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L'ONG de l'opposant n°1 à Poutine perquisitionnée dans toute la Russie

AFP
15/10/2019

L'organisation anti-corruption d'Alexeï Navalny, opposant n°1 à Vladimir Poutine, a été visée mardi par de nombreuses perquisitions, un nouveau coup porté à ce mouvement sur lequel les autorités russes accentuent leur pression.

Le Comité d'enquête a indiqué dans un communiqué que les opérations visaient aussi bien des domiciles d'employés que des bureaux de l'organisation, dans 30 régions du pays, en raison d'une enquête pour "blanchiment d'argent".

Des "comptes bancaires du FBK (Fonds de lutte contre la corruption, ndlr) ont été gelés", a ajouté le Comité d'enquête.

"Ce n'est plus possible de travailler avec ces bruits de bottes jour après jour", a dénoncé M. Navalny sur son blog, appelant à un soutien financier de ses partisans.

"Mais nous sommes ceux qui sont dans le juste, ceux qui sont contre nous sont les ennemis de la Russie", a-t-il ajouté, promettant que la pression des autorités ne l'arrêterait pas.

Il a également diffusé des images de vidéo-surveillance et des photos de ses partisans dans différentes villes, où l'on peut voir des policiers casqués et masqués dans des bureaux et le personnel contraint de quitter les lieux.

Selon ses soutiens, c'est la mobilisation pendant l'été d'un important mouvement de contestation à l'approche des élections municipales de Moscou qui explique ces poursuites.

Le directeur du fonds, Ivan Jdanov, a relaté sur Twitter qu'à Moscou, aux alentours de 10H00 (07H00 GMT), les agents avaient "brisé la porte" du siège de l'organisation. Un photographe de l'AFP a vu les policiers russes pénétrer dans les locaux moscovites de l'ONG.

M. Jdanov a ajouté que des perquisitions similaires avaient été signalées partout dans le pays, de la Russie européenne à l'Extrême-Orient en passant par la Sibérie. Parmi les villes concernées: Moscou, Vladivostok, Ekaterinbourg, Samara, Tcheliabinsk ou encore Iaroslavl.

En septembre déjà, plus de 200 perquisitions en parallèle dans au moins 41 villes avaient visé le fonds.

Largement ignoré par les médias d'Etat, Alexeï Navalny, dont le président russe ne prononce jamais le nom, est un avocat de 43 ans qui a bâti sa popularité sur les réseaux sociaux, où ses publications anti-corruption sont abondamment partagées.

Sa vidéo accusant le Premier ministre Dmitri Medvedev d'être à la tête d'un empire immobilier totalise ainsi 32 millions de vues sur YouTube.

"Agent de l'étranger"

Le Fonds de lutte contre la corruption, à l'origine d'enquêtes dénonçant les malversations et le train de vie des élites russes, est visé depuis des semaines par une enquête pour "blanchiment" d'argent.

Il y a une semaine, les autorités avaient accru la pression en classant le FBK "agent de l'étranger", une qualification introduite par une loi en 2012 et servant à désigner une organisation bénéficiant du financement d'un autre pays et exerçant une "activité politique".

Ce concept vague a permis de viser de nombreux groupes critiques du pouvoir, les "agents de l'étranger" étant soumis à d'importantes contraintes administratives et financières et faisant l'objet d'une surveillance accrue.

Ce terme est aussi controversé car il rappelle une expression utilisée à l'époque stalinienne pour donner une justification officielle aux purges, et a été employé en Union soviétique dans les années 1970 et 1980 pour qualifier les dissidents.

Pour les partisans de Navalny, ces poursuites sont politiques, les autorités russes ayant déclenché leur enquête pour "blanchiment" contre le FBK au plus fort de la contestation de l'été dernier à Moscou. D'autant que l'opposant était au premier rang des organisateurs des rassemblements, dont certains ont été violemment réprimés.

Il s'agissait du plus important mouvement de protestation depuis le retour de Vladimir Poutine au Kremlin en 2012.

Après plusieurs lourdes condamnations de manifestants pour "violences" contre la police ces dernières semaines, quatre nouveaux accusés ont été arrêtés lundi, puis un cinquième mardi.

Alexeï Navalny a lui passé 30 jours en prison pour l'organisation de ces manifestations alors que tout ses candidats avaient été exclus du scrutin. Lui-même n'avait pas pu se présenter à la présidentielle de 2018.

L'élection du Parlement de Moscou le 8 septembre s'est finalement soldée par un revers pour les candidats du pouvoir, qui ont perdu près d'un tiers de leurs sièges.

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