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Moyen Orient et Monde

Un nouveau palier est franchi après l’incendie du consulat iranien à Najaf

Irak

L’attaque contre la représentation consulaire de la République islamique fait craindre un durcissement de la répression contre les manifestants.

29/11/2019

L’incendie qui a consumé des heures durant, mercredi soir, des bâtiments du consulat iranien dans la ville sainte de Najaf, en Irak, marque un tournant dans le soulèvement, principalement chiite, que connaît le pays depuis le 1er octobre.

Najaf n’est pas n’importe quelle ville. Haut lieu de l’islam chiite, c’est là que se rendent chaque année des millions de pèlerins iraniens pour visiter le mausolée de l’imam Ali. Elle est aussi le fief des autorités religieuses nationales dont le plus haut représentant est l’ayatollah Ali al-Sistani.

Les flammes à Najaf rappellent celles qui s’étaient emparées du consulat iranien à Kerbala, autre ville sainte du chiisme, au début du mois de novembre. Des contestataires en avaient incendié l’enceinte. En moins d’un mois, ce sont donc deux consulats iraniens qui sont pris pour cible dans deux villes saintes chiites d’Irak.

En attaquant la représentation consulaire, les manifestants ont scandé « Iran dehors ! », l’un des cris de ralliement les plus emblématiques de la contestation actuelle. Dans leur collimateur : l’emprise de Téhéran sur de nombreux services, bien au-delà des projets de rénovation des sites religieux.

Depuis 2005, les différents Premiers ministres en place sont issus de partis politiques chiites revenus de leur exil iranien. Pour nombre d’Irakiens, ils ont accaparé le pouvoir au détriment de l’opposition irakienne de l’intérieur à l’ancien dictateur Saddam Hussein. En outre, les exactions du Hachd el-Chaabi (Unités de mobilisation populaire), qui rassemble des milices chiites encadrées par les gardiens de la révolution iraniens, n’en finissent plus d’indigner une population assoiffée de souveraineté. La République islamique a tissé des liens avec la quasi-totalité des partis au pouvoir à Bagdad et les manifestants la perçoivent comme l’épine dorsale d’un système gangrené par la corruption. Emblématique de leur désir d’affranchissement de la tutelle iranienne, les contestataires ont ainsi également arraché le drapeau de la République islamique du consulat et l’ont remplacé par le leur, le drapeau irakien.


(Lire aussi : Pourquoi les Kurdes d’Irak ne se soulèvent pas)



Mercenaires étrangers

La marja’iyya, ou direction religieuse chiite qu’abrite Najaf, a survécu à la répression des régimes irakiens successifs et aux velléités hégémoniques de la République islamique. Les dignitaires religieux chiites de la ville ont encouragé depuis le début de la contestation la poursuite des manifestations pacifiques. Pour le cheikh Fadhil al-Budayri, haut responsable religieux à Najaf, les attaques contre le consulat « envoient le message clair qu’un pan de la société irakienne rejette la présence politique iranienne dans le pays et la tient pour responsable d’avoir amené ce gouvernement ».

Les alliés de l’Iran en Irak se sont empressés de lire derrière l’incendie une tentative de cibler l’ayatollah al-Sistani, comme pour se justifier d’attaques futures des milices pro-iraniennes à l’encontre des manifestants. « Nous couperons la main qui tente de se rapprocher de l’ayatollah al-Sistani », a ainsi affirmé Abou Mahdi al-Mouhandis, chef militaire du Hachd el-Chaabi, dans une déclaration publiée sur le site du groupe.

Pour certains Irakiens, il s’agit là d’une stratégie visant à mettre dans l’embarras la plus grande autorité religieuse d’Irak. Alors que ce dernier s’en tient généralement à une position de neutralité vis-à-vis des affaires politiques, il a plusieurs fois appelé le gouvernement à rester mesuré dans sa gestion de la contestation et exhorté les manifestants à la non-violence. Il a également condamné à demi-mot l’emprise iranienne sur le pays. Dans l’un de ses sermons du vendredi datant du début du mois, il avait ainsi déclaré qu’« aucune personne, aucun groupe, aucune partie avec des vues particulières, aucun acteur régional ou international, ne peut s’emparer de la volonté du peuple irakien et lui imposer les siennes », un tacle à peine dissimulé en direction de Téhéran.

Sur les réseaux sociaux, des Irakiens avancent que l’incendie serait une manœuvre de la part du gouvernement irakien pour discréditer les manifestations.

« Le but de ceux qui sont derrière cet incident est de saper les relations entre l’Iran et l’Irak », a déclaré pour sa part l’ambassadeur iranien en Irak, Iraj Masjedi. « Il s’agit de mercenaires étrangers qui sont encouragés par des télévisions des pays régionaux. Ils ne cherchent qu’à mettre à mal les relations fraternelles entre les deux pays », a-t-il ajouté, martelant la rengaine habituelle de Téhéran qui ne décèle dans le soulèvement irakien et la contestation iranienne que des mains étrangères, à commencer par celles de l’Arabie saoudite.


(Lire aussi : Irak, Liban, Iran : la prudence et l’inquiétude de Moscou)



Aggravation de la violence

À ce stade, une question demeure. Comment la République islamique va-t-elle répondre à cette humiliation ? Le ministère iranien des Affaires étrangères réclame une « action décisive, efficace et responsable contre les agents destructeurs et les agresseurs ». Téhéran pourrait répliquer à cet affront en resserrant davantage l’étau autour des manifestants, soit en faisant pression sur le gouvernement irakien, soit en s’appuyant sur les milices pro-iraniennes disséminées dans le pays. Si celles-ci ont en théorie été intégrées aux forces de sécurité irakiennes, elles dépendent dans les faits toujours de l’Iran. C’est d’ailleurs Kassem Soleimani, chef de la brigade al-Qods, l’unité d’élite des gardiens de la révolution, qui a empêché la démission du Premier ministre irakien Adel Abdel Mahdi. M. Soleimani s’était rendu en Irak à la fin du mois d’octobre pour y rencontrer Hadi al-Ameri, chef de l’organisation Badr, à la fois parti politique et milice chiite parrainée par l’Iran, pour lui demander de soutenir le maintien du chef du gouvernement. M. al-Ameri s’était pourtant la veille accordé sur sa mise à l’écart avec le leader religieux chiite Moqtada al-Sadr.

Depuis le début du soulèvement irakien, c’est une impitoyable répression qui s’est abattue sur les manifestants. On compte à ce jour plus de 350 personnes tuées et près de 15 000 blessés, sans compter les enlèvements à domicile ou même dans les hôpitaux. Les milices pro-iraniennes sont accusées d’être à l’origine d’une grande partie des décès survenus jusque-là. Elles ont assurément la main et disposent de moyens suffisants pour faire basculer le pays dans plus de violence encore.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES CHIITES IRAKIENS VEULENT SE DEBARRASSER DE L,HEGEMONIE DES MOLLAHS IRANIENS SUR LEUR PAYS.

HABIBI FRANCAIS

Trop heureux que Dieu m ait prete vie jusqu a ce jour pour voir l effondrement de la republique diabolique d Iran pour le plus grand bienfait des peuples iraniens et arabes.

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