Nos Lecteurs ont la Parole

Serrez votre ceinture, ça va secouer !

par Bélinda IBRAHIM
OLJ
04/12/2019

Mesdames et Messieurs faites vos jeux, rien ne va plus !

Le Liban s’effondre. Il s’effrite jour après jour. Les restaurants et les boutiques mettent la clé sous la porte. Les licenciements sont massifs et les lendemains incertains. La faim guette les Libanais.

Il est devenu coutumier d’être informés, chaque jour, d’un affrontement entre partisans opposés. Ceux qui, avec une ferveur inégalée, ont été acteurs de la guerre civile. Biberonnés à la haine de l’autre, bercés par la fibre confessionnelle, ces agitateurs ne parlent qu’un seul langage : celui de la violence et du rejet de l’autre.

Le pouvoir, à court de moyens après avoir tenté maintes fois d’étouffer la révolution en envoyant ses voyous dopés au Captagon frapper et casser à tout-va, a décidé de recourir aux fantômes du passé. Ceux de la guerre civile. Comme par miracle, suite aux ordres donnés par les leaders, les zones sensibles qui avaient été le théâtre des premiers affrontements déclencheurs de la guerre civile connaissent aujourd’hui des bras de fer répétitifs et des nuits d’angoisse.

Voilà ce que nos leaders sans foi ni loi ont trouvé de mieux pour salir la révolution et l’empêcher de faire tache d’huile.

Néanmoins, leur piège a été contré par la volonté populaire, celle de calmer les tensions et de fraterniser avec l’autre, le frère, l’ami, le concitoyen, lui-même également victime des mêmes sévices ! Les visites de courtoisie se sont effectuées sur un tempo émotionnel élevé. Des femmes, des mères ont pris d’autres femmes, d’autres mères par la main. Elles ont pleuré ensemble. Elles se sont juré de ne pas exposer leurs fils aux horreurs d’une guerre civile.

À chaque fois que le pouvoir réprime, casse et brûle, le peuple libre et insoumis le nargue et remplit à nouveau les places. Il faut dire que le système mafieux prend son temps. Pour lui, rien ne presse. Il lance, d’une partie à une autre, dans son propre enclos, le ballon gouvernemental.

Comme s’il habitait une autre planète, le président de la République n’a même pas pris la peine d’entamer les consultations parlementaires nécessaires pour la nomination d’un Premier ministre, chargé de former ce gouvernement de sauvetage que les Libanais attendent en apnée. Oui en apnée. Parce que le bateau coule. Nous sommes dans la version 2.0 du Titanic. Un remake de ce tragique naufrage. À la différence qu’il n’y a, dans notre cas, aucune intention de secourir les naufragés. Le pouvoir, protégé par les deniers pillés au citoyen depuis des décennies, est bien à l’abri. Son argent est bien caché dans des paradis fiscaux.

Les dirigeants s’affairent encore et toujours à préserver leur part du butin à venir. Parce qu’il y a, en perspective, le pétrole et le gaz. Décidément, le Liban regorge d’un trésor conséquent ! Ces bien-« pansés » de la république dont l’appétit n’est jamais assouvi ne lâcheront le pouvoir que lorsqu’il n’y aura plus rien à tirer du Liban. Quelque part, du fond de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons, le fait qu’ils ne semblent pas prêts à céder leurs sièges de la honte, même sous la pression d’un peuple majoritairement hostile à eux, devrait être perçu comme un signe d’espoir. Fol raisonnement par l’absurde ! S’ils s’accrochent tant au pouvoir, c’est qu’il doit y avoir encore de quoi voler au Liban et, par conséquent, de quoi redresser l’économie moribonde ! Oui, mais à condition d’avoir un gouvernement dit « de sauvetage » qui s’emploiera à servir exclusivement les intérêts du pays. D’aucuns appellent à rendre l’argent subtilisé. Ceci est aussi louable que légitime, nous sommes bien d’accord, à condition que l’initiative ne provienne pas des voleurs eux-mêmes ! Les détournements de fonds sont effectués quasi ouvertement par nos dirigeants, et ceci depuis trois décennies pour ne pas devoir remonter encore plus loin. Comme le sort s’acharne sur ce qui fut un jour un coin de paradis, ceux qui se proposent de lutter contre la corruption proviennent de cette même caste politique gangrenée ! Ils ont, de surcroît, le culot d’avancer qu’ils sont prêts à rendre publics leurs comptes personnels au Liban comme à l’étranger. Ceci est une insulte faite aux Libanais. Une insulte à leur intelligence, une insulte à leur dignité, une insulte à leur amour-propre ! Mais ce qui est quasi certain, c’est que tous ceux qui sont arrivés au pouvoir au Liban, que ce soit pour des années ou pour des semaines, ne se sont pas privés de se servir. Alors, oui pour le slogan de la révolution : #kellonya3nekellon (#tousveutdiretous). C’est à la justice qu’il conviendra, en temps voulu, de déterminer lesquels sont les grands et les petits voleurs parmi eux. Il ne s’agit là que de nuance et non pas d’une présomption d’innocence. Il doit y avoir certainement, comme dans tout hold-up collectif, une ou deux exceptions qui se distinguent, en amont, par leur probité morale, mais tous sont complices pour avoir vu ce qui se tramait et accepté qu’un pays soit dévoré par sa classe dirigeante sans dénoncer cela. En ceci, ils sont #tousveutdiretous coupables de non-assistance à pays en danger !

Pour finir, au moment où un « capital control » a été instauré de facto au pays du Cèdre, et que notre livre libanaise est passible d’une imminente dévaluation, il reste néanmoins risible – voire choquant – d’entendre les plus que nantis se plaindre de devoir « se serrer la ceinture » et de réduire un tantinet leur train de vie, tout en invitant les autres à suivre leur exemple.

Se sont-ils seulement d’abord demandés si les autres possédaient une ceinture pour pouvoir la serrer ?

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

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