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Moyen Orient et Monde - Iran-USA-otages

Quarante ans après, comment la jeunesse iranienne perçoit les États-Unis

La propagande antiaméricaine du régime perd en efficacité, mais repose néanmoins sur un fond de vérité pour beaucoup d’Iraniens.

De jeunes Iraniens jouant à Pokemon Go à Téhéran. Photo d’archives AFP

« Les États-Unis sont comme un scorpion au venin mortel qui ne cesse de vous agacer que lorsqu’il est écrasé », déclarait Abdolrahim Moussavi, commandant en chef de l’armée iranienne, pour le 40e anniversaire de la prise d’otages au sein de l’ambassade américaine le 4 novembre. La cérémonie, qui se tient chaque année, se déroule plus ou moins toujours de la même façon : plusieurs milliers de partisans se réunissent, crient « Mort à l’Amérique, mort à Israël » et brûlent des drapeaux américains. Au premier rang des manifestations : des jeunes Iraniens, qui jouaient un rôle de premier plan dans la prise de l’ambassade américaine – cette date est d’ailleurs appelée aujourd’hui « Jour des étudiants » en Iran.

Les étudiants de 1979 ne sont toutefois pas ceux de 2019, et le discours antiaméricain exacerbé du régime est aujourd’hui perçu de manière ambivalente par nombre d’entre eux. « Je pense que les États-Unis sont un gros enfant pourri gâté qui martyrise les autres enfants du quartier », explique Omid*, un trentenaire travaillant en tant que manager à Ispahan. Il ne cache pas son animosité envers Washington, mais ne prête aucune attention à ces manifestations qui, pour lui, sont un outil de propagande du régime. « Le régime iranien essaie de présenter les États-Unis comme le mal incarné, on le voit tous les jours à la télévision. Par exemple, tous les vendredis il y a la prière et les gens sont encouragés à protester contre les États-Unis », ajoute-t-il.

Le 4 novembre 1979, l’ambassade américaine est investie par des étudiants pro-Khomeyni, menant à une prise d’otages qui dura 444 jours, marquant ainsi la rupture des relations officielles avec les États-Unis. Mais les jeunes de moins de 35 ans en Iran, qui représentent 70 % de la population du pays, n’ont pas connu cet événement, et les manifestants présents la semaine dernière ne sont pas forcément représentatifs de cette génération. « Dans un pays comme l’Iran, ce n’est pas très difficile de réunir 4 000 personnes pour faire du cinéma », résume pour L’OLJ Mahnaz Shirali, politologue et spécialiste de l’Iran.


(Lire aussi : « Mort à l’Amérique » : l’Iran célèbre la prise d’otages de 1979)


« Pas les mêmes valeurs que les parents »
La propagande antiaméricaine du régime perd en efficacité, mais repose néanmoins sur un fond de vérité pour beaucoup d’Iraniens, qui considèrent que le « gendarme du monde » nuit à leur pays depuis de nombreuses années. « Il n’y a pas besoin de noircir le rôle américain en Iran. Il est suffisamment noir comme cela », souligne Marjane*, étudiante à Téhéran. Le coup d’État orchestré par les États-Unis pour chasser Mohammad Mossadegh du pouvoir en 1953 demeure un sujet de tensions entre les deux pays. « Les États-Unis ont toujours voulu nous nuire, parce que notre pays a beaucoup d’importance pour eux, géopolitiquement parlant, raconte Marjane, c’était le cas même sous le chah. » Le soutien américain au régime du chah ou la vente d’armes à Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988) ont contribué à ternir l’image des États-Unis en Iran.

Mais pour ceux qui n’ont connu que la République islamique, les souvenirs de l’interférence américaine demeurent lointains. « La génération précédente était la génération révolutionnaire, gauchiste, antiaméricaine. Mais la nouvelle génération ne partage pas les mêmes valeurs que ses parents », observe Mahnaz Shirali. Une partie de la jeunesse est désillusionnée, ne croit plus en ses dirigeants et rejette les valeurs du régime. « Ils sont en rébellion totale envers ces interdits », ajoute-t-elle. « Le gouvernement a utilisé l’antiaméricanisme pour nourrir son idéologie, mais cela ne fonctionne plus », observe Arash Azizi, jeune Iranien, doctorant en histoire et études du Moyen-Orient à NYU.

Millennials à part entière, ils ont tous accès aux réseaux sociaux grâce aux VPN qui leur permettent de contourner la censure du régime. Seul Telegram demeure bloqué depuis les manifestations de janvier 2019. Et, comme partout ailleurs, la mondialisation et l’influence des États-Unis touchent la jeunesse. « Ce n’est pas très étonnant parce que partout dans le monde on regarde les séries américaines, on voit comment les Américains vivent, il y a une mondialisation des valeurs américaines un peu partout. Et les jeunes Iraniens ne sont pas restés en dehors de ce mouvement », explique Mahnaz Shirali.


(Lire aussi : A Téhéran, l'anti-américanisme demeure sur les murs du "nid d'espions")


« Trump, tout le monde le déteste »
Si l’ingérence américaine au sein de la région, et spécifiquement en Iran, est dénoncée par le régime, la culture américaine gagne du terrain au sein d’un pays qui n’est coupé du monde qu’en apparence. L’élite du régime elle-même est victime de l’attrait américain. « Les gens au pouvoir en Iran adorent envoyer leurs enfants en Occident et aux États-Unis en particulier », rappelle Arash Azizi, pointant du doigt l’hypocrisie du régime. Malgré son ressentiment envers certaines administrations, notamment celles de George W. Bush et Donald Trump, l’Iran demeure « l’un des pays les plus proaméricains du Moyen-Orient », indique Arash Azizi. Une étude menée par Iran Poll en janvier 2018 note toutefois que 80 % des Iraniens ont une opinion plutôt défavorable des États-Unis, des chiffres en fortes hausses depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

« En ce moment, Trump tout le monde le déteste, évidemment, c’est comme Bush. Obama en général était aimé », souligne Marjane. L’accord sur le nucléaire conclu le 14 juillet 2015 a participé à améliorer l’image des États-Unis en Iran et promettait, à terme, d’apaiser les relations entre les deux pays.

Depuis mai 2018 et le retour des sanctions américaines, les tensions entre Téhéran et Washington ont atteint un niveau alarmant, et la population iranienne pâtit de la situation économique instable. « L’Iran a rarement été autant touché. Tout le monde est dans une situation compliquée, riches comme pauvres », raconte Marjane. Beaucoup d’Iraniens considèrent toutefois que les États-Unis ne sont pas le principal responsable de la crise actuelle. « Malgré toutes les difficultés que les Iraniens sont en train de vivre, ce ne sont pas les Américains qui sont diabolisés à leurs yeux, mais leurs propres dirigeants », analyse Mahnaz Shirali. « Le problème avec les sanctions c’est que cela a principalement un effet sur le peuple plutôt que sur le régime et les mollahs », renchérit Omid.

De manière paradoxale, les sanctions seraient même un moyen de rapprocher une partie de la population des Américains pour Omid : « Une partie de mon cerveau me dit que ce renouvellement des sanctions est peut-être bénéfique, car tant que nous avons à manger sur la table nous ne faisons rien, donc peut-être que ces sanctions vont nous aider à changer le régime, d’une certaine manière. »

*Les prénoms ont été modifiés.


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commentaires (1)

Certains geopoliticiens de bas quartiers nous diront que ce sont des fake news encore et toujours. malheureusement pas... la nouvelle generations de "millenials" comme dis maintes fois dans differents articles se ressemble dans tout les pays du monde. elle a les memes aspirations, les memes ambitions. on ne berne plus les gens a coup de propagande, tout le monde a acces a la meme information de nos jours et les gardiens de la revolutions arrivent a leurs fin, d'ici quelques années la revolution des jeunes se retournera contre le regime iraniens tot ou tard. Mentir est une chose, mentir pendant 40 ans est une autre.

Thawra-LB

11 h 35, le 14 novembre 2019

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Commentaires (1)

  • Certains geopoliticiens de bas quartiers nous diront que ce sont des fake news encore et toujours. malheureusement pas... la nouvelle generations de "millenials" comme dis maintes fois dans differents articles se ressemble dans tout les pays du monde. elle a les memes aspirations, les memes ambitions. on ne berne plus les gens a coup de propagande, tout le monde a acces a la meme information de nos jours et les gardiens de la revolutions arrivent a leurs fin, d'ici quelques années la revolution des jeunes se retournera contre le regime iraniens tot ou tard. Mentir est une chose, mentir pendant 40 ans est une autre.

    Thawra-LB

    11 h 35, le 14 novembre 2019

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