Photo d'illustration AFP
Amnesty international a dénoncé mercredi "une parodie" de justice au Pakistan après qu'un professeur d'université accusé de blasphème a passé plus de cinq ans à l'isolement cellulaire et que l'instruction de son procès a subi de "sérieux retards".
Junaid Hafeez, maître de conférence à l'université Bahauddin Zakariya de Multan (Sud), est accusé d'avoir dénigré le prophète Mahomet en mars 2013. En mai 2014, trois hommes armés avaient assassiné son avocat, Rashid Rehman, après que les avocats de la partie civile l'eurent menacé de mort durant une audience.
Huit juges se sont succédé depuis que cette affaire à démarré, les sept premiers ayant été transférés, observe Amnesty international dans un communiqué, dénonçant "de sérieux retards de procédure".
Junaid Hafeez est détenu à l'isolement depuis mai juin 2014, ses conditions de détention ayant encore empiré cette dernière année, jusqu'à devenir "extrêmes", rapporte l'ONG de défense des droits de l'Homme.
"L'affaire Junaid est une parodie", a déclaré Rabia Mehmood, chercheuse pour Amnesty International. "Les autorités doivent le libérer immédiatement et sans condition et abandonner toutes les charges retenues contre lui."
Interrogé par l'AFP, son avocat Asad Jamal a dénoncé une justice "non impartiale". "L'accusation a été démolie pièce par pièce. C'est pourquoi ils retardent" l'affaire, a-t-il estimé. Son client, de confession musulmane, est enfermé depuis un an dans un cellule de 8 m2, au sein d'un baraquement dont il est le seul prisonnier et dont il n'a pas le droit de sortir pour faire de l'exercice, affirme-t-il. "Il souffre de dépression et d'insomnie. Il n'est pas bien psychologiquement. Il est sous antidépresseurs", a raconté Me Jamal. Le procureur en charge du dossier n'a pu être joint par l'AFP.
Le blasphème est une question brûlante au Pakistan, où même des allégations non prouvées d'insulte à l'islam peuvent entraîner assassinats et lynchages.
L'acquittement fin octobre dernier de la chrétienne Asia Bibi, qui avait passé plus de huit ans dans les couloirs de la mort pour blasphème, ce qu'elle a toujours nié, avait provoqué des manifestations violentes dans tout le Pakistan. Asia Bibi vit désormais au Canada avec sa famille.
La plupart des affaires de blasphème concernent des musulmans au Pakistan, selon des experts du dossier.


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