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Nos lecteurs ont la parole - Par Jacques Moufarrege

L’histoire est un perpétuel recommencement

Aucun ministre libanais de l’Éducation nationale n’a médité sur cette phrase d’un philosophe grec : « L’histoire est un éternel recommencement. »

Ce ministère n’a pas écrit de livre sur l’histoire du Liban ni rendu obligatoire son étude dans toutes les classes de l’école primaire ou secondaire.

Le Liban a des racines qui vont profondément dans cette terre sur laquelle nous vivons. Cette terre fertile, bénie par tous les dieux depuis la nuit des temps, fut réclamée sienne par tous les nationalismes locaux : syrien (Antoun Saadé), arabe (Michel Aflak) et libanais (Saïd Akl).

Cette terre de nature riche et variée, accidentée et saisonnière, s’est imprégnée des cultures et religions avoisinantes : juives, chrétiennes, musulmanes, perses, arabes, occidentales pour devenir le berceau des courants philosophiques et religieux qui se sont créés au Proche-Orient depuis plus de 20 siècles.

Ce peuple de Libanais s’est adapté aux différentes langues parlées par les visiteurs en parlant le « libanais », qui n’est autre que le syriaque, langue parlée autrefois au Liban, mélangé à la langue arabe.

Ce peuple qui s’est « accommodé » de tant de « visiteurs étrangers » différents, a survécu à plusieurs occupations dont la dernière, ottomane, a duré 4 siècles, et qu’avait précédée l’occupation mamelouk, la plus terrible, durant 2 siècles, et l’occupation franque (croisés) durant 2 siècles aussi.

Doté d’une résilience hors du commun, le Libanais a su sauvegarder la fierté de sa propre identité !

Ce peuple mérite bien un livre d’histoire décrivant en détail la réalité du terrain et le dépassement de soi de ses citoyens : c’est un devoir que nous, Libanais d’aujourd’hui, devons à nos ancêtres, pour glorifier leur courage et les prendre en exemple.

Le ministère libanais de l’Éducation nationale n’aurait pas dû seulement écrire des livres d’histoire et de géographie du Liban, faisant fi des divergences internes confessionnelles, il aurait dû rendre obligatoire dès 1943 :

- Le drapeau libanais et l’hymne national dans les écoles.- Le service militaire ou civique pour tous les jeunes, garçons et filles.

- Le tourisme local interdépartemental.

Et encourager le rôle des parents et de la famille dans l’éducation de leurs enfants.

Le ciment de la cohésion d’un peuple, du nord au sud, tous niveaux sociaux confondus, est l’amour de la patrie : le service militaire/civique cultive, l’écotourisme fortifie et les TV régionales cimentent.

La patrie est un concept abstrait commun à tous les citoyens d’un pays : c’est un sentiment noble, une appartenance qui ne connaît pas la tiédeur mais le dépassement de soi ; c’est un don reçu à sa naissance par chaque citoyen. C’est ce sentiment qui est à la base de l’institution de la démocratie car dans la patrie nous sommes tous citoyens égaux devant la loi, avec les mêmes droits et les mêmes obligations.

Pour occuper notre pays convoité par beaucoup depuis toujours, l’agresseur hypothétique n’utilise pas les armes qui auraient déclenché une riposte suivie de pertes. Non, l’agresseur hypothétique s’assure de la complicité de « zaïms » locaux et préfère s’attaquer aux fondements de notre pays/nation/patrie que sont : la famille et ses valeurs humaines ; la nature ; l’environnement ; le sous-sol.

Pour cela, l’agresseur cherche à créer une société d’un peuple sans histoire et sans liant, il bafoue le pacte national basé sur la pluralité et la multitude équilibrée de 18 confessions, il fait doubler la densité de la population (serait-elle devenue la plus élevée au monde après Hong Kong ?) par un apport massif de réfugiés, il dénature notre environnement en multipliant la déforestation et crée des carrières pour le ciment ou autre (1 200 carrières « légales », 1 carrière par 8 km2), il multiplie les décharges sauvages empoisonnant l’atmosphère et les cours d’eau, il fait annuler le service militaire ou civique, il modifie l’apprentissage de l’histoire dans les classes, il réduit au maximum la qualité de l’école publique primaire et secondaire, il autorise la création d’universités, 52 au total (le Liban détient-il le record mondial du nombre ?), afin de noyauter la qualité reconnue de l’enseignement universitaire libanais, il détruit le centre historique de la capitale et il inonde la classe dirigeante d’argent.

La nature n’aime pas le vide !

En l’absence de l’État, le citoyen devient un obligé d’un « zaïm local » qui est lui-même un obligé d’un dirigeant étranger : le code régissant les relations humaines n’est plus basé sur le droit ou sur l’honnêteté mais sur la recherche de l’argent facile. Que de milliards de dollars, illicites comme provenance, sont injectés dans les poches de quelques-uns ! Au km2, le Liban détient-il le plus grand nombre d’avions et de yachts privés au monde ?

La révolution du 17 octobre 2019 ne peut que réussir !

La révolution du 17 octobre nous fera changer de paradigme !

Paradigme passé : un mode opératoire basé sur la référence à un zaïm local.

Paradigme futur : bâtir un Liban nouveau basé sur les valeurs, sur le mérite, sur l’honnêteté.

Pacifique, cette révolution va attirer beaucoup de monde car elle n’est pas liée à une tranche d’âge ni à une classe sociale et suit l’exemple des révolutions pacifiques passées qui ont toutes réussi : Ghandi, Luther King, révolution de velours tchèque, etc.

Naturelle, car elle représente l’écrasante majorité des citoyens dont les droits sont usurpés par l’infime minorité des usurpateurs.

Bénévole, car elle nécessite peu de moyens et provoque un minimum de dégâts matériels.

Locale, elle ne nécessite pas de déplacements de foules car chaque ville possède un lieu de rassemblement.

De longue haleine, car ne nécessitant pas beaucoup de moyens, cette révolution peut et doit durer le temps qu’il faut pour que la corruption cède.

Définition de la corruption, passive ou active : c’est le détournement d’une action qui transgresse le droit et la morale, par exemple accepter de l’argent en contrepartie d’un avantage indu.

S’enrichir en travaillant, recevoir un héritage, réussir en affaires… ce n’est pas de la corruption !

La révolution du 17 octobre

attire les ONG !

Le Liban qui s’est distingué par tant d’excès n’est pas un pays de « Candides voltairiens », loin de là.

Le nombre d’ONG qui y travaillent dépasse l’entendement. Les dons se font par millions de dollars pour plusieurs centaines (1 500 ?) de municipalités libanaises.

À nos manifestants bienveillants et patriotes, je dis : faites attention, votre courage, votre abnégation, votre démocratie font des jaloux parmi les puissances étrangères qui veulent vous infiltrer pour banaliser votre révolution et la détourner de ses objectifs.

À tous nos braves, je dis : un contrôle strict des flux d’argent doit être fait pour s’assurer que ces dons d’argent à buts humanitaires apparents ne cachent pas d’autres objectifs non avoués.

Je trouve quand même étonnant que si un révolutionnaire professionnel voulait uniquement appuyer les objectifs de la révolution, il aurait inséré dans ses slogans ou ses refrains des vers provenant de chansons et poèmes ayant fait leurs preuves dans la conduite réussie de révolutions passées.

La poésie a cette facilité d’être vite retenue par le peuple ; elle élève le niveau culturel de communication dans les manifestations, les médias et les réseaux sociaux. Toutes les révolutions se sont faites en chansons, pourquoi la nôtre va y échapper ?

L’espoir fait vivre ! L’amour fait grandir ! La révolution du 17 octobre a fait subjuguer cet espoir et transcender le peuple libanais et nous mènera, par la grâce de Dieu, à la concrétisation de ses objectifs et à l’avènement d’une société de droits dans un pays libre et indépendant.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Aucun ministre libanais de l’Éducation nationale n’a médité sur cette phrase d’un philosophe grec : « L’histoire est un éternel recommencement. » Ce ministère n’a pas écrit de livre sur l’histoire du Liban ni rendu obligatoire son étude dans toutes les classes de l’école primaire ou secondaire. Le Liban a des racines qui vont profondément dans cette terre sur laquelle nous vivons. Cette terre fertile, bénie par tous les dieux depuis la nuit des temps, fut réclamée sienne par tous les nationalismes locaux : syrien (Antoun Saadé), arabe (Michel Aflak) et libanais (Saïd Akl). Cette terre de nature riche et variée, accidentée et saisonnière, s’est imprégnée des cultures et religions avoisinantes : juives, chrétiennes, musulmanes, perses, arabes, occidentales pour devenir le...
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