Nos Lecteurs ont la Parole

Révolution pacifique d’un peuple courageux !

Donia ZEINEDDINE
OLJ
05/12/2019

Un peuple qui a tout connu, un peuple qui a goûté à la guerre civile, a subi la tyrannie des envahisseurs, a vécu obligé dans des cocons soigneusement tissés par les fils religieux, ficelés par les nombreuses confessions et le tout noué par des conditions régionales déterminées par celui qui se dit « leader ». Les Libanaises et les Libanais ont survécu aux explosions violentes et aux attentats terribles. Frappé par des vagues impitoyables d’assassinats, ce peuple a résisté aux nombreuses censures imposées de toutes sortes. Un peuple qui ne se fatigue pas.

Dès les premiers jours de cette révolte, j’ai senti cette étincelle au fond de moi, étincelle étouffée par l’amertume, noyée par les larmes, cette étincelle s’allume, à nouveau, par la colère et la fierté d’appartenir à ce pays. Colère contre tous ceux et celles qui priorisent encore et encore leurs soumissions à des politiciens au lieu de déchirer le cocon moisi. Ceux qui priorisent leur appartenance religieuse à celle d’appartenir à un pays ; ceux qui divinisent, qui applaudissent de simples politiciens, des politiciens qu’on peut qualifier de corrompus, cruels, cupides...

Les Libanais et Libanaises manifestent depuis plus d’un mois, ils réclament leurs droits de vivre. Oui, le droit de vivre, de vivre en paix au cœur de notre cher Liban. Ils contestent la corruption et tous les corrompus, tous, sans exception. Ce peuple qui a été manipulé par des politiciens dont le seul but est de voler les droits du peuple, de violer les rêves et de ridiculiser les inquiétudes et les réclamations justes. Le Premier ministre a démissionné, le président ne s’adresse aux manifestants qu’à travers de beaux discours enregistrés, le Parlement est absent… Nous, Libanais et Libanaises, sommes obligés de quitter notre pays, obligés d’aller chercher ailleurs ce que notre pays ne pouvait nous offrir en termes de sécurité, de société de droit, de société laïque, humaine avant tout.

Ce qui est remarquable dans cette révolution, c’est la femme libanaise, une femme engagée, courageuse, fière et combative. La révolution, c’est la mère qui crie une réalité amère qui l’a privée de ses enfants éparpillés partout dans le monde, de ceux et celles qui voient leurs enfants grandissant loin de leurs familles. Les cris de jeunes universitaires, de jeunes diplômés qui n’ont comme choix que de quitter le pays, de chômer ou de faire la queue devant les châteaux des ministres et politiciens pour mendier un emploi. Les cris des pères qui sont incapables de satisfaire les besoins élémentaires de leurs enfants, notamment aux plans de l’éducation et de la santé. Des vieux qui sont oubliés, négligés… Des familles qui essayent de survivre avec des salaires minimes, alors que nos ministres et députés ne voyagent qu’en avions privés et dont les enfants étudient à l’étranger dans les universités les plus prestigieuses, et dont les femmes ne peuvent se déplacer qu’avec des dizaines de gardes du corps, de policiers, de chauffeurs… Le peuple est fatigué, épuisé, essoufflé, mais la voix de tous, ensemble, peut vaincre le mal affligé à notre pays, pour arracher une tumeur qui affecte les mentalités. Tous ensemble, nous pouvons réussir à réanimer la liberté, à redorer l’image de notre Liban, le pays du Cèdre. Effectuer les changements nécessaires, voire obligatoires, n’est possible qu’en faisant évoluer les mentalités et les comportements de chacun et chacune. Le chemin est certes long, escarpé et coûteux. L’éducation de nos futures générations demeure une des priorités urgentes pour changer les mentalités et éduquer des citoyens, des enfants libres et responsables pour fonder le nouveau Liban, Phénix qui ne se fatigue pas de renaître de ses cendres.

Ma famille et moi, nous sommes des Libanais qui, comme des milliers d’autres, ont perdu espoir de retrouver le Liban, celui de la liberté, celui des valeurs humaines, celui de l’art, de la culture, de la transparence, du respect. Un jour, nous avons décidé de quitter, d’abandonner, de partir. Nous sommes partis il y a plus de 16 ans. Nous qui, comme beaucoup d’autres, ne connaissons pas nos familles, nos tantes, nos oncles, nos cousins et cousines. Cette révolution est notre grand espoir, tant attendue et rendue réelle, grâce à vous chers compatriotes, courageux et combatifs.

Montréal, Canada

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