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Nos lecteurs ont la parole - Jihane Sfeir

Cri du cœur d’une expatriée au peuple libanais

À vous tous, mes concitoyens, qui manifestez et luttez pour l’avenir de notre pays, votre avenir, mon avenir, je dis merci.

Alors que, depuis mon domicile en Europe où je suis confortablement installée, je me plains des « tracas » de mon quotidien « d’Européenne » (retard du bus, mauvaises pistes cyclables), du boulot, du mauvais temps, mon cœur de Libanaise va vers vous, qui rêveriez d’avoir de tels tracas. Depuis un mois, c’est pour nous aussi, les Libanais de l’étranger, que vous luttez. Vous faites notre révolution, vous battez le pavé, vous mettez en danger votre gagne-pain, vous vous exposez aux risques d’arrestation pour nous aussi. Ne nous en voulez pas de continuer à vivre une vie normale dans notre cocon d’émigrés. Nous contribuons aussi à la survie du pays, à notre façon, car il faut bien qu’il y ait des Libanais qui travaillent contre un salaire décent (contrairement à vous autres, malheureux Libanais du Liban, dont le travail n’a aucune valeur) pour envoyer des sous au pays.

Mais surtout, je vous écris pour vous exprimer mon admiration et ma reconnaissance et surtout pour vous demander de ne pas perdre courage. Que de dictatures ont fanfaronné avant de tomber ! Avant Moubarak, Ben Ali, Kadhafi et Saddam, il y a eu Ceausescu, et même l’Union soviétique est tombée comme un château de cartes alors que le mur de Berlin a été démonté pierre par pierre. Qui l’eût cru ? Tous ces dictateurs affirmaient aussi que la révolte du peuple n’était qu’un complot ourdi de l’extérieur, que les manifestants étaient des marionnettes dont les ficelles étaient manipulées par des traîtres, qu’ils étaient même payés pour manifester et, surtout, que seule la clique au pouvoir agissait dans l’intérêt du peuple pour le protéger d’un grand ennemi, qu’il soit à l’intérieur du pays, à l’extérieur ou aux frontières.

Bien sûr, les dangers de l’après-révolution sont nombreux et réels. On vous dit qu’il n’y a personne pour prendre le relais ? Qu’un vide est à craindre ? Cela restera le cas tant que le pays est soumis à la dictature d’une ploutocratie dont le seul objectif est bien d’empêcher la formation d’une relève quelconque. Bien sûr qu’il y aura encore des déconvenues. Bien sûr qu’il faudra du temps pour combler le vide. Mais ce vide est indispensable pour créer un appel d’air. Aujourd’hui, au Liban, vous avez enfin mis l’histoire en marche, vers la fin de cette situation injurieuse dans laquelle une poignée de dirigeants agissent comme si le pays leur appartient.

À tous les Libanais de ma génération qui ont vécu la guerre civile et qui aujourd’hui ont la force et le courage de descendre dans la rue pour protester pacifiquement, je dis merci d’avoir affranchi les jeunes de la peur ; à tous les jeunes qui faites la révolution en chantant, je dis merci de nous prouver que la relève existe et que le Liban est capable de se prendre en main. Merci de nous avoir rendu notre dignité. Merci de croire dans la force de votre révolution.

Genève

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

À vous tous, mes concitoyens, qui manifestez et luttez pour l’avenir de notre pays, votre avenir, mon avenir, je dis merci.Alors que, depuis mon domicile en Europe où je suis confortablement installée, je me plains des « tracas » de mon quotidien « d’Européenne » (retard du bus, mauvaises pistes cyclables), du boulot, du mauvais temps, mon cœur de Libanaise va vers vous, qui rêveriez d’avoir de tels tracas. Depuis un mois, c’est pour nous aussi, les Libanais de l’étranger, que vous luttez. Vous faites notre révolution, vous battez le pavé, vous mettez en danger votre gagne-pain, vous vous exposez aux risques d’arrestation pour nous aussi. Ne nous en voulez pas de continuer à vivre une vie normale dans notre cocon d’émigrés. Nous contribuons aussi à la survie du pays, à notre façon, car...
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