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Nos lecteurs ont la parole - Andrea Paoli

Pensées, au cinquième jour de la révolution

Je pleure puis je ris, je tremble de colère, et ensuite d’amour. Ayant voyagé seulement quelques heures avant cette « nahda », je me retrouve spectatrice de ce spectacle incroyable : la Révolution libanaise, celle avec un grand « R », celle rêvée, celle utopique. Le contenu m’affecte comme une montagne russe d’émotions. Mais l’émotion dominante est incontestablement l’Amour (avec un grand « A » ).

L’Amour pour ce peuple qui dans toutes les circonstances se montre fort, créatif, drôle, engagé et amoureux de la vie. L’Amour pour ce pays, qui en sa diversité, sa culture, son unicité nous donne une identité de laquelle on ne peut se détacher. L’Amour pour ces Libanais qui, enfin, se sont tous unis ! Unis pour réclamer leurs droits les plus élémentaires, pour dire « khalas », chanter et danser pour se révolter en trombe.

Je ne pensais pas que j’avais la force en moi d’entreprendre une révolution. Et c’est peut-être pourquoi, tous, individuellement, n’avons jamais tenté. Ces derniers mois, ces dernières années au Liban ont été poignantes, une vraie chute libre, alors que la tension montait. Ce qui n’a fait qu’augmenter ce sentiment d’impuissance qui nous a paralysés jusqu’au plus profond de notre être.

Nous, les survivants au pays, avons dit adieu à la plupart de nos amis qui s’expatrient les uns après les autres, qui se retrouvent plus nombreux dans les différentes grandes villes qu’à Beyrouth. Quant à ceux qui restent, ils livrent une bataille quotidienne contre le manque d’opportunités de travail et surtout de développement, avec, de surcroît, des salaires minables.

Nous voyons la corruption tous les jours. Partout. Les taxes arbitraires, les dettes ahurissantes, la crise des déchets enrageante, les rarissimes espaces publics, les injustices flagrantes, sans citer l’électricité introuvable, l’eau insuffisante, le système de santé injuste, l’éducation en détérioration, les coûts époustouflants pour couvrir ces manques…

TROP c’est TROP !

Et vous vous êtes unis… Nous nous sommes tous unis.

Ce que je trouve curieux, et pourtant pas étonnant, c’est que cette classe politique gouvernante n’a toujours pas réalisé à quel point cette manifestation est différente des autres. Elle n’a toujours pas compris que c’est la Révolution avec un grand « R ». C’est ce moment dans l’histoire d’une nation où on tourne la page et un nouveau chapitre commence.

Les images qui m’ont le plus marquée sont celle du drapeau avec un cèdre que l’on replante et celle qui date la fin de la guerre civile à 2019.

Je ne suis pourtant pas dupe. Nos différences confessionnelles, religieuses et politiques sont si ancrées en notre identité que le changement n’aura pas lieu en quelques jours. Mais nous avons enfin une opportunité de réécrire cette histoire (qui, par hasard, a arrêté d’être écrite depuis 1975).

Alors, « Hala2 Lawen » ?

« Killoun ya3ne Killoun », tous les politiciens ont été corrompus d’une manière ou d’une autre, ne serait-ce qu’en n’ayant pas été à la hauteur de leurs responsabilités et en ayant laissé le pays sombrer dans une crise tourbillonnante. Nous voulons du changement, du sang neuf. Et peu nombreuses sont les options, vu que les noms présents ont été à la tête du pays depuis bien trop de générations.

Alors laissez-nous vous dire ce que nous voulons tous, et pour la première fois.

Nous voulons des technocrates, des personnes compétentes dans leurs domaines respectifs, des leaders qui mettront leurs rôle et responsabilité envers le peuple en priorité, qui travailleront pour, chacun, améliorer le domaine qui le concerne. Nous ne cherchons pas une potion magique, mais ces petits héros du quotidien qui auraient la volonté et le savoir pour donner au peuple ses droits fondamentaux, donner aux expatriés l’espoir de pouvoir rentrer, un jour, à la maison, donner à nos jeunes les opportunités de grandir dans un environnement magnifiquement libanais.

Est-ce un rêve ? Certes. Est-ce évident ? Probablement. Est-ce facile ? Oh que non !

Et pourtant, si ces derniers jours nous ont dit une chose, c’est que parfois, en une nuit, celle d’un jeudi 17 octobre, une utopie peut devenir réalité !

Alors et si pour une fois, on croyait en notre rêve ?

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Je pleure puis je ris, je tremble de colère, et ensuite d’amour. Ayant voyagé seulement quelques heures avant cette « nahda », je me retrouve spectatrice de ce spectacle incroyable : la Révolution libanaise, celle avec un grand « R », celle rêvée, celle utopique. Le contenu m’affecte comme une montagne russe d’émotions. Mais l’émotion dominante est incontestablement l’Amour (avec un grand « A » ). L’Amour pour ce peuple qui dans toutes les circonstances se montre fort, créatif, drôle, engagé et amoureux de la vie. L’Amour pour ce pays, qui en sa diversité, sa culture, son unicité nous donne une identité de laquelle on ne peut se détacher. L’Amour pour ces Libanais qui, enfin, se sont tous unis ! Unis pour réclamer leurs droits les plus élémentaires, pour dire...
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