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Politique - Gouvernement

Boukhari à Dar el-Fatwa : des messages en direction de Diab ?

L’entretien avec le mufti de la République est le premier de l’ambassadeur saoudien avec une personnalité libanaise depuis le début du soulèvement populaire.

Walid Boukhari s’entretenant avec le mufti Deriane. Photo ANI

C’est une visite significative que l’ambassadeur d’Arabie saoudite à Beyrouth, Walid Boukhari, a effectuée hier à Dar el-Fatwa, plus haute autorité religieuse sunnite du pays, pour y rencontrer le mufti de la République, le cheikh Abdellatif Deriane.

À l’issue de l’entretien, M. Boukhari a tenu des propos porteurs de plusieurs messages politiques en direction du Premier ministre, Hassane Diab. Le diplomate saoudien s’est félicité du « rôle rassembleur que joue Dar el-Fatwa, conformément aux directives du mufti Deriane (qui n’a pas encore exprimé de soutien à M. Diab), pour contribuer à résoudre la crise qui secoue le Liban ». Et d’espérer que « le Liban, synonyme du vivre-ensemble, jouisse à nouveau de la croissance et la prospérité, et collabore avec ses amis et frères arabes, dans l’intérêt de ces pays et leurs populations ».

L’ambassadeur a, par ailleurs, insisté sur « l’attachement de l’Arabie à la stabilité et la sécurité du Liban ». « Elle se tient aux côtés de tous les Libanais et leurs institutions », a-t-il ajouté, soulignant « l’importance de promouvoir les relations bilatérales dans tous les domaines », comme on peut lire dans un communiqué publié hier par Dar el-Fatwa.

De son côté, le mufti a déclaré qu’« en dépit de la crise économique, les Libanais tiennent à une vie digne dans le cadre des institutions qui les rassemblent ».

C’est surtout sous l’angle de son timing et du contexte politique tendu que cette initiative saoudienne en direction de Dar el-Fatwa est à analyser. Elle intervient à l’heure où Hassane Diab n’a toujours pas rencontré le mufti de la République. Une rencontre qui aurait dû avoir lieu après la formation du gouvernement, comme l’avait annoncé le Premier ministre lui-même en marge des consultations parlementaires, le 21 décembre dernier.

La visite de Walid Boukhari à Dar el-Fatwa a lieu alors que le chef du gouvernement peine à bénéficier de l’appui de la rue sunnite et des pays arabes, notamment le royaume wahhabite, même s’il a tenté de remédier à cette lacune en annonçant, depuis Baabda, que les monarchies du Golfe seront ses premières destinations à l’étranger.

Dans les milieux proches de Dar el-Fatwa, on se contente de faire valoir que « la visite de l’ambassadeur d’Arabie au mufti de la République est la première réunion de M. Boukhari avec une personnalité libanaise depuis le début du soulèvement populaire, le 17 octobre dernier.



(Lire aussi : Le gouvernement Diab cherche à ménager les pays arabes)



« Crise de confiance »
Le cabinet continue, pour sa part, de déployer ses efforts pour gagner la confiance aussi bien du mouvement de contestation que de la communauté internationale. C’est dans ce but qu’une version préliminaire de la déclaration ministérielle a été filtrée ces derniers jours dans les médias et sur les réseaux sociaux, selon des milieux politiques cités par notre chroniqueur Philippe Abi Akl. Dans ces milieux, on estime qu’il s’agissait, pour le gouvernement Diab, de se faire une idée de la réaction du mouvement de contestation et des pays amis du Liban au texte, dont la version finale sera examinée lors d’une séance du Conseil des ministres demain à Baabda, sous la présidence du chef de l’État, Michel Aoun.

Sauf que contrairement à ce qu’auraient espéré M. Diab et son équipe, les contestataires persistent et signent : le cabinet est loin de répondre à leurs demandes, notamment pour ce qui est de la formation d’un cabinet de spécialistes indépendants des partis politiques en présence. Ils s’apprêtent d’ailleurs à se mobiliser pour empêcher la tenue des séances parlementaires consacrées au vote de confiance, rappellent encore les mêmes milieux.

Toujours selon ces sources politiques, la communauté internationale a observé un silence radio à l’égard de la version fuitée de la déclaration ministérielle, dans l’attente d’une sérieuse mise en application des réformes économiques exigées par les partenaires du Liban pour débloquer les fonds qui lui sont promis depuis 2018.

Dans les milieux de l’opposition, c’est surtout la partie politique de la déclaration ministérielle qui semble susciter la colère. Sur ce plan, on critique dans ces milieux le fait que le gouvernement Diab, qui était supposé répondre favorablement aux demandes du mouvement de contestation, n’est autre qu’une copie conforme des cabinets précédents. Il a, d’ailleurs, calqué le paragraphe articulé autour de la « résistance » à partir de la dernière déclaration ministérielle. « Le gouvernement affirme que l’État œuvre pour libérer les fermes de Chebaa, les hauteurs de Kfarchouba et le territoire occupé de Ghajar, par tous les moyens légitimes, et affirme aussi le droit des Libanais et Libanaises de résister à l’occupation israélienne (...) », peut-on lire dans le texte qui prévoit la distanciation du Liban « par rapport aux conflits qui porteraient atteinte à ses relations avec les pays arabes ».

Des opposants rappellent, dans ce cadre, que plusieurs protagonistes relevant du camp qualifié de « souverainiste » se sont déjà montrés hostiles à cette formule, appelant à ce que « le droit à la résistance » relève du seul ressort de l’État, et non d’un parti en particulier. Même son de cloche dans des cercles diplomatiques occidentaux où l’on insiste sur la nécessité, pour les autorités libanaises, de ne plus assurer de couverture politique au Hezbollah, de s’engager à appliquer la distanciation, ainsi que les résolutions du Conseil de sécurité 1 559 (2004) et 1 701 (2006), pour pouvoir bénéficier des aides promises au Liban.

Pour le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, le pays vit « une crise de confiance ». S’exprimant devant une délégation d’hommes d’affaires FL, il a déclaré : « En dépit de la formation du gouvernement, nous faisons face à une crise de confiance sur le triple plan local, arabe et international. » Cela s’explique par le fait que « la majorité, qui a mené le pays à la situation actuelle, le gouverne toujours, sous le couvert du gouvernement Diab », a encore dit le chef des FL, avant d’ajouter : « Les aides financières promises au Liban n’auraient certainement pas mis fin à la crise, mais auraient, au moins, freiné l’effondrement. »



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commentaires (3)

Tant qu'il y aura des écervelés qui croient encore à une résistance quelconque au Liban, ce pays ne sortira pas indemne des complots concoctés à son encontre. Le Liban doit être neutre et ne doit se mêler d'aucun conflit régional ni servir de terrain de règlement de comptes. Seule l'armée devra veiller à sa sécurité et aucun parti armé ne doit exister sur son territoire. C'est la condition sine qua non pour que notre pays retrouve sérénité, unité et prospérité. Tout le reste n'est que baliverne.

Sissi zayyat

12 h 31, le 08 février 2020

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Commentaires (3)

  • Tant qu'il y aura des écervelés qui croient encore à une résistance quelconque au Liban, ce pays ne sortira pas indemne des complots concoctés à son encontre. Le Liban doit être neutre et ne doit se mêler d'aucun conflit régional ni servir de terrain de règlement de comptes. Seule l'armée devra veiller à sa sécurité et aucun parti armé ne doit exister sur son territoire. C'est la condition sine qua non pour que notre pays retrouve sérénité, unité et prospérité. Tout le reste n'est que baliverne.

    Sissi zayyat

    12 h 31, le 08 février 2020

  • Fifi nous dit Liban avant tout . A supposer que les bensaouds nous viennent en aide , le feraient ils gratuitement ? Hein Fifi ?

    FRIK-A-FRAK

    13 h 43, le 06 février 2020

  • L,ARABIE SAOUDITE EST UN FACTEUR DE STABILITE POUR NOTRE PAYS CONTRAIREMENT A L,IRAN QUI Y ENTRETIENT DES MILICES DESTABILISATRICES.

    LA LIBRE EXPRESSION

    07 h 00, le 05 février 2020

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