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Politique - éclairage

La crainte de la résurgence de la théorie des trois tiers


Photo prise lors d'un Conseil des ministres à Baabda. Photo Dalati et Nohra.

Une question taraude les esprits depuis le dernier Conseil des ministres qui s’est tenu jeudi dernier : pourquoi le chef de l’État, Michel Aoun, a-t-il fait retirer du texte de son intervention devant le cabinet la phrase faisant allusion à l’édification de la troisième République ? Selon des sources ministérielles, le texte initial que le président avait commencé à lire débutait par la phrase suivante : « La période est difficile et nous œuvrons avec détermination pour l’établissement de la troisième République », un projet qui fait référence à la réhabilitation de la théorie des trois tiers (chrétien, sunnite et chiite) par opposition à la parité, à savoir la répartition du pouvoir entre les deux composantes chrétienne et musulmane. La copie comprenant ce paragraphe a été aussitôt retirée sous prétexte d’une erreur de typographie.

Cet incident, pour le moins surprenant, a suscité une objection dans certains milieux politiques du 14 Mars qui n’ont pas manqué de rappeler les tentatives du Hezbollah qui avait jadis déployé des efforts en ce sens en appelant à une Constituante. Dans les milieux du parti chiite, on s’efforçait parallèlement à promouvoir un changement de l’équation consacrée à Taëf, à savoir la parité, critiquée du fait que son adoption n’a aucunement tenu compte de l’évolution démographique. D’où la nécessité de lui substituer désormais la règle des trois tiers conformément au développement démographique survenu après l’accord conclu en Arabie saoudite en octobre 1989, comme l’on fait valoir certaines voix proches du Hezb.

Les positions exprimées à l’époque par le parti chiite ont suscité de multiples craintes que le chef du Parlement, Nabih Berry, s’est aussitôt dépêché de dissiper au cours de l’une des réunions dites du dialogue national en 2013, du temps du mandat de Michel Sleiman.

Devant les participants, M. Berry avait démenti les informations véhiculées à ce propos, affirmant qu’« il se permettait de s’exprimer au nom des chiites, des sunnites et des druzes » et qu’il réaffirmait son « attachement à Taëf » et à l’équation que cet accord avait mise en place. Il n’était donc pas question de toucher au principe de la parité, encore moins de la mise en place d’une Constituante.

Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, s’est attelé quelque temps plus tard, lors d’une intervention, à réfuter ces informations en exprimant à son tour son attachement à Taëf, qualifiant toute tentative de changement de l’esprit de l’accord de « pur délire ».

Depuis, et à intervalles plus ou moins réguliers, on évoque de nouveau la nécessité d’amender la Loi fondamentale, une proposition qui avait resurgi durant la période de la vacance au niveau de la présidence de la République puis après l’accès de Michel Aoun à Baabda, et plus récemment, au cours des tractations en vue de former le gouvernement aujourd’hui présidé par Hassane Diab.

Dès la désignation de M. Diab, les appréhensions de la rue sunnite se sont accrues ainsi que les craintes quant à une remise en cause des fondements de Taëf. D’où l’insistance du nouveau Premier ministre à évoquer cette question dans la déclaration ministérielle, histoire de calmer les esprits. Le texte de la déclaration avait d’ailleurs consacré un paragraphe à ce sujet, dans lequel le gouvernement affirme que les accords de Taëf et la Constitution constituent les piliers sur lesquels reposent la stabilité et la paix civile. « Ils représentent également une garantie des équilibres nationaux et l’unique régulateur des relations entre les institutions. »

Plusieurs forces issues du camp du 14 Mars avaient alors considéré ce paragraphe suffisamment rassurant, estimant que tout discours évoquant la nécessité de modifier la Loi fondamentale était inapproprié durant cette période sensible.

Pour autant, les interrogations autour des velléités d’aller dans le sens de l’édification d’une troisième République restent de mise. Les craintes seraient notamment justifiées par la prépondérance des forces du 8 Mars et de l’axe syro-iranien sur la vie politique libanaise. Certains observateurs se sont d’ailleurs arrêtés sur le dernier discours du Premier ministre, samedi dernier, pour constater que ses positions sur les questions économiques et financières laissent entrevoir une volonté de changement du système économique libéral pour lui substituer une forme de dirigisme, justifiée par la nécessité de passer d’une économie de rente à une économie productive.



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commentaires (2)

SI LES MILICES PARLENT DES TROIS TIERS LA FAUTE REVIENT ENTIEREMENT SUR LE CPL ET SA SUBORDINATION AU HEZB AU LIEU DE SE RANGER SUR LE FUTUR QUI PROMEUT LE 50/50.

SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

09 h 39, le 10 mars 2020

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Commentaires (2)

  • SI LES MILICES PARLENT DES TROIS TIERS LA FAUTE REVIENT ENTIEREMENT SUR LE CPL ET SA SUBORDINATION AU HEZB AU LIEU DE SE RANGER SUR LE FUTUR QUI PROMEUT LE 50/50.

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    09 h 39, le 10 mars 2020

  • Ainsi, mon général et son gendrissime auront très bien servi les intérêts des Chrétiens. Et on se dit défenseur des Chrétiens!! Mais on se rend compte que Bassil ne s'intéresse qu'à emprunter des avions à ses amis et à forager en face de Batroun et à construire une centrale électrique dans son fief (Selaata). Voilà finalement l'étendue de son ambition et au diable les bâtisseurs du LIBAN. Quelle honte, ce n'est pas étonnant que nos jeunes quittent!

    Michael

    00 h 34, le 10 mars 2020

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