Comment en sommes-nous arrivés là ? L’heure n’est certes pas aux règlements de comptes mais au succès de solutions fiables pour sauver le Liban.
Régler des comptes représente dans l’état actuel des choses une dépense d’énergie considérable qui, sans récupérer le passé, peut handicaper sérieusement l’avenir.
Une crise politique inédite dans ses aspects constitutionnels, un sursaut national, la dévaluation de facto de la livre libanaise, les restrictions bancaires imposées et les hantises des citoyens exigent, à notre avis, de relever les leçons significatives suivantes :
1- Le débat sur la politique spécifiquement économique apparaît bien comme un moment inutile dans la réflexion publique dans la situation actuelle face à l’absence de solutions cohérentes de nature à rassurer et le citoyen et les entreprises. « Politique d’abord » et donc le salut tire sa source d’une solution politique adéquate dont la formation d’un nouveau gouvernement de personnes compétentes et intègres – car il en existe au Liban, même si elles sont considérées comme encombrantes – n’est que l’une des composantes.
2- L’État en s’installant au cœur des nébuleuses financières et en couvrant des montages farfelus et sophistiqués élaborés en quête de profits rapides, d’escamotages et de combines a perdu sa crédibilité. Certes, l’État reste le recours limite et indispensable pour qu’une société non seulement politique mais également économique et financière fonctionne correctement. Cela ne revient pas à dire que l’État doit s’occuper de tout jusqu’au dernier boulon de la voiture de service. Loin de là ! Mais il y a lieu d’affirmer que seules des lois intelligemment rédigées, des régulations loyales, des interventions de niveau régalien justifiées par l’utilité publique et l’intérêt national peuvent mettre les citoyens à l’abri de formidables manigances financières de nature à faire tomber en quelques jours des empires financiers bâtis patiemment durant des décennies et faire perdre aux honnêtes citoyens leurs salaires, leurs économies et leurs pensions pour l’avenir – tout en mettant en danger les investissements des entreprises.
3- Il n’existe pas d’État sans une bonne gouvernance. La privatisation n’exclut pas le rôle de l’État mais l’élève au rang de régulateur de l’essentiel. Et c’est donc à travers une cohérence institutionnelle servie par des citoyens de bonne formation morale et professionnelle que nous pouvons augurer du succès des politiques.
C’est dire que cette catastrophe financière due à une gestion douteuse et problématique de quelques personnes s’est traduite par une véritable nationalisation des pertes en la faisant assurer aux générations actuelles et surtout futures, d’une part, et la privatisation du profit, d’autre part. C’est dire aussi que l’État se doit d’être à la hauteur de ses responsabilités à travers une cohérence de comportement et une loyauté dans la régulation de nature à sauver les instruments de la croissance économique du pays en poussant à faire preuve d’autant de courage pour investir que de modération dans le profit. Il est désormais clair que pour longtemps la méfiance et la prudence pourraient s’installer tant la récupération des réputations financière et économique atteintes dans leur transparence est à tout le moins difficile – pour ne pas dire plus.
Le Liban peut-il profiter de cette expérience dramatique que nous vivons pour un véritable redressement moral de la nation qui se fait toujours attendre et que les Libanais et la communauté internationale réclament de tous leurs vœux ?
Car c’est à ce stade que sera reconnu le rôle des hommes et des femmes capables de bâtir les institutions.
Et c’est partant de là que l’appel aux institutions internationales et régionales ainsi qu’aux amis du Liban et à tous les Libanais dans le monde pourra être lancé pour sauver le Liban d’une catastrophe financière et donc humanitaire qu’il n’a jamais connue depuis la mutassarifiyya et jusqu’à nos jours – excepté au cours de la Première Guerre mondiale.
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