Le Liban se révolte avec une attitude écologique

© Sandra Abdelbaki

Dans le but de présenter le Liban de la manière la plus « propre » et la plus « respectueuse de l’environnement » possible, les manifestants libanais ont, dans le cadre de la révolte libanaise d’octobre, porté les initiatives de nettoyage à un niveau supérieur.

Le premier soir de la révolte, on ne voyait dans les rues du pays que des ordures et des bouteilles d’eau abandonnées par terre. Pourtant, ce qui a été impressionnant, c’est que le lendemain matin, les manifestants se sont réveillés pour nettoyer les rues. Pas un mégot de cigarette n’était en vue.

17/12/2019

Au cours des trois dernières semaines de la révolte, des centaines, voire des milliers, de Llibanais tous groupes d’âge et couches sociales confondus se sont rassemblés tous les matins pour nettoyer les rues, avant que le premier chant ne soit entendu.

Alors que beaucoup de citoyens entament leur journée en protestant et en fermant des routes, Peter Mouraccadé, fondateur de l’ONG Beirut Marathon, commence sa journée portant un sac sur le dos et des gants aux mains. Quand on lui demande la raison pour laquelle il a commencé à nettoyer les routes, il répond simplement : « Nous voulons une révolte civilisée. J’ai allumé la télévision le premier soir de la révolte, lorsque j’ai constaté les dégâts occasionnés, je n’ai pas pu dormir de la nuit. Le lendemain matin, je me suis rendu sur la place des Martyrs, et je me suis mis à nettoyer. »

L’initiative a commencé le deuxième jour avec près de dix personnes seulement. De dix, le nombre est passé à cent, pour dépasser les mille personnes qui nettoient tous les matins les rues. Alors que la révolte prenait de l’ampleur de jour en jour, les initiatives de nettoyage se sont aussi mieux organisées. Elles se sont étendues à un groupe baptisé « muwatin lebnene » ou citoyen libanais. Le groupe présente l’initiative comme étant simplement une « action collective de Libanais animés par le devoir civique et la responsabilité sociale ». Si cette initiative a commencé à Beyrouth de manière aléatoire et spontanée, elle s’est étendue à d’autres villes libanaises et a pris une grande ampleur sur les médias sociaux.

Chaque jour, les volontaires commencent le nettoyage le matin. Les déchets collectés sont par la suite triés et recyclés en fin de journée en collaboration avec des ONG telles qu’Arcenciel, Recycle Lebanon...

Rien qu’en dix jours, 10,3 tonnes de déchets ont été triées. Seuls 10 % des camions ont été envoyés à des sites d’enfouissement. Cinq mille volontaires se sont rassemblés et un demi-million de mégots de cigarettes ont été collectés pour être transformés en périssoires.

Les initiatives de nettoyage menées au cours de cette révolte ont permis aux manifestants de se sentir plus actifs en tant que citoyens et renforcé leur engagement civique dans leur pays. Plus encore, elles ont sensibilisé les Libanais au recyclage et au tri. En fait, il est devenu évident qu’au fil des ans, les citoyens en général ont adopté une attitude plus respectueuse de l’environnement. Cela s’est avéré être juste au cours de cette révolte, estime Peter Mouraccadé.

« Les gens sont davantage conscients de l’importance de vivre dans un environnement propre. Cette initiative se poursuivra. Je pense que nous avons pu donner le bon exemple au gouvernement. On n’a pas attendu qu’il le fasse », a-t-il ajouté.

Non seulement les jeunes et les adultes ont été impliqués dans cette initiative, mais les enfants ont également pris part au nettoyage.

Lina Daouk-Öyry, professeure agrégée de comportement organisationnel à l’Université américaine de Beyrouth, estime qu’il est tout aussi vital de faire participer les enfants et les parents à de telles initiatives.

« Nous devons exposer les enfants à de telles activités dès leur plus jeune âge, note-t-elle. Il est de notre devoir de les encourager à faire partie de la révolte de manière positive par le biais du recyclage et d’autres activités civiques, car au final cette révolte est pour leur avenir. »

Apprendre aux enfants à prendre soin de l’environnement est un processus d’apprentissage continu qui doit commencer à un âge jeune. Cela a poussé Lina Daouk-Öyry à encourager certains parents à accompagner leurs enfants dans la rue pour le nettoyage et le recyclage.

Maya Abouchalbak, mère de deux jeunes filles, a également mis l’accent sur l’importance d’impliquer ses filles dans les initiatives de nettoyage, d’autant que cela les encourage à s’habituer à de tels principes dès leur jeune âge, mais aussi leur donne l’occasion de développer leurs compétences citoyennes et leur engagement civique. En fait, selon le Conseil national scientifique pour l’enfant en développement, la mise en œuvre des principes de citoyenneté chez les petits est une sorte d’investissement dans la génération future, car les enfants sont le fondement d’une communauté durable.

« Ils ne devraient pas avoir peur de la révolte. Au contraire, ils devraient apprendre à y contribuer de manière positive », a renchéri Lina Daouk-Öyry.

Si les Libanais ont été décrits comme « pacifiques » et « civilisés » avec cette révolte, ils ont également prouvé qu’ils sont « respectueux de l’environnement ».

« Je pense que cette contestation a montré, pas seulement au Liban mais aussi au monde entier, que nous savons nous révolter de manière très civilisée », a déclaré Hanin Haïdar Ahmad, l’une des jeunes contestataires qui participe aux initiatives de nettoyage depuis le premier jour.

Sandra Abdelbaki est journaliste au quotidien an-Nahar




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