Rechercher
Rechercher

Liban - Reportage

À Baalbeck, Marcel Khalifé donne une « impulsion incroyable » à la contestation

Un millier de manifestants ont assisté au concert improvisé du chanteur sur la place où les militants avaient été encerclés par les partisans d’Amal et du Hezbollah en début de semaine.

Le chanteur Marcel Khalifé devant la foule à Baalbeck. Photo Sarah Abdallah

Ils étaient plusieurs centaines à Baalbeck hier, rassemblés autour du chanteur engagé Marcel Khalifé venu les soutenir après les attaques de partisans du mouvement Amal et du Hezbollah en début de semaine, qui avaient réduit les manifestants dans cette ville de la Békaa à une poignée d’irréductibles.

« Je viens apporter un message d’amour à Baalbeck », a déclaré à L’Orient-Le Jour le chanteur à la barbe blanche à son arrivée sur la place Khalil Moutran, où se rassemblent quotidiennement les manifestants depuis le début du mouvement de contestation. Debout au milieu de la foule, sans son célèbre oud, il a entonné plusieurs chansons patriotiques, reprises en chœur par les manifestants. Le rassemblement sur la place était entouré de strictes mesures de sécurité de l’armée, déployée en force après les attaques de mardi contre les manifestants dans ce fief du Hezbollah.

Venus de la ville de Baalbeck, mais également du Hermel ou du reste des régions de la Békaa, les manifestants ont répété en chœur Ya bahriyé ou Samidoun houna. Marcel Khalifé, un keffieh sur les épaules, a tenu à saluer « la résistance nationale », née dans la foulée de l’invasion israélienne en 1982 et formée notamment de militants de gauche.

« Révolution, révolution », répétaient les manifestants qui brandissaient une mer de drapeaux libanais.

« Pour nous, le fait qu’un artiste comme Marcel Khalifé qui a chanté pour l’intifada palestinienne et les causes arabes vienne à Baalbeck donne une impulsion incroyable à notre mouvement, affirme Karim, un militant de la ville. Il nous rend plus déterminés, c’est un moment historique. »

Comme Rouba, une autre jeune militante qui était à ses côtés, ils se trouvaient sur la place Khalil Moutran mardi dernier quand un grand nombre de partisans du mouvement Amal et du Hezbollah sont arrivés en trombe. Le petit groupe de manifestants s’est vite retrouvé encerclé par une centaine de jeunes munis de bâtons, brandissant des drapeaux des deux partis et criant « Chiaa, chiaa » (chiites, chiites). Les manifestants se sont réfugiés pendant plusieurs heures dans une boutique proche, protégés par l’armée, dont l’entrée a été bloquée par les militaires. Un photographe a été blessé.


« Plus de retour en arrière »

Depuis le début du soulèvement du 17 octobre, les protestataires dans les régions où le Hezbollah est prépondérant sont soumis à des pressions du parti pro-iranien, et Marcel Khalifé a déjà chanté devant les manifestants pacifiques à Nabatiyé, au Liban-Sud, pour les soutenir.

Rouba assure que le mouvement de protestation se poursuivra malgré ces pressions. « Nous sommes encore à l’étape du soulèvement ; lorsque tout le peuple se lèvera, ce sera une révolution qui nous permettra d’obtenir nos revendications », assure-t-elle. « Nos revendications sont un changement démocratique et pacifique, un nouveau gouvernement qui supervise des élections anticipées, enchaîne Karim. Nous sommes en train de bâtir notre pays pour que nos enfants y vivent dans la dignité. »

« La venue de Marcel Khalifé en tant qu’artiste qui soutient l’intifada et son public n’est pas une provocation contre ceux qui sont venus chasser les manifestants pacifiques, mais elle vient montrer que la contestation sur les places va se poursuivre quoi qu’il arrive, affirme pour sa part Hatem el-Khachan, la cinquantaine, de Sohmor dans la Békaa-Ouest. « Il n’y a plus de retour en arrière : ce soulèvement qui n’est pas encore une révolution peut faiblir, mais il est devenu une force incontournable. » À ses côtés, des militants font une quête pour soutenir le soulèvement de Baalbeck. Dans la foule, se détache un dignitaire religieux, cheikh Abbas Yazbeck, portant autour du cou un châle aux couleurs du drapeau libanais. « Je participe aux manifestations depuis le premier jour sur cette place, affirme-t-il à L’OLJ. À ceux qui ont tenté de bloquer cette place et de surveiller les gens, voilà la réponse que Baalbeck adresse aujourd’hui : c’est un message d’espoir en l’avenir. » Il assure que « l’intifada qu’ils ont tenté de briser va s’intensifier. Chacun sur cette place représente les centaines de déshérités qui ont les mêmes revendications », ajoute-t-il.

« Aujourd’hui, poursuit le dignitaire, les gens réclament un pays dans lequel ils seront respectés comme citoyens et jouiront de leurs droits et de leur liberté. Ceux qui sont contre les aspirations des Libanais à la liberté et la souveraineté de l’État ont décidé d’être contre le peuple libanais. »


Pour mémoire

Marcel Khalifé rejoint, en chantant, les manifestants à Tripoli

Ils étaient plusieurs centaines à Baalbeck hier, rassemblés autour du chanteur engagé Marcel Khalifé venu les soutenir après les attaques de partisans du mouvement Amal et du Hezbollah en début de semaine, qui avaient réduit les manifestants dans cette ville de la Békaa à une poignée d’irréductibles.« Je viens apporter un message d’amour à Baalbeck », a déclaré à...
commentaires (2)

NOBLES SENTIMENTS DE MARCEL KHALIFE MAIS AUSSI DES CONTESTATAIRES.

LA LIBRE EXPRESSION PARLE AU PEUPLE.

11 h 46, le 30 novembre 2019

Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • NOBLES SENTIMENTS DE MARCEL KHALIFE MAIS AUSSI DES CONTESTATAIRES.

    LA LIBRE EXPRESSION PARLE AU PEUPLE.

    11 h 46, le 30 novembre 2019

  • c'est bien! mais surtout restez toujours pacifiques malgré les provocations; cela vous donne une légitimité sociale opposable à une volonté politique et conflictuelle;J.P

    Petmezakis Jacqueline

    10 h 26, le 30 novembre 2019

Retour en haut