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Nos lecteurs ont la parole - Christian Jeanbart

Facturation en monnaie nationale

La facturation en livres libanaises est réclamée haut et fort par les contestataires de ce fameux mois d’octobre 2019, qui laissera certainement ses stigmates dans l’histoire du Liban. Une telle exigence est dans l’absolu parfaitement justifiée. Mais si l’on observait plus profondément les contraintes qu’elle impose, une autre approche pourrait bien se faire valoir une place prépondérante dans les calculs et relativiser l’absolu.

Constatons d’abord les réalités avec un peu de pragmatisme : nous sommes, bon gré, mal gré, tributaires de nos partenaires commerciaux, essentiellement parce qu’il résulte de nos échanges avec eux une balance commerciale déficitaire et que nous payons nos importations en devises. Oui, mais alors comment faisait-on autrefois et pourquoi en est-on arrivé plus tard à établir, en parallèle à la livre libanaise, une facturation courante en dollars ?

La question nécessite un petit coup d’œil comparatif entre le passé et le présent. Avant 1975, quand l’économie du Liban était en bonne santé, le cours de la livre libanaise était relativement stable. En conséquence, tout importateur n’avait rien à craindre du fait de payer ses fournisseurs en devises et de percevoir en contrepartie de ses clients des livres libanaises qui assuraient aux citoyens – salariés et ceux du monde des affaires – à peu près le même pouvoir d’achat.

Mais depuis le séisme de 1975 avec ses répliques ultérieures, et plus précisément le milieu des années 1980, la détérioration de la situation politico-sécuritaire a semé la panique et suscité une méfiance qui s’est répercutée de façon systématique sur la valeur de la livre. Et c’est justement là que le bât blesse. Les importateurs ne pouvaient plus payer, d’un côté, leurs marchandises et matières premières en devises et, de l’autre, les comptabiliser en une monnaie nationale qui subissait des dévaluations trop sévères. C’est alors que l’on avait commencé à facturer certaines ventes locales en devises, en ajoutant toutefois sur la facture la mention que le règlement pouvait se faire en livres libanaises au cours du jour où le paiement était effectué. Cette pratique avait permis d’éviter grosso modo le danger créé par la chute de la monnaie nationale.

Une telle disposition avait donc pris son libre cours dans le secteur privé, sans pour autant que les autorités ne lui consentent une validité officielle. On contournait ainsi une grande partie du problème de parité qui évoluait continuellement au détriment de la livre libanaise ; une grande partie, oui, et pas totalement, car pour bon nombre de salariés et de métiers, cette issue n’a été que d’une efficacité partielle. Cela étant, elle a quand même eu le mérite d’éviter une faillite généralisée. C’est là un fait indéniable.

Rappelons-nous d’ailleurs, à juste titre, qu’avant les années 1980, le dollar s’échangeait à environ 3 livres libanaises et qu’il fluctue aujourd’hui entre 2 300 et 2 400 LL. En de telles circonstances, était-il possible au pays du Cèdre de se cantonner dans sa monnaie nationale et de subvenir malgré tout à ses besoins ? Bien sûr que non !

Que faire alors pour satisfaire cette revendication des révoltés ? Toute légitime que soit la question, la réponse n’a rien d’évident. L’idéal serait de trouver une marge raisonnable de stabilité pour la livre libanaise, qui se maintiendrait naturellement contre vents et marées. Certes, mais c’est là un slogan beaucoup trop facile par rapport à la tâche qui en découle, d’autant que notre économie ne peut pas fonctionner en circuit fermé.

Master en affaires internationales

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

La facturation en livres libanaises est réclamée haut et fort par les contestataires de ce fameux mois d’octobre 2019, qui laissera certainement ses stigmates dans l’histoire du Liban. Une telle exigence est dans l’absolu parfaitement justifiée. Mais si l’on observait plus profondément les contraintes qu’elle impose, une autre approche pourrait bien se faire valoir une place prépondérante dans les calculs et relativiser l’absolu. Constatons d’abord les réalités avec un peu de pragmatisme : nous sommes, bon gré, mal gré, tributaires de nos partenaires commerciaux, essentiellement parce qu’il résulte de nos échanges avec eux une balance commerciale déficitaire et que nous payons nos importations en devises. Oui, mais alors comment faisait-on autrefois et pourquoi en est-on arrivé plus tard à établir, en...
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