Un véhicule militaire américain quittant la bande de Ras el-Aïn dans le nord de la Syrie. Delil Souleiman/AFP
Les troupes américaines déployées dans le nord de la Syrie ont débuté hier leur retrait de secteurs proches de la frontière turque, ouvrant la voie à une offensive militaire turque contre les forces kurdes pourtant alliées de Washington dans la lutte antijihadiste.
Après s’être longtemps opposés à une telle offensive, les États-Unis ont opéré une volte-face : la Maison-Blanche a annoncé dimanche soir le retrait américain de régions où se trouvent les forces kurdes syriennes, les Unités de protection du peuple (YPG). Ankara a aussitôt dit qu’une opération pourrait intervenir à tout moment.
Le président Donald Trump a justifié ce revirement, intervenu après un échange téléphonique avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, en expliquant vouloir laisser aux protagonistes le soin de « résoudre la situation » par eux-mêmes. « Il est temps pour nous de sortir de ces guerres ridicules et sans fin, dont beaucoup sont tribales », a-t-il argué.
Cette décision a toutefois suscité une vague de réprobation aux États-Unis, y compris dans son camp. L’élu républicain Lindsey Graham a appelé le président Trump à « revenir » sur ce choix, le jugeant « porteur de désastre ». « L’abandon des Kurdes sera une tache sur l’honneur de l’Amérique », a-t-il ajouté. Et l’influent sénateur conservateur de Caroline du Sud de menacer de proposer une résolution au Sénat pour revenir sur cette décision.
Nikki Haley, ancienne ambassadrice des États-Unis à l’ONU et figure montante du Parti républicain, a jugé utile de rappeler au 45e président des États-Unis un principe simple des relations internationales : « Nous devons toujours soutenir nos alliés si nous attendons d’eux qu’ils nous soutiennent. » « Les Kurdes ont un rôle crucial dans notre combat couronné de succès contre l’EI en Syrie. Les laisser mourir est une énorme erreur », a-t-elle ajouté.
Fin 2018, Donald Trump avait déjà annoncé un retrait des militaires américains stationnés en Syrie, avant de préciser quelques mois plus tard qu’environ 400 d’entre eux resteraient finalement sur le terrain « pour un certain temps ».
Hier, M. Erdogan a averti que l’offensive turque pourrait désormais être lancée « sans prévenir ».
Craignant une nouvelle crise humanitaire, l’ONU a aussitôt dit se « préparer au pire ». L’Union européenne a de son côté estimé qu’une offensive pourrait exacerber « les souffrances du peuple syrien ». Paris a appelé Ankara à la retenue et plaidé pour que la détention des jihadistes étrangers dans les camps du Nord-Est syrien sous contrôle kurde reste « sûre ».
Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), les forces américaines se sont retirées de positions-clés à Ras al-Aïn et Tal Abyad vers une base militaire située entre ces deux secteurs. Selon un photographe de l’AFP, une base militaire à Tel Arqam était déserte hier après le retrait américain.
« Ce que nous faisons, c’est retirer quelques soldats déployés à la frontière, un tout petit nombre, sur une toute petite distance », a toutefois déclaré hier un haut responsable américain, alors que Donald Trump avait semblé évoquer un retrait plus généralisé. Selon lui, ce retrait ne concerne que « deux très petits détachements », soit moins de 25 personnes au total. Ce haut responsable du département d’État américain a assuré que Donald Trump avait clairement dit à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan que les États-Unis ne soutenaient pas une telle opération. « Nous pensons que cette opération est une très mauvaise idée », a-t-il expliqué.
Comme pour rectifier le tir, le président américain a promis plus tard hier d’« anéantir » l’économie turque si Ankara allait selon lui trop loin en Syrie. « Si la Turquie fait quoi que ce soit dont j’estime, dans ma grande et inégalable sagesse, que cela dépasse les bornes, je détruirai et anéantirai complètement l’économie de la Turquie », a-t-il twitté.
Détruire la confiance
Les forces kurdes ont creusé des tranchées et des tunnels dans ces zones ainsi que près de Kobané en prévision d’un assaut, d’après
l’OSDH qui dispose d’un vaste réseau de sources dans le pays.
Pour les Forces démocratiques syriennes (FDS), les États-Unis « sont sur le point de détruire la confiance et la coopération » entre les forces kurdes et les militaires américains. « Les gens ici ont le droit à une explication », a écrit sur Twitter Mustafa Bali, porte-parole des FDS.
Les FDS ont largement contribué, avec l’aide de Washington principalement, à éradiquer le « califat » autoproclamé du groupe jihadiste État islamique, prenant fin mars l’ultime bastion de Baghouz. Hier, ces forces ont averti qu’une opération turque entraînerait une résurgence de l’EI et annulerait « des années de combats fructueux ». Une offensive menacerait aussi les prisons et camps gérés par les FDS qui abritent de nombreux jihadistes et leurs familles, ont-elles prévenu.
La Turquie a au contraire assuré qu’elle « ne laisserait pas l’EI ressurgir ». En attendant, des dizaines de personnes ont manifesté à al-Qahtaniya, une ville syrienne à majorité kurde près de la frontière turque, pour dénoncer le retrait américain. « Nous n’avons d’autre choix que de défendre notre terre (parce que) les Américains peuvent vendre les Kurdes pour leurs propres intérêts », a déclaré Abdel Salam Ali, un manifestant.
La Turquie, qui jouit d’une présence militaire dans plusieurs villes syriennes septentrionales avec le soutien de groupes rebelles alliés, a déjà mené deux offensives dans le nord de la Syrie, la première en 2016 contre l’EI et la deuxième en 2018, à Afrine, contre les YPG.
La semaine dernière, M. Erdogan a affirmé que la Turquie arrivait à bout de patience vis-à-vis des États-Unis au sujet de la création d’une « zone de sécurité » dans le nord de la Syrie, convenue entre les deux pays en août. Cette zone tampon doit séparer la frontière turque et les régions syriennes contrôlées par les YPG, qualifiées de « terroristes » par Ankara.
Alors que les Kurdes syriens ont établi une région autonome dans le Nord à la faveur du conflit complexe en Syrie, la Turquie craint qu’un noyau d’État kurde à sa frontière ne galvanise les velléités séparatistes kurdes sur son propre sol.
Outre éloigner les YPG de sa frontière, M. Erdogan espère pouvoir utiliser la zone tampon pour y renvoyer jusqu’à deux des 3,6 millions de réfugiés syriens que la Turquie accueille.
Source : AFP


Le 16 février 2018, lors d’un discours ,H.N a demandé aux Kurdes de Syrie de ne pas faire confiance aux Américains. Il les a invités à résoudre leurs problèmes avec le gouvernement syrien, car les Américains finiront par les abandonner à leur sort . Les États-Unis n'ont qu’exploiter les Kurdes afin de réaliser ses plans ; ils n’ont pas hésiter à trahir les Kurdes, une fois qu’ils ont fini leur travail , avait alors prédit H.N H.N avait également dit l’an dernier : « Nous savons que le Pentagone reçoit un budget de 500 à 700 millions de dollars sous couvert de l’appui aux Kurdes de Syrie…À quoi est destiné ce budget ? Cette somme, devra-t-elle être dépensée pour instaurer la démocratie en Syrie ou pour soutenir les Kurdes qui sont censés tirer la leçon de l’expérience du passé… Vous devez savoir qu’à l’heure actuelle, les États-Unis vous utilisent comme un instrument pour faire avancer leurs plans, y compris le cadre de leur lutte contre la Syrie et la RII, la Russie et l’axe de la Résistance. Mais finalement, ils ne se préoccupent que d’assurer leurs propres intérêts. Ils vous vendront tout simplement et vous laisseront seuls. Certains médias, surtout ceux proches des insurgés syriens, ont prétendu que les propos de H.N étaient une plaisanterie. Les États-Unis ont informé les Kurdes de Syrie qu’ils ne les protégeraient pas en cas d’une attaque de la part de la Turquie .
14 h 09, le 08 octobre 2019