Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole - Par Pascale Stéphan

Il est où le complot ? Il est où ?

Pour la classe politique, devant ce vent de liberté qui souffle et en adepte des théories du complot qu’elle est, la révolution est poussée par des forces occultes.

Cette classe dans son impuissance et dans son ignorance insiste à vouloir trouver des explications, des interprétations, et tente d’élucider les causes et révéler les forces derrière cette révolution phénoménale. Et c’est seulement par la conspiration que passe sa seule et unique interprétation.

Alors, notre fameuse classe politique se démène et s’active à trouver Le responsable... Celui qui distribue de l’eau aux révolutionnaires, qui les aide à fêter un Noël exceptionnel et solidaire, à bâtir leurs tentes, qui les pousse à lever leurs étendards haut et fort, qui leur chuchote que la corruption est un mal qui sévit depuis longtemps, qui leur explique qu’ils méritent de meilleurs représentants et de meilleurs gouvernements, qui les aide à se réveiller, leur fournit l’énergie et la force pour s’insurger et leur donne des ailes pour voler vers leur liberté.

Elle veut trouver l’explication à ce phénomène qu’est la révolution dans des théories qui relèvent du loufoque. Elle veut se convaincre et convaincre ses serviteurs, dans sa peur et dans sa fragilité, que ce sont des forces non élucidées qui tirent les ficelles de ces marionnettes qui manifestent et investissent les places publiques. Puisque, dans son aveuglement et son absurdité, il lui est impossible de comprendre que les marionnettes représentent tout un peuple et que celui-ci puisse agir en toute liberté.

Alors, elle fait circuler des rumeurs qui se propagent et qui influencent leurs serviteurs. Et elle joue sur la peur, la peur de son anéantissement, et elle a peur.

Si « rien n’arrive par hasard » est un principe de base de la théorie du complot, alors oui, la révolution n’est pas le fruit du hasard. C’est le fruit du mécontentement et du ressentiment accumulés pendant près d’un demi-siècle de désespérance et de souffrance avec des dirigeants automates, fantoches, limite statuettes confectionnées au gré des désirs et plaisirs des pays qui s’immiscent despotiquement et détruisent nos facultés de décision et nos libertés d’action. Justement, le hasard n’a pas sa place dans cette révolution. Mais il est où, le complot ?

Si « tout ce qui arrive est le résultat de volontés cachées » est un autre principe, alors les Libanais seraient des agents secrets au service de ces forces obscures. Et ces forces utilisent les révolutionnaires comme des marionnettes et leur tirent les ficelles selon leur volonté. Mais c’est plutôt la volonté de tout un peuple qui a éclaté du fait de l’absolu et l’infinie insensibilité et irresponsabilité de ses responsables. Elle a éclaté bien heureusement contre un système affreusement corrompu, submergé par l’incapacité, la déchéance intellectuelle et l’inefficacité de ses responsables. Si insoutenable est devenue la vie de ce peuple que par un séisme, il s’est exprimé, et sa colère, il l’a affichée, son combat, il l’a commencé. Alors, ils sont où, ces volontés cachées et il est où le complot ?

Si « rien n’est tel qu’il paraît être » est également un autre principe de la théorie du complot, cela veut dire que le peuple libanais ne décide pas par lui-même. Or, un peuple uni et rassemblé pour défendre des valeurs et des principes de liberté est un peuple souverain et libre qui ne peut pas se soumettre à des forces étrangères qui prendraient les décisions à sa place. Il n’accepte pas qu’on lui enlève son indépendance. Il se soulève à l’unisson pour clamer son amour pour la liberté. Et par conséquent, il amplifie comme à la loupe l’incapacité de ses dirigeants à comprendre les revendications d’un peuple à vivre décemment dans la liberté. Puisque vivre librement, décider librement, choisir librement, cela transcende les facultés de cette classe gouvernante. Mais il est où, le complot ?

Si « tout est lié de façon occulte » est un principe de base des théories du complot, alors oui, la révolution est liée aux comportements occultes de la fameuse classe politique qui en a fait, dans sa gloire, sa meilleure réussite.

Occultes, oui, la soumission et l’argent que des pays envoient pour nous garder sous leur emprise, qui constituent les raisons d’être et l’existence même de certains groupes.

Occultes, oui, le partage des richesses et la corruption qui ont abouti à l’appauvrissement de tout un peuple.

Occultes, oui, les dépenses extravagantes en millions de dollars alors que plus de la moitié du peuple crie famine et indignation.

Occulte, l’enrichissement époustouflant de certains au prix de la liberté du peuple.

Votre œuvre disgracieuse s’est accomplie dans la clandestinité, le mensonge et l’ignominie. Il est là, le complot !

Tous ces faits et preuves, pleins de sens et de logique, qui ont mené à la révolution, la classe politique les oublie. Ils ne collent pas avec ses principes, elle les dénie et elle les ignore tout simplement. Toute cette ingéniosité révolutionnaire leur est juste insoutenable.

Mais à nous le peuple, toutes ces marionnettes avec leurs prétendues ficelles sont des merveilles, et elles nous font rêver. C’est notre plus belle pièce de théâtre jamais jouée, elle est interprétée avec beaucoup de créativité, le scénario est ingénieux et la mise en scène est juste sensationnelle. Elle fait notre bonheur et notre fierté, et exprime notre idéal de liberté.

Et s’il arrive que des pays dans le monde perdent leur flamme de liberté, c’est au Liban qu’ils peuvent la retrouver, et c’est passionnément qu’elle crépite, et dans la fascination, l’émotion et les pleurs qu’elle se dépense.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Pour la classe politique, devant ce vent de liberté qui souffle et en adepte des théories du complot qu’elle est, la révolution est poussée par des forces occultes. Cette classe dans son impuissance et dans son ignorance insiste à vouloir trouver des explications, des interprétations, et tente d’élucider les causes et révéler les forces derrière cette révolution phénoménale. Et c’est seulement par la conspiration que passe sa seule et unique interprétation. Alors, notre fameuse classe politique se démène et s’active à trouver Le responsable... Celui qui distribue de l’eau aux révolutionnaires, qui les aide à fêter un Noël exceptionnel et solidaire, à bâtir leurs tentes, qui les pousse à lever leurs étendards haut et fort, qui leur chuchote que la corruption est un mal qui sévit depuis longtemps, qui...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut