Des centaines d'étudiants libanais manifestant contre la classe politique, le 7 novembre 2019 sur la place Riad el-Solh. Photo Anne-Marie el-Hage
Des centaines d'étudiants libanais issus de différentes universités du pays convergeaient jeudi en début d'après-midi vers la place Riad el-Solh, dans le centre-ville de Beyrouth, dans le cadre de la 22e journée de contestation populaire inédite contre la classe politique accusée de corruption et d'incompétence.
Depuis hier, des milliers de lycéens et d'étudiants sont mobilisés en masse dans tout le pays, bloquant notamment l'accès à de nombreuses administrations publiques et établissements.
Selon notre journaliste sur place Anne-Marie el-Hage, un groupe d'étudiants de la Lebanese international university (LIU) scandait des slogans contre les partis politiques, notamment le mouvement Amal du président du Parlement, Nabih Berry, qu'ils accusent de monopoliser l'établissement. "Réprimée, réprimée, la LIU est réprimée", ont lancé les jeunes à leur arrivée sur la place Riad el-Solh, lieu phare de la contestation qui touche tout le pays depuis le 17 octobre.
Certains racontent avoir fait l'objet de pressions pour les dissuader de manifester. D'autres affirment que certains sujets sont interdits de débats au sein de l'université, comme les questions liées à la communauté LGBT.
D'autres étudiants issus de l'Université Saint-Joseph à Balamand, au Liban-Nord, ou encore de l'amicale de la faculté de droit de l'USJ, ont également participé à la mobilisation. "Il est de notre devoir d'être présent aujourd'hui en tant qu'amicale", affirme à notre journaliste le président de ce groupe, Anthony Khoury. "Nous avions été le fer de lance de la révolution de 2005, aujourd'hui il s'agit de notre deuxième indépendance", a-t-il ajouté.
Depuis le 17 octobre, le Liban connaît une contestation populaire contre sa classe dirigeante jugée corrompue et incompétente, sur fond de grave crise économique. Le mouvement, qui a mobilisé des centaines de milliers de Libanais, toutes communautés confondues, a entraîné la démission le 29 octobre du Premier ministre Saad Hariri, mais la formation d'un nouveau gouvernement se fait attendre. Mercredi, le chef de l'Etat, Michel Aoun, a une fois encore assuré que le prochain gouvernement inclurait des "ministres compétents et à l'abri de tout soupçon de corruption".
Le Liban est classé 138e sur 180 en matière de corruption par l'ONG Transparency.
Mercredi, la Banque mondiale a estimé que "l'étape la plus urgente" pour le Liban était "la formation rapide d'un gouvernement correspondant aux attentes de tous les Libanais". En cas d'impasse persistante, la moitié de la population pourrait sombrer dans la pauvreté et le chômage "augmenter fortement", a averti la BM, à l'issue d'une rencontre d'une délégation avec le président libanais Michel Aoun. Selon elle, environ un tiers des Libanais vit déjà sous le seuil de pauvreté.

