besoin de guidance, d’organisation, de support et de la présence sur le terrain de la majorité des peuples du Liban pour perdurer et accéder à leurs revendications. Ils ont besoin de femmes et d’hommes dans les rues pour crier leurs récriminations, leur désapprobation, leurs souffrances et les injustices. On ne fait pas de révolution devant son poste de télévision en discutant du pourquoi et comment Romeo a décidé de faire le mur pour rejoindre sa Juliette.

Chez les thouwar, tapis rouges et glamour sont hors sujet. Ici on discute plutôt du quotidien peu glorieux, on dénonce la misère, la faim, le froid et la pauvreté, l’humiliation et l’avilissement. On partage le bonheur du dîner populaire de Noël organisé et offert généreusement en simultané sur plusieurs places publiques libanaises, et le festival non moins populaire et gratuit de la soirée de la Saint-Sylvestre à l’abri du majestueux poing de la thaoura. Une grande famille s’est créée, solidaire et déterminée. Réfléchissez et rejoignez les rangs du peuple !

« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. » Albert Einstein

Le silence ne sauvera pas le Liban.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Un peuple est en train de se consumer et de mourir sous le regard outrageusement indifférent et laxiste des multiples et hétéroclites peuples du Liban et leurs BFF (Best Friends Forever). À ce stade, je ne pourrais donc pas blâmer le regard m’en-fichiste interplanétaire tant qu’on leur reflète allègrement notre futilité légendaire. Les multiples peuples du Liban ne croient pas tous en cette révolution qui réclame un changement radical du système politico-féodal, qui exige un avenir meilleur pour leurs enfants, qui cherche désespérément une justice loyale qui ne les lâchera pas, qui se débat vaillamment pour abolir les barrières de la peur, qui veut éradiquer la corruption et annihiler le clientélisme. Une évidence claire comme de l’eau de roche. Les multiples peuples du Liban sont heureux dans leur zone de...
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