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Nos lecteurs ont la parole - Jad Zahab

L’automne du Cèdre : la (re)naissance du peuple libanais !

« Tous pour la patrie, pour la gloire et le drapeau. » Jamais ces mots de l’hymne national libanais n’ont eu autant de sens. Alors que le pays est en proie à des manifestations jamais connues depuis l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri – bien plus qu’une révolution, c’est en tous points à la naissance d’une citoyenneté libanaise que nous assistons. Historique.

Trop longtemps les Libanais ont accepté, par aveuglement ou tout simplement par peur du vide, que des « familles » se succèdent aux postes à responsabilités. Le moment historique qui se joue sous les yeux du monde est bien celui que toutes les démocraties ont traversé : la naissance du peuple. Cet instant où chacun délaisse le drapeau du clan familial, religieux et communautaire pour lui préférer celui de la Nation. Ce moment où, excédés d’être étouffés par une classe politique autocentrée, des milliers de femmes et d’hommes se reconnaissent mutuellement et réciproquement comme artisans d’une même ambition : construire, animer et porter une citoyenneté libanaise généreuse, qui n’exclut pas les siens en fonction du genre ou de la religion.

Dans un pays traumatisé encore par les stigmates des guerres civiles qui l’ont ravagé, chacun était jusqu’ici marqué, surpris ou interloqué par l’absence d’identification des jeunes – et des moins jeunes – à la Nation libanaise. Comme si, depuis que le pays est en paix (relative), la République était non le remède, mais un simple sparadrap dont on sait qu’un jour ou l’autre il finira par tomber. Les cicatrices sont saillantes et vives : les communautés familiales et religieuses sont plus fortes et plus imprégnées dans la culture libanaise que ne l’est le catéchisme républicain, qu’elles ont écrasé et étouffé à dessein.

Gestion religieuse de l’état civil, répartition des postes à responsabilités politiques selon la confession – président de la République, président de la Chambre des députés, résident du Conseil des ministres – etc., tout au Liban laisse à penser qu’aujourd’hui encore, c’est la religion et les « clans » qui gouvernent la société. Comme dans la Tunisie et l’Égypte de Ben Ali et Moubarak, l’État rentier libanais nourrit d’abord les siens, ceux qui le colonisent de génération en génération, prétendant servir une société qu’en fait ils utilisent et manipulent.

Si l’annonce de taxer « WhatsApp » a été le catalyseur des mouvements de protestation, c’est bel et bien la situation économique et financière qui est remise en jeu : augmentation massive des prix de l’essence et du tabac, asphyxie financière du pays écrasé par le poids de sa dette, difficultés de retrait de devises étrangères, taux de change avec le dollar américain dramatiquement bas annonçant une récession inédite… En tous points la révolte citoyenne traduit le ras-le-bol d’une humiliation répétée et renouvelée depuis des années. Le rejet de toute la classe politique est cinglant : pour la première fois depuis toujours, on n’écoute plus le chef de clan, on appelle à la démission de tous les dirigeants politiques et on repousse celles et ceux d’entre eux qui souhaiteraient se joindre au mouvement. La naissance d’une souveraineté populaire se joue sous l’œil apeuré d’une classe politique atrophiée, rescapée, qui pensait pouvoir manœuvrer à perpétuité.

Le monde arabe a eu son printemps, le Liban aura son automne. Ce clin d’œil de l’histoire réside avant tout dans la spécificité et le désir des Libanaises et des Libanais qui aujourd’hui se drapent de rouge, blanc et vert, de ne jamais faire les choses comme les autres. Alors qu’ils fêteront l’année prochaine les cent ans du Grand Liban, ces héritiers des Phéniciens ne sauraient accepter sous aucun prétexte d’être rangés dans le même sac révolutionnaire que leurs alliés et amis arabes !

Tout dans l’âme du Liban est aujourd’hui en jeu : ce peuple naissant et fier, qui enfin prend conscience de ce qu’il est, a pour ciment la générosité de sa tradition et l’envie que le monde soit en permanence son invité. Trop longtemps murées dans le silence hagard qui sonne souvent comme le prélude d’une nouvelle guerre, des milliers d’âmes s’étaient oubliées pour survivre. Meurtries de génération en génération, elles avaient fini par accepter que leurs destins soient pris en otages.

Si nul ne peut, à tort ou à raison, se prévaloir d’un quelconque don de précognition, une chose au moins est sûre : personne, nulle part, ne pourra plus jamais éteindre la soif de justice, d’égalité de droits et de renouveau démocratique qui brûle de Tripoli à Saïda, de Beyrouth à Baalbeck, dans les plaines de la Békaa, dans les villes balnéaires, dans les montagnes reculées. La grandeur, la force et la majesté des cèdres centenaires s’est emparée du Liban, dont Fairouz, à juste titre, chantait, chante et chantera toujours la charité des neiges et la liberté du soleil.

25 ans, Franco-Libanais

Fondateur du Parlement des étudiants

Auteur de « La France est une chance »

(2019, Éditions des Trois Colonnes)

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

« Tous pour la patrie, pour la gloire et le drapeau. » Jamais ces mots de l’hymne national libanais n’ont eu autant de sens. Alors que le pays est en proie à des manifestations jamais connues depuis l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri – bien plus qu’une révolution, c’est en tous points à la naissance d’une citoyenneté libanaise que nous assistons. Historique. Trop longtemps les Libanais ont accepté, par aveuglement ou tout simplement par peur du vide, que des « familles » se succèdent aux postes à responsabilités. Le moment historique qui se joue sous les yeux du monde est bien celui que toutes les démocraties ont traversé : la naissance du peuple. Cet instant où chacun délaisse le drapeau du clan familial, religieux et communautaire pour lui préférer celui de la Nation....
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