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France : à son procès, les "regrets" de l'ex-recruteur jihadiste Mourad Farès

AFP
24/01/2020

"Je suis catastrophé": Mourad Farès a assuré vendredi à son procès à Paris de ses "regrets" d'avoir pu "indirectement" inciter au départ ou "faciliter" l'arrivée de candidats au jihad en Syrie, tout en niant avoir joué un rôle de recruteur de premier plan.

La voix calme, l'accusé de 35 ans - qui a fui la Syrie à l'été 2014 - affiche face à la cour d'assises spéciale, qui le juge aussi pour financement du terrorisme et direction d'un groupe terroriste, une posture de repenti.

L'idéologie jihadiste, c'est comme "dans les sectes: on est coupé du monde et tellement persuadé d'être dans le vrai", déclare Mourad Farès, lunettes et barbe de quelques jours, assurant être "revenu à la raison".

Son adhésion à ces "thèses folles", Mourad Farès la situe à "décembre 2012", au contact de son "mentor" Oumar Diaby, autre figure du recrutement de jihadistes francophones. Une écoute téléphonique et le témoignage de son ex-compagnon laissent suggérer une radicalisation plus ancienne de quelques mois, ce qu'il nie.

Avec sa propagande active sur les réseaux sociaux et sa participation à plusieurs réunions évoquant des départs en Syrie, Mourad Farès est soupçonné d'avoir poussé de nombreux jeunes, dont des adolescents, sur la route du jihad.

"Je ne peux pas vous expliquer à quel point je suis catastrophé de me rendre compte que j'ai pu participer à ça", affirme l'accusé, interrogé sur une vidéo "guerrière" à laquelle il prête sa voix, diffusée au printemps 2013.

Mourad Farès était lui-même parti pour la Syrie en juillet 2013, traversant l'Europe en voiture avec trois comparses, dont deux sont présumés morts dans des combats et jugés par défaut. Un quatrième, Ala Eddine Benali, qui comparaît libre sous contrôle judiciaire, n'avait pu entrer sur le territoire pour un problème de passeport.

Depuis la Syrie, Mourad Farès aurait continué à "recruter" de jeunes volontaires, leur donnant des "instructions très claires" sur leur voyage ou les aidant à passer la frontière, relève la présidente de la cour, Emmanuelle Bessone.

Parmi les "recrues" imputées à Mourad Farès, Foued Mohamed-Aggad, l'un des futurs kamikazes de l'attentat contre la salle de spectacles parisienne du Bataclan, en novembre 2015. Quatre-vingt dix personnes y périssent lors d'un concert du groupe américain Eagles of Death Metal.

"J'y ai souvent pensé, c'est moi qui les avait aidés en donnant le numéro d'un passeur", convient Mourad Farès, "catastrophé", "écœuré" car la tuerie jihadiste du Bataclan, "c'est tellement opposé à ce qu'on voulait faire là-bas", "le jihad contre Bachar al-Assad".

Verdict attendu dans la nuit.

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