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Espion présumé: Trudeau tente de rassurer les alliés du Canada


AFP
17/09/2019

Le Premier ministre Justin Trudeau a voulu rassurer mardi les alliés du Canada après l'arrestation d'un espion présumé qui disposait de documents potentiellement "dévastateurs" pour la sécurité de ce pays et de ses partenaires, selon les plus récentes révélations de cette affaire digne d'un roman policier.

Cameron Ortis, directeur général du Centre national de coordination du renseignement de la Gendarmerie royale du Canada (GRC, police fédérale), a été arrêté jeudi dernier et accusé formellement le lendemain en vertu de la loi sur la protection de l'information liée à la sécurité nationale, notamment contre l'espionnage étranger.

Il est soupçonné d'avoir volé quantité de documents sensibles dont la divulgation pourrait causer des dommages "dévastateurs" au Canada et à ses alliés, selon un rapport des services secrets canadiens consulté par la chaîne publique CBC News.

Membre de l'Otan, le Canada fait partie de la puissante alliance de renseignement dite des "Five Eyes", avec l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Il dispose à ce titre d'un accès libre à des informations parmi les plus sensibles de la planète.

"Nous sommes en communication directe avec nos alliés sur ces enjeux de sécurité, pas seulement avec nos alliés des Five Eyes", a indiqué Justin Trudeau, lors d'un déplacement électoral à Terre-Neuve (Est).

"Nous travaillons avec eux pour les rassurer, mais je peux vous assurer que tous comprennent que nous traitons cette situation avec beaucoup de sérieux", a ajouté le chef libéral qui briguera un deuxième mandat lors des élections législatives du 21 octobre.

Ancien conseiller sur les questions de sécurité nationale de Bob Paulson, ex-chef de la GRC, Cameron Ortis figure depuis des années au sommet des services de renseignement canadiens. Il avait notamment travaillé sur une affaire de blanchiment présumé de millions de dollars au Canada, orchestrée par des responsables russes et qui avait été dénoncée par Sergueï Magnitski, un juriste russe mort en prison en 2009.


Crime organisé

Agé de 47 ans et employé du gouvernement du Canada depuis 2007, M. Ortis était criblé de dettes: environ 90.000 dollars (61.700 euros), selon le document consulté par CBC.

Il a été confondu après avoir voulu vendre des informations sensibles au crime organisé, affirment mardi cette chaîne publique et le quotidien Globe and Mail.

Le FBI (police fédérale américaine) a en effet découvert une telle proposition dans un courriel retrouvé sur l'ordinateur de Vincent Ramos, chef d'entreprise canadien arrêté en 2018, puis inculpé et condamné à neuf ans de prison aux Etats-Unis, selon ces médias.

La société de M. Ramos, Phantom Secure Communications, établie à Vancouver, vendait des téléphones ultra-sécurisés, avec un système de courriels cryptés, aux "plus hauts trafiquants de drogue et autres dirigeants d'organisations criminelles" partout dans le monde, selon le FBI.

Les liens de Cameron Ortis avec le crime organisé ont de quoi inquiéter car il est soupçonné d'avoir transmis, ou voulu transmettre, des documents sensibles à des États étrangers, des groupes criminels, ou des organisations terroristes.

Un partage de ces documents aurait fait peser un risque "ÉLEVÉ" sur la sécurité du Canada et de ses alliés, ont écrit les services secrets canadiens dans le rapport consulté par CBC.

"L'analyse des contenus des rapports" que M. Ortis est accusé d'avoir voulu transmettre à un tiers "aurait pu raisonnablement permettre à une agence de renseignement étranger de tirer des conclusions importantes sur les cibles, les techniques, les méthodes et les capacités du renseignement canadien et allié", selon ce rapport.

Il s'agit "d'informations parmi les plus protégées de la sécurité nationale, pour n'importe quel gouvernement, et qui touchent au coeur de la souveraineté et de la sécurité du Canada", poursuit ce rapport.

CBC affirme n'avoir pu voir que des bribes de ce document préparé par le Centre de sécurité des télécommunications (CST) du Canada et le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

Contacté par l'AFP, un porte-parole du CST --la NSA canadienne-- s'est refusé à tout commentaire. La cheffe de la GRC, Brenda Lucki devait s'exprimer lors d'une conférence de presse en milieu de journée.

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