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Aide transfrontalière de l'ONU : les Kurdes craignent pénuries et pressions du régime syrien

Le camp de déplacés de Binnish, dans la province d'Idleb, le 11 janvier 2020. Photo d'illustration AFP

Les autorités locales kurdes dans le nord-est de la Syrie ont averti mardi que la suppression d'un point de passage par lequel transitait l'aide humanitaire transfrontalière de l'ONU risquait de provoquer des pénuries médicales et pouvait les exposer à un contrôle accru du régime.

Après un premier veto de la Russie, soutien indéfectible du pouvoir de Bachar el-Assad, et de la Chine, le Conseil de sécurité de l'ONU a prolongé vendredi l'aide humanitaire livrée en Syrie, mais seulement pour une durée de six mois et uniquement via deux points frontaliers, contre quatre auparavant.

Un point de passage supprimé, celui d'al-Yarubiyah, à la frontière entre la Syrie et l'Irak, permettait à l'aide d'arriver directement dans les territoires kurdes (nord-est) en s'affranchissant de l'aval de Damas.

"L'aide (de l'ONU) n'entrera plus dans la région si ce n'est depuis les zones tenues par le gouvernement, ce qui donnera au régime une plus grande capacité de contrôle sur la distribution", a mis en garde Abdel Kader Mouwahad, directeur du bureau des affaires humanitaires au sein des autorités locales kurdes.

Les Kurdes contrôlent toujours un autre point de passage, celui de Samalka, qui relie la Syrie au Kurdistan irakien, mais l'aide de l'ONU n'y transite pas.

Le point de passage d'al-Yarubiyah était vital pour des territoires kurdes où quelque 1,6 million de personnes dépendent de l'aide onusienne, selon des ONG. Il permettait notamment de faire entrer des aides médicales.

La fermeture d'al-Yarubiyah intervient dans un contexte délicat pour les territoires kurdes, visés fin 2019 par une offensive de la Turquie voisine qui a déplacé 200.000 personnes.

Confrontés à cette opération, les Kurdes n'ont pas eu d'autre choix que d'amorcer une alliance avec le régime. Si la minorité conserve à ce jour son administration semi-autonome, elle a dû accepter le déploiement des forces gouvernementales dans certaines zones.

Et malgré la fin des grandes batailles contre le groupe Etat islamique (EI), les Kurdes ont toujours à leur charge des dizaines de milliers de personnes, notamment des familles de jihadistes occidentaux, qui vivent dans des camps de déplacés.


"Carte de pression"
Damas pourrait utiliser les aides comme une "carte de pression" pour pousser les Kurdes à abandonner leur semi-autonomie construite à la faveur du conflit, estime M. Mouwahad, craignant un "chantage politique" de la part du pouvoir central.

Avec la résolution votée vendredi par le Conseil de sécurité, deux points de passage ont été maintenus à la frontière avec la Turquie.

Mais pour M. Mouwahad, la Turquie "ne va pas autoriser" l'envoi des aides dans les territoires kurdes, alors qu'Ankara considère la principale milice kurde de Syrie comme une organisation "terroriste".

La suppression d'al-Yarubiyah va entraver "60 à 70% de l'assistance médicale apportée au camp d'al-Hol", déplore le responsable, en référence à ce vaste camp où s'entassent près de 70.000 personnes dans le plus grand dénuement.

La mesure menace également la livraison de médicaments et d'équipements médicaux fournis à un hôpital de la ville de Hassaké et au Croissant-Rouge kurde local, ajoute le responsable.

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que "la disponibilité des services de santé sera considérablement réduite" à moyen-terme dans le nord-est, a indiqué à l'AFP un porte-parole onusien, qui pointe du doigt notamment l'impact sur les soins infantiles et la santé reproductive.

Le porte-parole craint "une augmentation de la mortalité" parmi les populations du nord-est syrien. "Les plus affectés seraient les femmes, les enfants, et les personnes souffrant de blessures traumatiques", selon lui.

Le conflit en Syrie, déclenché en 2011 par la répression de manifestations prodémocratie par Damas, a fait plus de 380.000 morts --dont plus de 115.000 civils-- et des millions de déplacés et réfugiés.


Les autorités locales kurdes dans le nord-est de la Syrie ont averti mardi que la suppression d'un point de passage par lequel transitait l'aide humanitaire transfrontalière de l'ONU risquait de provoquer des pénuries médicales et pouvait les exposer à un contrôle accru du régime.

Après un premier veto de la Russie, soutien indéfectible du pouvoir de Bachar el-Assad, et de...