Des chauffeurs de taxi vêtus d’une combinaison protectrice dans la ville de Wuhan, en Chine. China Daily via Reuters
Le bilan de l’épidémie de pneumonie virale s’est alourdi à 170 morts hier en Chine, après un bond sans précédent du nombre quotidien de décès, et la France s’apprête, dans le sillage des Américains et des Japonais, à évacuer ses ressortissants de Wuhan, ville coupée du monde depuis une semaine.L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a décrété hier que l’épidémie apparu en Chine, et qui s’est étendue à plusieurs régions du monde, constitue « une urgence de santé publique de portée internationale ». « Notre plus grande préoccupation est la possibilité que le virus se propage dans des pays dont les systèmes de santé sont plus faibles (...). Il ne s’agit pas d’un vote de défiance à l’égard de la Chine », a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. De nombreux pays ne sont pas prêts à y faire face, a en outre mis en garde hier le Conseil de supervision de la préparation globale (GPMB), un organe de contrôle international basé à Genève, tout en saluant « la rapidité de la réponse » apportée jusqu’ici par les pays et l’OMS.
38 décès en 24 heures
Les autorités chinoises ont fait état hier de 38 décès durant les 24 heures précédentes, plus forte progression quotidienne depuis le début de l’épidémie en décembre, portant le bilan à 170 morts. Le nombre de patients contaminés a grimpé à environ 7 700 en Chine continentale (hors Hong Kong), dépassant désormais largement celui (5 327) de personnes infectées par le SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère) en 2002-2003.
Wuhan, métropole du centre de la Chine d’où est partie l’épidémie, est coupée du monde depuis une semaine, comme la quasi-totalité de la province environnante du Hubei.
Alors que ce cordon sanitaire imposé le 23 février interdit à quelque 56 millions d’habitants de quitter la région, les États-Unis et le Japon ont évacué mercredi une partie de leurs ressortissants. Un second avion américain est attendu dans les prochains jours.
C’est à présent au tour de Paris: un premier avion français est parti dans la nuit de mercredi à jeudi à destination de Wuhan, selon des sources concordantes. Selon une source proche du dossier, l’avion devrait revenir aujourd’hui avec 250 personnes, mais l’aéroport d’arrivée, l’horaire et le lieu de la quarantaine de 14 jours ne sont pas encore définis et évolueront « en fonction de la situation sur place ». Un second vol est prévu « plus tard dans la semaine », selon la Commission européenne, pour rapatrier d’autres Français et des ressortissants d’autres pays européens. Un A380 qui a décollé hier matin du Portugal devrait permettre de rapatrier quelque 350 Européens, dont des Français, a d’ailleurs déclaré à la télévision portugaise le commandant grec de l’appareil, affrété selon les médias portugais par la France.
Dompteur de virus
Wuhan, où la circulation des véhicules non essentiels est interdite, gardait hier des allures de ville fantôme. Si les magasins et restaurants restaient quasi-tous fermés, on voyait toutefois dans les rues un peu plus de piétons que les jours précédents, selon les journalistes.
Certains expatriés français refusent de partir: « C’est un acte réfléchi (...). Mon travail ici consiste à aider les étrangers », a confié le Dr Philippe Klein, se qualifiant de « dompteur de virus » face à l’épidémie.
D’autres pays planifient des opérations. L’Italie a annoncé l’envoi d’un avion hier, Berlin prévoit l’évacuation de quelque 90 Allemands « dans les prochains jours », le Canada comme la Nouvelle-Zélande veulent affréter des avions. Londres a annoncé qu’un vol britannique prévu initialement hier avait reçu l’autorisation pour partir ce matin de Wuhan avec environ 200 Britanniques à son bord.
Des milliers d’autres étrangers piégés à Wuhan restent sans certitude de pouvoir partir. « J’ai l’impression qu’ils ne se soucient pas de nous. Je pourrais mourir de faim, je pourrais aussi être infectée et mourir », se désole Aphinya Thasripech, une Thaïlandaise trentenaire enceinte, alors que Bangkok n’a dévoilé aucun plan de rapatriement.
Moscou ferme ses frontières
Aucun des 195 Américains arrivés mercredi sur une base militaire californienne ne présente les symptômes du virus mais tous y resteront en quarantaine pendant 72 heures. Parmi les 206 Japonais rapatriés mercredi, trois ont été contaminés, portant à 14 le nombre de cas recensés dans l’archipel. Tokyo n’a pas imposé de quarantaine à ses rapatriés.
Si l’essentiel des contaminations ont été détectées en Chine continentale, une quinzaine d’autres pays sont touchés, avec plus de 80 cas confirmés au total dont cinq en France. Signal inquiétant, des transmissions interhumaines ont été enregistrées hors de Chine, en Allemagne, au Japon et au Vietnam.
Aux États-Unis, le mari d’une femme sexagénaire ayant contracté le nouveau coronavirus en Chine a été contaminé à son retour à Chicago, ont annoncé les autorités sanitaires américaines hier. « Nous savons que cela peut paraître inquiétant », a déclaré le directeur des Centres de contrôle et de prévention des maladies, Robert Redfield, mais « le risque immédiat pour les Américains est faible », a-t-il insisté, en soulignant qu’il s’agissait d’une contagion entre époux.
Par ailleurs, les mesures de précaution internationales se durcissent: plusieurs compagnies aériennes, dont Air France, British Airways et Lufthansa, ont suspendu leurs vols vers la Chine continentale, où des pays comme le Royaume-Uni, l’Allemagne et les États-Unis déconseillent tout voyage.
La Russie a annoncé qu’elle fermerait aujourd’hui ses 4 250 km de frontière terrestre avec la Chine. Et en Italie, quelque 7 000 personnes ont été bloquées hier sur un navire de croisière à Civitavecchia, près de Rome, en raison de deux cas suspects du nouveau coronavirus. Après examen, il n’y a pas eu de confirmation de l’existence du virus sur le couple suspect.
Saison de football reportée
Dans toute la Chine, où les congés du Nouvel An lunaire sont prolongés jusqu’au 2 février, les habitants, effrayés, désertent centres commerciaux, cinémas et restaurants. Des villages se barricadent derrière des barrages sauvages dans l’espoir d’échapper à l’épidémie, et les personnes originaires de Wuhan et sa région se heurtent partout à la suspicion. Pékin a ordonné hier aux agriculteurs et aux abattoirs d’augmenter leur production alors que l’épidémie perturbe les réseaux de distribution et que les prix des légumes s’envolent.
En outre, après l’annulation de plusieurs compétitions sportives internationales, la Chine a reporté sa saison 2020 de football.
Le Fonds monétaire international a indiqué qu’il surveillait « en temps réel » l’épidémie, soulignant que son impact sur l’économie mondiale dépendra notamment de la durée de l’épidémie, alors que de nombreuses entreprises et usines chinoises resteront fermées jusqu’au 9 février au moins.
Source : AFP

