L’attaque contre la mosquée de Bayonne a fait 2 blessés graves, le 28 octobre 2019. Gaizka Iroz/AFP
Attaque à la préfecture de police de Paris et contre une mosquée, énième débat sur le voile : la France est à nouveau secouée par un débat sur l’islam, deuxième religion du pays, nourri par « l’émotion » et « l’ignorance », selon des experts.
La France, pays d’Europe occidentale à la plus importante communauté musulmane (7,5 % de la population) et terrain fertile pour une extrême droite devenue la deuxième force politique, oscille à nouveau entre les dénonciations de la « stigmatisation » dont seraient victimes les musulmans et la contestation de la « radicalisation ».
Le débat est revenu en force il y a quatre semaines, après l’attaque à la préfecture de police de Paris, où un employé converti à l’islam a tué quatre collègues. Les doutes demeurent sur ses motivations, mais le président français Emmanuel Macron a dans la foulée appelé à « faire bloc » face à « l’hydre islamiste ». Il dira ensuite vouloir lutter « contre le communautarisme », qu’il apparente à une sorte de « séparatisme ».
Mais où commence la radicalisation ? Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a créé la polémique en citant, « parmi les signes » possibles, « le port de la barbe » ou la pratique de la prière « régulière ».
« Il faut être sérieux », ces éléments, habituels chez une partie des musulmans « ne veulent en rien dire qu’on est radicalisé », souligne Abdallah Zekri, délégué national du Conseil français du culte musulman (CFCM), en dénonçant une « stigmatisation ». « On mélange l’islam et l’islamisme, la pratique sociale et la doctrine idéologique », abonde Olivier Bobineau, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et auteur du livre La voie de la radicalisation. « On a un choc des ignorances », dit-il, qui crée à la fois « un choc des identités et un choc des émotions ».
« Islam bashing »
Le 11 octobre, le débat sur le voile, récurrent depuis les années 80, est relancé lorsqu’un élu du Rassemblement national (RN, extrême droite) s’en prend à une mère voilée qui accompagne une sortie scolaire. 59 % des Français considèrent le voile incompatible avec leur société, selon la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), et le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer a récemment estimé qu’il « n’est pas souhaitable dans notre société ».
« Il y a un durcissement sur la question du voile » car il peut être vu comme une atteinte à deux révolutions importantes dans l’histoire du pays, « la laïcité » du début du XXe siècle et « la libération de la femme » des années 1970, explique Sébastien Roché, directeur de recherche au CNRS.
Au final, le voile omniprésent « formate l’opinion », souligne Claire de Galembert, sociologue spécialiste de la radicalisation, en dénonçant également certains médias qui « banalisent “l’islam bashing” ».
C’est dans ce climat tendu qu’a eu lieu l’attaque contre la mosquée de Bayonne (Sud-Ouest), revendiquée par un ancien militant d’extrême droite qui a dit vouloir venger l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris perpétré, selon lui, par des musulmans. Cette attaque, qui a fait deux blessés graves, est « le résultat évident d’une écœurante et odieuse séquence de stigmatisation », au cours de laquelle « la parole raciste contre les musulmans » s’est « déchaînée », a estimé Jean-Luc Mélenchon, le patron de La France insoumise (gauche radicale).
« Il y a cette ambiance, au niveau national, comme si on autorisait à déverser sa haine », confie Saayda, mère de famille de 37 ans de Charleville-Mézières (Est) où des tags « racistes » sont apparus sur les murs du chantier de la nouvelle mosquée. « C’est une conséquence de la stigmatisation d’une partie de la population, poursuit cette musulmane pratiquante. C’est presque comme si ça avait été autorisé. »
La France est « l’otage de deux périls qu’il faut éviter : le communautarisme et le Rassemblement national », a résumé le président Macron dans une longue interview au magazine Valeurs actuelles, proche de la droite dure, dénoncée par ses opposants comme un appel du pied à l’extrême droite. « Le choix de ce support, spécialisé dans la haine antimusulmans, n’a rien d’anodin », a estimé le porte-parole du Parti communiste Ian Brossat.
Emmanuel DUPARCQ et Antoine POLLEZ/AFP

