Le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping. Asfouri/Getty Images/AFP
L’accord commercial de principe, annoncé vendredi par Washington et Pékin, est « remarquable », même s’il ne va pas résoudre tous les problèmes de fond, a commenté hier le représentant américain au Commerce (USTR), affirmant que celui-ci allait bien au-delà de simples achats agricoles.
Un premier pas
« C’est un premier pas dans les efforts d’intégrer deux systèmes vraiment différents qui va bénéficier aux deux » pays, a déclaré Robert Lighthizer, sur la chaîne CBS. « Il n’est pas seulement question d’agriculture et d’autres achats », s’est défendu M. Lighthizer, qui dirige les négociations avec la Chine. L’accord comporte des éléments sur la protection de la propriété intellectuelle, sur les technologies, sur les devises, les services financiers. Et surtout, « il est exécutoire », a-t-il fait valoir.
Il a par ailleurs assuré que les 50 milliards de dollars d’achats supplémentaires de produits agricoles américains figuraient bien dans le texte de l’accord en cours de traduction et qui doit encore être signé. M. Lighthizer ne s’est pas avancé sur une date de signature précise, mais il a réitéré que cela pourrait intervenir « début janvier ». Il a rappelé que la Chine s’est engagée à faire des achats supplémentaires d’un montant « d’au moins 200 milliards de dollars au cours des deux prochaines années » pour les secteurs manufacturier, agricole, de l’énergie et des services. En d’autres termes, les exportations américaines vers la Chine vont quasiment doubler la première année et quasiment tripler la deuxième année.
En 2017, avant le déclenchement de la guerre commerciale, les États-Unis exportaient pour quelque 120 milliards de dollars de biens vers le géant asiatique. C’est donc un accord « vraiment remarquable », a réagi Robert Lighthizer. « Mais il ne va pas résoudre tous les problèmes », a-t-il dit, tout en soulignant que lorsqu’il a commencé à négocier, il ne s’attendait pas à ce que tout soit résolu.
L’accord annoncé vendredi a permis de faire une trêve dans la guerre commerciale entre les deux premières puissances du monde. Depuis mars 2018, Pékin et Washington se sont infligé des droits de douane punitifs réciproques sur des centaines de milliards de dollars de biens, ce qui affecte durement l’économie chinoise et ralentit l’économie mondiale. En échange des engagements chinois, l’administration Trump a renoncé à imposer de nouveaux tarifs douaniers dimanche. Et selon les termes de l’accord, elle a en outre accepté de diminuer de moitié ceux imposés le 1er septembre sur 120 milliards de dollars.
Les États-Unis ont donc fait « une petite concession » en échange « d’engagements plutôt modestes » de la Chine : mais l’accord commercial sino-américain laisse sur leur faim les spécialistes du commerce international, qui y voient une portée limitée.
« Au-delà du fait que l’accord manque de substance et ne comporte qu’une diminution des tarifs douaniers mineure – puisque les droits de douane demeurent sur les deux tiers des importations en provenance de Chine –, l’impact macroéconomique de l’accord est négligeable », ont résumé Lydia Boussour et Gregory Daco, économistes d’Oxford Economics, dans une note.
Le résultat paraît d’autant plus modeste qu’il intervient « après d’importants dommages économiques », renchérit Edward Alden, expert en politique commerciale au Council on Foreign Relations.
Gage de confiance
La croissance du géant asiatique pourrait ainsi tomber en dessous de 6 % lors du dernier trimestre, alors que l’économie du pays fait face aux « plus grands difficultés et défis de son histoire », avait prévenu récemment un haut responsable chinois. En outre, l’accord « ne résout pas vraiment les problèmes structurels très profonds de l’économie chinoise », a expliqué M. Alden, soulignant que la résolution des points les plus contentieux, à l’instar des subventions chinoises, a été remise à plus tard.
Pour autant, les économistes soulignent que cette trêve a le mérite de calmer le jeu après près de deux ans de bras de fer inédit menaçant la croissance mondiale. « Nous étions en quelque sorte au bord du gouffre », note Mary Lovely, économiste au Peterson Institute for International Economics. Conclure un accord est en soi « important », reconnaît-elle, car cela va réduire l’incertitude.
Et le fait que les Chinois aient pu nouer un accord avec les États-Unis augure des progrès potentiels dans leurs pratiques commerciales, dit-elle. Reste « qu’il est très difficile d’appeler cela une grande victoire dans la guerre commerciale », souligne Edward Alden. Pour l’expert, le grand bénéficiaire pourrait finalement être le président américain, en course pour sa réélection. « C’est bon pour Trump parce que cela va calmer les marchés d’ici à 2020 », année de l’élection.
Les économistes s’accordent aussi à dire que cela va renforcer la confiance des consommateurs américains notamment, déjà à un niveau élevé. Vendredi, le vice-ministre chinois du Commerce, Wang Shouwen, notait que le traité allait être bénéfique aux économies des deux pays et créer un environnement propice aux investissements. Et alors que Donald Trump fait l’objet d’une procédure de destitution, l’économie reste son principal atout.


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