Inès Madani au tribunal, le 11 avril 2019. AFP / Benoit PEYRUCQ
"Il n'y a pas d'explication rationnelle": les parents et les soeurs d'Inès Madani ont raconté mercredi à la cour d'assises spéciale de Paris leur impuissance quand elle a "sombré" dans la radicalisation et tenté de faire exploser la voiture familiale près de Notre-Dame en 2016.
Inès Madani avait déposé une rose sur le lit de ses parents et caché "un testament" dans leur chambre, où elle leur disait qu'elle "les retrouverait au paradis" et les quittait pour mourir "en martyr".
Dans la nuit du 3 au 4 septembre 2016, avec sa co-accusée Ornella Gilligmann, cette jeune femme de 19 ans avait garé la voiture de son père remplie de bonbonnes de gaz au milieu d'une rue devant des restaurants près de la cathédrale Notre-Dame et où se trouvaient encore des dizaines de personnes. Elles avaient tenté de l'incendier. Seul un mauvais choix de carburant a permis d'éviter une explosion meurtrière.
Inès Madani avait été arrêtée quatre jours plus tard dans l'Essonne (région parisienne). Elle est accusée d'avoir tenté de tuer un policier, ce qu'elle nie. "Je lui ai demandé de me tirer dessus", dit-elle.
Comment en est-on arrivé là ? "Il n'y a pas d'explication rationnelle", résume Patrick Madani, un chauffeur de bus de 52 ans. Son épouse, agent hospitalier de 49 ans, retient elle "une mauvaise rencontre à un mauvais moment, alors qu'Inès était en échec scolaire, avait dû renoncer à son projet de devenir pâtissière à cause de problèmes de santé (une hernie discale, NDLR), était en surpoids".
"On l'a vue sombrer", explique l'une de ses soeurs aînées.
Quand un reportage sur la Syrie passait à la télévision, Inès "arrêtait de manger, elle partait dans la chambre, je l'entendais pleurer", raconte sa mère. Puis elle a vécu "comme une recluse", "les volets clos dans sa chambre". Elle portait le voile intégral.
Elle s'est repliée sur les réseaux sociaux, en contact avec des jihadistes en Syrie. "La manipulation par quelqu'un à des milliers de kilomètres! Ca n'a pas de sens!", s'étonne encore le père. Début 2016, seule une interdiction de sortie du territoire l'a empêchée de se rendre en Syrie.
Son père, musulman pratiquant, a tenté de discuter avec elle de religion et même "du martyr en islam". Il a contacté une association spécialisée dans la déradicalisation, a mis en place un "flicage": "on a coupé internet, elle ne sortait jamais seule".
En août 2016, il l'a amenée en Corrèze (sud-ouest), "en pleine nature", pour essayer de l'éloigner de la sphère jihadiste.
Quelques jours plus tard, Inès Madani garait la voiture familiale près de Notre-Dame. Elle encourt la perpétuité.


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