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Moyen Orient et Monde - focus

En Algérie, le régime impose son élection coûte que coûte

Les manifestations se poursuivent, l’abstention devrait être forte.


Un manifestant à Alger le 3 décembre 2019. Ryad Kramdi/AFP

En Algérie, le pouvoir a décidé de passer en force. Malgré la persistance des manifestations dans le cadre du Hirak chaque mardi et chaque vendredi pour la 41e semaine consécutive, l’élection présidentielle va bien avoir lieu le 12 décembre. Le régime y voit l’occasion d’affirmer sa légitimité et de fermer la parenthèse de la révolution, tandis que la rue dénonce une opération de manipulation et demande un changement complet de système.

Les cinq candidats en lice sont tous des hommes politiques associés au régime déchu : Abdelkader Bengrina, ancien ministre du Tourisme ; Abdelaziz Belaïd, membre et député du Front de libération nationale (FLN, ex-parti unique au pouvoir) jusqu’en 2011 ; Abdelmadjid Tebboune, Premier ministre en 2017 du plus court gouvernement de l’histoire de son pays ; Azzedine Mihoubi, ancien ministre de la Culture ; et enfin Ali Benflis, ancien Premier ministre. La campagne perdure tant bien que mal, malgré les cris et les huées, forçant les candidats à fuir certains de leurs meetings. « Vous avez mangé le pays bande de voleurs », « Dégage », pouvait-on entendre à l’encontre d’Ali Benflis à Baba H’cene le 3 novembre dernier.

« Les cinq candidats sont des marionnettes », martèle Aziz*, étudiant à Alger. « Et tous sont corrompus ! » renchérit Younes*, autre étudiant de l’Université Abderrahmane Mira Bejaia. Pour Aziz comme tant d’autres, ces anciens ministres représentent le système politique dont ils veulent justement se débarrasser. Outre les manifestations hebdomadaires du mardi et du vendredi, des marches nocturnes et des sit-in dans les universités ont également lieu pour protester contre les élections. « Ce que le Hirak rejette, ce ne sont pas les candidats, mais l’élection du 12 décembre en elle-même parce qu’il s’agit d’une élection imposée par les chefs militaires », souligne Mohammad Hennad, professeur de sciences politiques à Alger.

L’abstention devrait être très forte. « Évidemment, je ne vais pas aller voter et je vais participer aux manifestations le jour du vote », assure Younes. « Tout le monde s’accorde à dire que le taux de participation sera indigne d’une élection présidentielle, notamment dans les grandes villes comme Alger. Qui plus est, une région tout entière, la Kabylie, risque de ne pas aller voter du tout ! » observe Mohammad Hennad.


(Lire aussi : À moins de 15 jours de la présidentielle, les Algériens disent toujours « non » au vote)



« Des traîtres, des mercenaires et des homosexuels »

Le pouvoir semble pour sa part miser sur une division de la rue, dont une partie est susceptible d’accepter un compromis compte tenu de la dégradation de la situation économique après dix mois de paralysie. Les secteurs du bâtiment et des travaux publics ont connu une baisse d’activité d’au moins 30 % et plusieurs milliers d’emplois sont déjà perdus. En outre, des dizaines de chefs d’entreprise ont été emprisonnés en raison d’une campagne anticorruption censée calmer les récriminations populaires. « Bien sûr qu’il y a une partie de la population qui – par intérêt ou par inquiétude – va aller voter quel que soit le candidat », explique Mohammad Hennad.

Le régime poursuit dans le même temps sa stratégie visant à décrédibiliser le Hirak en l’associant à un complot mené depuis l’étranger. « Non à l’ingérence étrangère », pouvait-on lire sur des pancartes brandies samedi dernier lors d’une manifestation en faveur de la tenue de l’élection présidentielle. Le ministre de l’Intérieur, Salah Eddine Dahmoune, est même allé encore plus loin en accusant les contestataires d’être des « traîtres, des mercenaires et des homosexuels », provoquant un véritable tollé. Aujourd’hui, « c’est la Gaid Pride », affichait vendredi l’une des banderoles du Hirak en référence à Gaïd Salah, l’homme fort du régime.

Le Hirak appelle à une grève générale à partir du 8 décembre pour affirmer son rejet de la présidentielle. « On poursuivra le mouvement quel que soit le résultat de l’élection », assure Aziz. En réponse, le régime pourrait encore durcir le ton. D’après le Comité national pour la libération des détenus, plus de 140 personnes ont été arrêtées depuis juin. Le 28 novembre, l’arrestation arbitraire du dessinateur et bédéiste « Nime » a provoqué une vive réaction sur les réseaux sociaux. Emprisonné pour ses dessins, le cas de Nime révèle une répression accrue de la part du régime. « La répression s’est effectivement intensifiée, insiste Younes, des manifestants sont empêchés par les CRS de tenir des sit-in. »


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