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Maroc : placement en isolement de détenus du "Hirak", des familles protestent

AFP
08/11/2019

Des familles de détenus du "Hirak", mouvement de contestation qui a agité le nord du Maroc en 2016 et 2017, ont manifesté vendredi à Rabat contre des mesures disciplinaires d'isolement visant le chef du mouvement Nasser Zefzafi et cinq de ses codétenus. Ce "placement en cellules disciplinaires" a été décidé "pour préserver la sécurité de la prison", après que ces six détenus eurent "agressé des fonctionnaires de la prison en refusant de rejoindre leurs cellules", a affirmé lundi dans un communiqué la direction de l'administration pénitentiaire, sans indiquer la date de cette décision.

Les six militants ont entamé une grève de la faim au lendemain de leur placement en isolement, ont assuré leurs familles qui ont manifesté vendredi à Rabat avec le soutien d'activistes des droits humains.

L'isolement des détenus vise avant tout à sanctionner la récente diffusion d'un enregistrement audio dans lequel Nasser Zefzafi réaffirme avoir été victime de "torture" et de "viol" durant son arrestation en juin 2017, assurent ces proches des détenus. En août, M. Zefzafi avait publié un communiqué avec cinq codétenus, dans lequel ils affirmaient avoir subi des "tortures" pendant leurs interrogatoires.

En juin 2018, le chef du Hirak avait été condamné à 20 ans de prison pour "complot visant à porter atteinte à la sécurité de l'Etat", en même temps que d'autres militants. Cet ancien chômeur de 40 ans s'était imposé comme le visage de la contestation populaire dans la région historiquement frondeuse et marginalisée du Rif (nord), avec ses discours virulents contre l'Etat "corrompu" ou "l'arbitraire" du pouvoir.

D'autres militants du Hirak ont dénoncé comme lui des "tortures" en garde à vue. Avant l'ouverture du procès des chefs de file du mouvement en juillet 2017, la presse avait publié des extraits d'un rapport du Conseil national des droits de l'Homme (CNDH, organisme officiel), faisant état d'actes de torture. Adressé par voie interne au ministère de la Justice, ce rapport n'a jamais été rendu public. Et les autorités marocaines ont toujours démenti toutes les "allégations" de tortures liées au Hirak.

Cette semaine, le Procureur général du Roi près de la Cour d'appel de Casablanca a une nouvelle fois répété dans un communiqué que les conditions de l'arrestation de M. Zefzafi étaient "légales" et ses accusations de tortures "sans fondement". "Le ministère public est disposé à ouvrir une nouvelle enquête si Nasser Zefzafi apporte de nouvelles preuves", a-t-il dit, selon ce communiqué.

Le mouvement de contestation du Hirak avait été déclenché par la mort, en octobre 2016, d'un vendeur de poissons, broyé dans une benne à ordures en tentant de s'opposer à la saisie de sa marchandise.

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