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Nos lecteurs ont la parole - Lamia Charlebois

Chère révolution dans mon pays natal


Une manifestante, à Beyrouth, le 3 novembre 2019. REUTERS/Andres Martinez Casares

J’ai un pied dans l’avion quand j’entends ta clameur dans un clip sur mon écran de téléphone.

J’ai un pied dans l’avion quand je vois une femme crier de toutes ses forces, crier plus qu’à l’accouchement de son fils qu’elle n’a pas vu depuis qu’il a dû quitter le Liban.

J’ai un pied dans l’avion quand je vois l’amour et l’humour, les sandwichs et les manaqiche, les poubelles ramassées, le verre trié, les larmes essuyées, les chaînes brisées et la chaîne humaine reconstituée.

J’ai un pied dans l’avion quand je vois comment tu es devenue la plus belle, la plus pacifiste, la plus formidable des révolutions, enviée des autres… tu as réécrit le mot « révolution », tu es belle et rebelle.

J’ai un pied dans l’avion quand j’ai peur pour toi, pour les miens, pour ma famille, pour mes amis, pour tous les inconnus qui me ressemblent du Nord au Sud, pour cet accent que j’aime, pour le jasmin, pour le lendemain.

J’ai un pied dans l’avion quand l’odeur de suie et de sang revient dans ma mémoire blessée et que cette fois, je suis plus âgée, je pourrais peut-être contribuer…

Et puis la vie ici dans ce pays adoptif que j’aime aussi me rappelle à l’ordre. Ce destin dans lequel la guerre m’a jetée, cette nouvelle vie construite sans mode d’emploi, mes responsabilités, mon travail, ma fille née ici me retiennent loin de toi.

Ce quotidien raisonnable tire sur la chaîne que j’ai envie de casser pour bondir dans tes bras, ma chère révolution dans laquelle je ne suis pas.

Lamia, ton enfant de la diaspora qui t’aime, te suit et prie.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

J’ai un pied dans l’avion quand j’entends ta clameur dans un clip sur mon écran de téléphone.J’ai un pied dans l’avion quand je vois une femme crier de toutes ses forces, crier plus qu’à l’accouchement de son fils qu’elle n’a pas vu depuis qu’il a dû quitter le Liban.J’ai un pied dans l’avion quand je vois l’amour et l’humour, les sandwichs et les manaqiche, les poubelles ramassées, le verre trié, les larmes essuyées, les chaînes brisées et la chaîne humaine reconstituée.J’ai un pied dans l’avion quand je vois comment tu es devenue la plus belle, la plus pacifiste, la plus formidable des révolutions, enviée des autres… tu as réécrit le mot « révolution », tu es belle et rebelle.J’ai un pied dans l’avion quand j’ai peur pour toi, pour les miens, pour ma famille, pour mes...
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