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Sport

Peter Mouracadé : Ensemble, nous faisons bouger la nation

Interview

Le président-directeur général de l’Association du marathon de Beyrouth, qui sera couru cette année le 10 novembre, met l’accent sur les retombées positives, sociales et économiques, de l’événement, et insiste sur son pouvoir pacificateur et unificateur.

Joe MEZHER | OLJ
09/10/2019 | 00h00

Cette année, le marathon de Beyrouth sera couru le dimanche 10 novembre. Pour cette 17e édition de la course, les inscriptions se clôtureront le 25 octobre. Mais attention, pour ceux qui souhaitent y participer, les places sont sous réserve de disponibilité, donc il faut s’y prendre à temps et ne pas attendre le dernier jour.

Il faut rappeler aussi que certains concurrents bénéficient d’une inscription gratuite (para-athlètes, élèves des écoles publiques, soldats de l’armée libanaise, membres des Forces de sécurité intérieure, de la Croix-Rouge libanaise, etc.).

Pour les autres, les frais s’élèvent à 40 000 LL pour le 8K Fun Run, dont 10 000 LL sont reversées aux ONG – et à 60 dollars pour le marathon (42,195 km). Ce qui fait du marathon de Beyrouth l’un des moins chers du monde.


La course a commencé par un rêve

En prévision de l’événement, L’Orient-Le Jour a interviewé Peter Mouracadé, président-directeur général de l’Association du marathon de Beyrouth (BMA, son acronyme anglais). Comme May el-Khalil, fondatrice et présidente de la BMA, il insiste tout d’abord sur les raisons d’être du marathon, qui « a commencé avec le rêve de créer la cohésion sociale et de promouvoir la paix dans un pays qui en avait désespérément besoin ». « Depuis ses débuts, enchaîne-t-il, le marathon met en avant l’amour d’autrui, la camaraderie et le don (pour des causes humanitaires). Nous courons donc pour exprimer une profession de foi “Peace, Love, Run”, le slogan de la BMA. »

Depuis ses débuts, le marathon de Beyrouth connaît un succès croissant. En 2003, lors de sa 1re édition, 6 000 participants étaient sur la ligne de départ. En 2019, indique M. Mouracadé, quelque 50 000 coureurs sont attendus. « En 2003, l’on recensait autour de 400 coureurs de longues distances au Liban. En 2018, on en dénombre 14 000. C’est ainsi que nous développons la culture de la course dans le pays », ajoute-t-il.

Courir pour une cause

En 2009, la BMA a lancé le projet de courir pour une cause. « À l’époque, nous avions cinq ONG partenaires. Aujourd’hui, plus de 73 % des participants (au marathon) se portent candidats et nous comptons plus de 223 ONG partenaires », souligne encore Peter Mouracadé.

Par ailleurs, pour la 9e fois consécutive, le marathon de Beyrouth s’est vu décerner cette année encore le Silver Label par l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF, son acronyme anglais) – la fédération internationale d’athlétisme. « Il y a plus de 5 000 courses sur route dans le monde. Moins de 120 sont accréditées par l’IAAF, dont 15 seulement sont étiquetées en argent », signale M. Mouracadé. En outre, « la course de cette année comptera pour le championnat du monde des groupes d’âge Wanda (une catégorie de classification) de l’Abbott World Marathon Majors ». L’Abbott World Marathon Majors regroupe les six marathons les plus prestigieux au monde – classés or : Tokyo, Berlin, Londres, New York, Boston et Chicago. « Tous les participants des catégories éligibles gagneront des points en fonction de leur âge, leur chrono et leur genre (homme/femme), ce qui contribuera à leur classement mondial par groupe d’âge Abbott World Marathon Majors Wanda, aligné sur les groupes d’âge de 40 à 80 ans et plus », assure Peter Mouracadé. « De plus, dit-il, en 2018, le marathon de Beyrouth a été intégré au calendrier de l’Union cycliste internationale.

Ainsi, les para-athlètes concourant avec des tricycles à main peuvent accumuler des points pour la qualification aux Jeux paralympiques de Tokyo en 2020. » Cette année, les para-athlètes libanais Ahmad el-Ghoul et Hassan Dia ont d’ailleurs de très grandes chances de se qualifier pour Tokyo.


Dynamique positive

Depuis son lancement en 2003, le marathon de Beyrouth a largement démontré son impact positif sur la société et l’économie du Liban. Pour cette 17e édition donc, la BMA a axé sa campagne sur cette dynamique. « Ensemble, nous faisons bouger la nation » est le slogan ainsi choisi cette année. L’an dernier, l’impact économique direct et indirect a atteint 18,5 millions de dollars répartis sur divers secteurs tels que le tourisme, les télécommunications, l’hôtellerie, le transport, les biens de consommation, etc., selon l'étude faite par le cabinet de conseil en stratégie Strategie& du groupe PwC. Près de 2 400 emplois à temps partiel ont également été créés. Pour ce qui est de l’impact social, 25 % des frais d’inscription ont été reversés aux ONG pour leurs programmes d’aides. Depuis 2009, la contribution totale reversée aux ONG se chiffre à 1,63 million de dollars. Également en 2018, la BMA a collaboré avec quatre organisations environnementales : G vivant vert, Live Love Recycle, Rkod w Froz et Jannat Bladi. Treize stations de recyclage étaient disséminées le long du parcours de la course, permettant la collecte de 150 000 bouteilles d’eau, ces dernières ayant été réduites de 500 à 330 ml pour limiter les pertes d’eau en excès.

Cette année, des bacs de recyclage seront disponibles dans les zones de départ et d’arrivée, ainsi que dans 23 stations dites « vertes » sur les parcours des 8 et 42,195 km.

Parallèlement, les ambassadeurs eux aussi prendront fait et cause, comme chaque année, pour une ONG. « Cette année, ils ont choisi l’environnement et de courir pour Jouzour Loubnan afin d’aider au reboisement du Liban. Ainsi, le 16 novembre, ils planteront des cèdres dans la réserve de Jaj, à Jbeil », précise Peter Mouracadé.


Marathon village

D’autre part, outre la course en elle-même, plusieurs événements parallèles sont au programme cette année. À commencer par le Marathon Village.

« Ce village proposera une exposition de quatre jours (6-9 novembre) ouverte de 14h à 22h, avec plus de 50 exposants liés aux domaines du sport ou affiliés ; des experts viendront y prodiguer au public et aux athlètes des conseils de santé et de nutrition, entre autres ; un espace divertissement y est aussi prévu. C’est là, aussi, que les marathoniens viendront prendre possession de leurs dossards et les rendront à l’issue de la course », dit encore M. Mouracadé.

La BMA en est, en outre, à la 4e édition de son Ability Program, dans le cadre duquel 24 handicapés majeurs s’entraînent à Tripoli et à Beyrouth afin de pouvoir rivaliser avec les autres concurrents dans les compétitions régionales et internationales. « Leur formation débute deux mois avant la course », indique le PDG de la BMA. Autre engagement fort de la BMA, la 2e édition de Blind With Vision Team, un programme d’entraînement gratuit consacré aux malvoyants pour les aider à courir les 42,195 km. « Cette année, l’équipe est composée de 6 coureurs malvoyants, de 16 guides bénévoles, d’un entraîneur adjoint et de la coach et directrice du programme, Mary Kleyani », précise le PDG. De même, « le programme Right 2 Run propose aux enfants de zones défavorisées des courses gratuites pour leur insuffler la culture de ce sport, et ainsi identifier les talents de la nouvelle génération. Les gagnants des courses qui ont eu lieu en 2019 seront invités à participer gratuitement à la Youth Race du marathon », souligne-t-il.

C’est dans le même ordre d’idée qu’a été créé, cette année, un groupe baptisé The Advocates. « Ce groupe rassemble des femmes de tous âges, milieux sociaux et régions libanaises. Son objectif : promouvoir la course à pied et ses bienfaits pour la santé dans tout le pays, surtout auprès des plus défavorisés », explique Peter Mouracadé. Car courir, c’est gratuit… Dans cette optique, la BMA avait lancé – en 2009 déjà – le projet Adopt a Team. En 2018, plus de 1 500 enfants défavorisés ont bénéficié de ce programme gratuit, financé par des philanthropes, et ont pu participer au dernier marathon.


Histoires humaines

Le marathon aura cette année, comme les précédentes, des invités de marque. D’abord, le skieur américain handicapé Chris Waddell, treize fois médaillé paralympique de monoski et premier ambassadeur du Comité international paralympique. Il est aujourd’hui présent au Hall of Fame des athlètes américains. Ensuite, Nawal El Moutawakel, coureuse de haies et première championne olympique marocaine (400 m haies en 1984). Ministre de la Jeunesse et des Sports du Maroc de 2007 à 2009, elle est aujourd’hui représentante de l’IAAF et responsable en son sein de l’autonomisation des femmes.

Autre personnalité de cette édition, Justine Abou Chacra, une jeune fille victime d’une grave lésion cérébrale suite à un accident de voiture, participera au semi-marathon (21 km) avec Nabil Aouad, un athlète qui poussera son fauteuil roulant pour atteindre la ligne d’arrivée. Suite à son accident, son père, Jihad, et sa sœur, Valérie, ont fondé l’ONG Just Care qui offre une assistance psychologique, des équipements de mobilité légère ainsi qu’un soutien financier pour le traitement thérapeutique et les soins médicaux aux familles de patients atteints de lésion cérébrale traumatique (TBI) qui ne peuvent se les permettre. « Avant d’atteindre la ligne, elle tentera de marcher seule quelques mètres et sa famille l’y accueillera », explique Peter Mouracadé.


Pour mémoire 

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