Rechercher
Rechercher

Politique - Eurobonds

Joumblatt à « L’OLJ » : Le régime devient de plus en plus totalitaire

Pour l’opposition, Hassane Diab n’a pas les moyens politiques... de sa politique.

Les trois pôles du pouvoir réunis samedi à Baabda avant le Conseil des ministres. Photo Dalati et Nohra

Sans réelle surprise, le Premier ministre Hassane Diab a annoncé samedi que le Liban ne paiera pas les eurobonds arrivant à échéance aujourd’hui, d’une valeur de 1,2 milliard de dollars. Une décision prise à l’issue d’une séance du Conseil des ministres tenue à Baabda sous la présidence du chef de l’État, Michel Aoun, et qui met de facto le Liban en situation de défaut de paiement, une première dans l’histoire du pays.

Justifiant ce choix, le Premier ministre a expliqué, dans un discours adressé aux Libanais, que les réserves en devises de la Banque du Liban ont atteint un niveau critique, tout en imputant la responsabilité de la crise aiguë que traverse le pays au seul modèle économique et financier de l’après-guerre, dans ce qui a sonné comme une critique du haririsme politique et économique qui a prévalu dans les années 90, en prenant soin de ne pas s’arrêter sur la gestion politique des affaires publiques, responsable en grande partie de la catastrophe économique et financière dans laquelle le pays est plongé. Faut-il rappeler l’affaire du réajustement des salaires dans le secteur public en 2017, approuvé au Parlement en dépit des mises en garde de tous les responsables économiques et financiers du pays, sans une réforme sérieuse d’une administration minée par le clientélisme et la corruption ?


(Pour mémoire : Comment se déroule une restructuration de dette, selon Camille Abousleiman)


Sans annoncer des mesures concrètes de réformes à même de redresser le pays, M. Diab a donc prononcé un discours purement technique, occultant sciemment la dimension éminemment politique des crises chroniques qui n’en finissent pas de secouer le Liban. Il a ainsi renvoyé la balle dans le camp des acteurs de la vie économique, alors que de nombreux protagonistes locaux ainsi que les partenaires internationaux du Liban sont conscients que le problème est aussi politique. On en veut pour preuve les querelles et blocages relevant de la seule politique politicienne qui ont toujours laissé leur impact négatif sur la scène locale, et plus particulièrement sur l’économie nationale et le quotidien des Libanais.

Si le chef du gouvernement continue d’afficher sa détermination à opérer les réformes exigées par la communauté internationale, a-t-il les moyens politiques... de sa politique ? Non, selon les milieux de l’opposition qui estiment que le gouvernement reste sous la coupe de ses parrains, majoritaires à la Chambre. Le discours de M. Diab est « vide », estime-t-on dans ces milieux où l’on craint ouvertement une dérive « totalitaire » du régime sous prétexte de vouloir changer le modèle économique devenu obsolète aux yeux du Premier ministre. C’est ce point de vue que présente à L’Orient-Le Jour le leader du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt. « À part la décision de ne pas payer les eurobonds, le discours de Hassane Diab est vide de tout contenu », déclare-t-il, en constatant que le chef du gouvernement « accuse les acteurs de la période passée d’être responsables de la crise alors que certains d’entre eux font partie de son gouvernement », en allusion au tandem chiite. « Il aurait pu annoncer quelques mesures de réformes, notamment en matière d’électricité, mais il les a omises », ajoute M. Joumblatt.


(Lire aussi : Le discours de toutes les peurs, l'édito d'Elie FAYAD)

Des propos qui interviennent quelques jours après un appel lancé par le leader de Moukhtara sur son compte Twitter à « soutenir le gouvernement, au-delà de toute autre considération, parce que le vide (gouvernemental) nous mènera tous vers l’inconnu ». Aujourd’hui, Walid Joumblatt semble toutefois plus que jamais convaincu de son positionnement d’opposant. Selon lui, « le Premier ministre est encerclé par certains anciens officiers notoires de la période précédente, et par le Courant patriotique libre ». « Nous sommes dans l’opposition. Le régime devient de plus en plus totalitaire », ajoute le chef du PSP, sans cacher ses craintes quant à une nationalisation d’entreprises privées, notamment de banques. Une façon de répondre implicitement aux critiques formulées par M. Diab contre le modèle économique en vigueur. « Ce n’est que le début pour les banques », estime-t-il, assurant qu’il ne défend aucunement ces institutions financières. Détaillant les raisons de la crise actuelle, Walid Joumblatt rappelle que « la Banque du Liban a été obligée de prêter de l’argent à un État en faillite ». « La clique au pouvoir va devenir plus méchante pour mener le Liban vers l’Est inconnu (en allusion à l’axe syro-iranien) au lieu de le garder en équilibre entre l’Est et l’Ouest », a-t-il encore dit.

Tout comme Walid Joumblatt, le leader des Kataëb Samy Gemayel a rapidement critiqué le discours de M. Diab, laissant entendre qu’il n’était pas à la hauteur de la gravité de la crise actuelle. Sur son compte Twitter, M. Gemayel a écrit : « Pas de mesures légales, pas de réformes rapides et immédiates, ni de mesures économiques et sociales de sauvetage, ni de mesures pour contourner les retombées de la décision (de faire défaut de paiement). » Et d’ajouter : « Nous n’avons entendu que la faillite du Liban et la chute des réserves de la BDL en devises étrangères. »


(Lire aussi : Le Liban en défaut de paiement : les principaux points du discours de Diab)



Le Hezbollah revient à la charge
En face, les principaux parrains du cabinet Diab se sont naturellement félicités de la décision prise à la faveur d’une couverture politique élargie, qui s’est manifestée par la réunion entre le chef de l’État Michel Aoun, le président de la Chambre Nabih Berry et le Premier ministre Hassane Diab, avant le Conseil des ministres consacré à la question des eurobonds. Mais d’un autre côté, cette réunion tripartie montre que les choses n’ont pas vraiment changé au niveau de la gestion des affaires publiques et plus particulièrement du respect du principe de la séparation des pouvoirs.

Le CPL a qualifié la décision du gouvernement de « courageuse et qualitative », estimant qu’elle « prouve que l’équipe ministérielle a rompu avec les politiques adoptées durant les phases précédentes, et qu’elle est prête à les changer », comme on peut lire dans un communiqué publié hier par le département médias du courant aouniste. « Le gouvernement a consacré cette orientation en prenant une décision courageuse face à l’échéance des eurobonds, dans la mesure où il ne peut pas honorer cet engagement », ajoute le texte, appelant à compléter la décision par la mise en place d’un plan de gestion de la dette qui inclurait la réglementation du taux de change et d’inflation et lierait les politiques de la Banque centrale au gouvernement, sans pour autant porter atteinte au secteur bancaire ou au modèle économique libéral. Et d’assurer que la position du parti concernant le recours à un plan de sauvetage élaboré par le Fonds monétaire international n’est tributaire que du souci de préserver les intérêts des Libanais. Le CPL se montrait ainsi favorable à une éventuelle aide du FMI pour sortir le pays du chaos, sachant que pour le moment le Liban n’a fait que solliciter l’assistance strictement technique de cette instance pour résoudre la crise.

A contrario, le Hezbollah est revenu à la charge quant à son opposition à tout plan du FMI. Après le secrétaire général adjoint du parti chiite, Naïm Kassem, c’est le cheikh Nabil Kaouk, membre du conseil politique de la formation, qui a mis en garde contre « une tutelle étrangère » qui s’imposerait au Liban. « Le Hezbollah se félicite de toute aide à condition qu’elle ne constitue pas un prétexte pour imposer au Liban une tutelle extérieure », a-t-il tonné, tout en se disant favorable à la mise en place de réformes qui encourageraient l’afflux des aides.

De son côté, Anwar Khalil, député berryste de Hasbaya, a créé la surprise en critiquant la décision gouvernementale. Selon lui, « c’est une annonce officielle de la faillite du Liban ». Dans une déclaration, il a rappelé que la décision de ne pas payer les eurobonds constitue une infraction à la Constitution, dans la mesure où elle expose les propriétés privées (les titres détenus par les créanciers) à des dangers. « Il s’agit aussi d’une entorse aux lois du budget qui ont permis au gouvernement de s’endetter et honorer ses engagements, et non de ne pas rembourser ses dettes », a encore dit M. Khalil.


Lire aussi
Le Liban en défaut de paiement : et maintenant ?


L'avis des experts
Les enjeux juridiques de la restructuration de la dette, selon Nasri Diab et Karim Daher

Les conséquences d’une restructuration de la dette du Liban, par Oussama A. Nasr


Sans réelle surprise, le Premier ministre Hassane Diab a annoncé samedi que le Liban ne paiera pas les eurobonds arrivant à échéance aujourd’hui, d’une valeur de 1,2 milliard de dollars. Une décision prise à l’issue d’une séance du Conseil des ministres tenue à Baabda sous la présidence du chef de l’État, Michel Aoun, et qui met de facto le Liban en situation de défaut de...

commentaires (13)

Il me fait rire le père Joumblat, à part critiquer et tourner comme un girouette au grès du vent on ne l'a jamais vu prendre une quelconque responsabilité dans la gestion des crises.

Citoyen

18 h 51, le 09 mars 2020

Tous les commentaires

Commentaires (13)

  • Il me fait rire le père Joumblat, à part critiquer et tourner comme un girouette au grès du vent on ne l'a jamais vu prendre une quelconque responsabilité dans la gestion des crises.

    Citoyen

    18 h 51, le 09 mars 2020

  • cela suffit de dire 30 ans IL SUFFIT DE DIRE LES 10 DERNIERES ANNEES ONT CONNU UN DOUBLEMENT OU TRIPLEMENT DE LA DETTE ET CELA DEPUIS QUE LE CPL A ETE AU POUVOIR QUAND DES AFFAMES ARRIVENT AU POUVOIR LEUR SEUL SOUCI EST DE PRENDRE TOUT LE POUVOIR POUR ASSOUVIR LEUR FAIM LA VERITE IL NE SUFFIT PAS DE DIRE LEVEE DU SECRET DES COMPTES BANCAIRES IL FAUT DIRE COMME RAYMOND EDDE : D'OU AS TU CELA? LA LOI DEVRAIT PERMETTRE DE REVENIR A 2005 L'ANNEE DU DEPART DES SYRIENS DU LIBAN A AUJOURDH'UI POUR VOIR COMMENT UNE PERSONNE A PU AVOIR AUTANT D'ARGENT DANS SES COMPTES ET DEPENSER AUTANT ET CELA POUR TOUT LE MONDE SANS EXCEPTION, PAS SEULEMENT AUX POLITICIENS LA VERITE JE DOUTE QUE LE PARLEMENT VOTERE UNE LOI PAREIL MAIS SANS CELA PERSONNE NE VERRA UNE PIASTRE DE CES VOLS

    LA VERITE

    17 h 01, le 09 mars 2020

  • Dans "le langage des gestes pour les nuls" nous apprenons à la page 189 que cette figure de croisement des doigts en chevrons exprime un trac ou de la panique ! Quant au M. "je tourne ma veste" il nous a habitué de le faire "toujours du bon côté" comme dans la chanson de Du tronc, mais il déroge apparemment à sa propre règle.

    Shou fi

    16 h 58, le 09 mars 2020

  • Mr. Joumblat a raison

    Eleni Caridopoulou

    16 h 54, le 09 mars 2020

  • Ce n'est pas en tweetant sans arrêt et en critiquant les autres que l'on peut construire une nation digne de ce nom. Cela dure depuis des années et notre malheureux pays en est toujours au même point zéro en tout, même il régresse dangereusement depuis un certain temps. Agissez...en silence...qui est d'or...alors que la parole est...(seulement)...d'argent ! Quant à nos chers Tontons Kassem et Kaouk, ils ont été instruits des mêmes leçons enseignées par Tonton Khameneï et ses prédécesseurs suprêmes, et ne connaissent rien d'autre. Leur raisonnement est donc "pré-enregistré", immuable et...infaillible ! Irène Saïd

    Irene Said

    14 h 31, le 09 mars 2020

  • Le Hezbollah ne veut pas une tutelle sur le pays sauf bien sur la tutelle Iranienne.

    EL KHALIL ABDALLAH

    12 h 25, le 09 mars 2020

  • je trouve la photo super trois mecs qui croisent les mains au lieu de se mettre au travail.

    youssef barada

    10 h 05, le 09 mars 2020

  • Peut-être qu'il en faudrait un peu de la poigne. Si la girouette était aux commandes il aurait fait de même .

    FRIK-A-FRAK

    09 h 23, le 09 mars 2020

  • Triste de voir les leaders libanais dans cette crise existentielle si divisés sans aucun retour ni aux sources ni aux principes ,et le comble un gouvernement qui tarde à sortir de sa propre prison .

    Antoine Sabbagha

    08 h 11, le 09 mars 2020

  • Il est assez comique de voir le Hezbollah mettre en garde contre « une tutelle étrangère » qui s’imposerait au Liban!

    Yves Prevost

    08 h 07, le 09 mars 2020

  • RESPONSABLES = LES DEUX MILICES IRANIENNES ET LE CPL DE TOUS LES DEBOIRES DU PAYS. POUR LE PASSE ET POUR LE PRESENT.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    07 h 44, le 09 mars 2020

  • Politicians who were in charge of the government for over 30 years and were responsible for mismanaging the economy and overseeing the corruption are now in the opposition. They are shirking their responsibilities and criticizing the government instead of helping with devising constructive solutions that would lift the country from the abyss. If you have nothing positive to offer, stay out of the way and allow the government to get the job done. The team currently in the Diab government are highly qualified technocrats and appear more trustworthy than the career politicians such as Mr. Joumblatt and his ilk, who have helped create the economic crisis.

    Mireille Kang

    01 h 59, le 09 mars 2020

  • Pas de guerre civile svp Walid Bey , calmez vos ardeurs !

    Chucri Abboud

    01 h 15, le 09 mars 2020

Retour en haut