Chers révolutionnaires,
Vous remplissez les rues et les places, fiers, enthousiastes ; vous voulez changez le monde, mettre à nu un régime qui ressemble au plus vieux métier du monde. Je ne peux qu’admirer votre courage, votre bravoure, votre résistance, comme je ne peux ne pas m’indigner en voyant ce rêve, ce beau rêve utopique se briser !
Oui, indignée de voir la politique détruire votre unité et vous renvoyer 30 ans en arrière !
Une politique qui réveille une mémoire de guerre que nous voulions enterrer !
Oui, indignée de voir une révolution qui se veut non violente, qui le dit et qui s’actualise avec une violence et une dégradation des valeurs humaines !
Pour réussir une révolution non violente, il faut commencer d’abord par préciser l’objectif : que veut-on ? On entend des révolutionnaires nous raconter leur histoire personnelle ! Les demandes sont infinies, voire dérisoires. En second lieu, il faut choisir l’action. L’action qui doit être symbolique et non violente.
Barrer les routes n’est ni symbolique ni pacifique. Les routes barrées, ça n’a rien changé ! Cet acte ne dérange que les habitants du quartier. Les écoles, les universités fermées. C’est contre qui ? Leurs enfants étudient à l’étranger et ne perdent rien ! Ce sont vos enfants qui sont à la maison ! Quand Martin Luther King a voulu agir, il a boycotté les bus et n’a pas fermé les routes ! Gandhi a fait la marche du sel sans prendre le sel. Enfin, pour réussir, il faut savoir utiliser les médias. Et quels médias ! Capables de vulgariser, de banaliser, de détruire une révolution ! À lire la presse étrangère, on est choqué de voir Le Nouvel Observateur la nommer révolution WhatsApp et le Times la limiter aux insultes ! Les chaînes télévisées qui interrogent les gens criant, insultant, disant n’importe quoi ; un discours absurde digne d’une pièce de théâtre. Vous voulez votre révolution ? Eh bien, sauvez-la !
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

