Votre courrier du lundi 2 mars évoquant la rue Makhoul a fait l’effet d’un coup de massue vif à ma mémoire que je croyais brouillée surtout lorsqu’il s’agit d’un passé révolu, rarement évoqué par souci de plaies pas vraiment cicatrisées, par souci de nostalgie.
À l’aube de mes 10 ans, enfant, j’observais comme vous avec étonnement et admiration ce phénomène nouveau qui se dévoilait devant mes propres yeux, celui d’un festival de rue longeant la petite ruelle Makhoul de Ras Beyrouth.
Des artistes de tous domaines confondus, peintres, sculpteurs, artisans, chanteurs, amateurs, avaient tous répondu présent à cette fête des arts et de la musique, mettant de côté, le laps de quelques jours recelés, les effrois d’une guerre obscure et pesante.
Ce souvenir qui me revient de loin, tel le réveil d’un sommeil profond de plus de quatre décennies, ravive en moi des couleurs bien vives, des sons bien clairs, des va-et-vient incessants de la rue Makhoul. Oui, ce souvenir ranime en moi le sentiment d’une grande joie enfouie au plus profond de l’enfant que j’étais.
La rue Makhoul, ce petit tronçon de ruelle, était complètement anonyme avant l’avènement de ce festival qui, non seulement inaugurait pour la première fois au Liban le phénomène de festival de rue, mais devint par la suite emblématique d’une volonté de tout un peuple de savourer l’art de la joie de vivre. Oubliés les problèmes, les différences, les divergences, le sectarisme, les blessures de la guerre, les Libanais de toutes les régions étaient venus témoigner leur volonté de vivre ensemble, en paix, en harmonie, tout comme les couleurs et les sons qu’exaltait la rue Makhoul.
Le petit restaurant de la rue Makhoul n’est plus depuis bien longtemps. Il ne reste de ce fief des hommes et des femmes des arts de l’époque qu’un souvenir délectable pour ceux qui l’ont connu. Son propriétaire, instigateur et moteur du festival Makhoul, a poursuivi son chemin jusqu’à son dernier souffle, portant le Liban comme centre de toutes ses activités artistiques, le représentant sous toutes ses formes, dans tous les domaines, par toutes ses personnalités.
Makhoul hier, Makhoul aujourd’hui.
Les époques ont changé, les ruelles ont évolué, pour le meilleur, pour le pire…
Cependant, une constante demeure vraie. La volonté de vivre de notre peuple libanais, de vivre en harmonie, en paix et en toute dignité. Ce peuple en a le droit.
Reste, Makhoul 78 ; désormais, tu ne dors plus au fond de ma mémoire. Tu es bien réveillé.
Merci Serge Seroff.
Directeur administratif et financier
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