Des partisans du maréchal Haftar huent le président Erdogan près d'un véhicule des forces de Tripoli offert par la Turquie. REUTERS/Esam Omran al-Fetori/Reuters
L’émissaire de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, a dénoncé hier devant le Conseil de sécurité les violations continues des engagements pris le 12 janvier à Berlin par la communauté internationale pour arrêter les ingérences et les livraisons d’armes aux belligérants.
« Toutes ces manœuvres pour ravitailler les deux parties menacent de précipiter une nouvelle conflagration bien plus dangereuse. Elles violent l’esprit et la lettre de la conférence de Berlin », a souligné l’émissaire lors d’une liaison vidéo avec le Conseil de sécurité. « J’exhorte les parties et leurs soutiens étrangers à renoncer à toute action imprudente et à renouveler leur engagement exprimé à œuvrer en faveur d’un cessez-le-feu », a-t-il ajouté. L’émissaire a notamment évoqué des « renforcements militaires » dans les deux camps – les forces du maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’Est cherchant à conquérir Tripoli depuis avril, et celles de Fayez el-Sarraj, chef du Gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par l’ONU. Ils « risquent de relancer le spectre d’un conflit large engloutissant l’ensemble de la région », a averti Ghassan Salamé. « Les belligérants ont continué de recevoir une quantité considérable d’équipements modernes, de combattants et de conseillers fournis par leurs soutiens étrangers, en violation de l’embargo sur les armes ainsi que des engagements pris par les représentants de ces pays à Berlin », a rapporté le responsable de l’ONU.
Il a notamment cité le renforcement des lignes des forces de Haftar le long des lignes de front dans Tripoli « avec des armes, de l’équipement, des éléments d’infanterie, incluant des combattants étrangers ». Il y a eu « une augmentation notable de vols cargos – plusieurs par jour – à l’aéroport Benina et sur la base aérienne al-Khadim dans l’est de la Libye pour fournir des équipements militaires », a-t-il précisé.
Cargo battant pavillon libanais
« Dans le même temps, des combattants étrangers sont arrivés par milliers à Tripoli et se sont déployés auprès des forces libyennes » soutenant le GNA. Encore mardi, des navires étrangers, y compris des bateaux de guerre, ont été vus au large de Tripoli en plus de cargos, a ajouté Ghassan Salamé. Depuis la conférence de Berlin, « 110 violations de la trêve » obtenue par la Russie et la Turquie ont été constatées, a indiqué l’émissaire.
Par ailleurs, le porte-avions français Charles de Gaulle a repéré mercredi au large des côtes libyennes une frégate turque escortant un cargo acheminant des véhicules blindés de transport de troupes à destination de Tripoli, a appris hier l’AFP de source militaire française. Le cargo Bana, battant pavillon libanais, a fait escale mercredi dans le port de Tripoli, a précisé cette source. Selon le site Marine Traffic, ce navire croisait hier après-midi au large de la Sicile.
M. Salamé a aussi confirmé que la première réunion de la commission militaire conjointe, composée de 5 membres représentant Haftar et 5 membres représentant le GNA, ne s’était pas tenue à Genève mardi comme prévu, faute de participation des représentants du maréchal Haftar.
Ghassan Salamé a indiqué qu’il prévoyait de rencontrer ce dernier dans deux jours à Rajma, près de Benghazi, pour le pousser à envoyer ses représentants militaires à Genève. Il a enfin exhorté le Conseil de sécurité à adopter rapidement une résolution pour créer une nouvelle dynamique vers une fin de conflit. Un projet de texte rédigé par le Royaume-Uni est en discussion depuis plusieurs jours sans qu’une date de vote ait encore été arrêtée.
Source : AFP

