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Taïwan met fin à ses relations avec les Îles Salomon, selon le ministre des Affaires étrangères

AFP
16/09/2019

Taïwan a rompu lundi ses relations diplomatiques avec les Iles Salomon après avoir appris que le nouveau gouvernement de cet Etat du Pacifique avait décidé de transférer à la Chine sa reconnaissance diplomatique.

"Le gouvernement déclare dès aujourd'hui la fin de ses relations diplomatiques avec les Iles Salomon", a annoncé le ministre taïwanais des Affaires étrangères, Joseph Wu, lors d'une conférence de presse à Taipei.

Cette annonce est la conséquence de la décision du "gouvernement des Îles Salomon de transférer ses relations diplomatiques à la République populaire de Chine", a-t-il expliqué.

Ce changement d'alliance est un nouveau coup dur pour Taïwan. La liste des pays toujours liés à Taipei s'est considérablement réduite au fil des décennies, pour tomber à 16, dont cinq Etats du Pacifique, avec le départ des Iles Salomon.

La Chine continentale et Taïwan sont dirigés par des régimes rivaux depuis 1949. Pékin voit toujours l'île comme partie intégrante de son territoire susceptible d'être reprise par la force. Les deux rives du détroit de Formose se considèrent, chacune, comme la véritable "Chine", ne laissant la possibilité aux autres pays du monde que d'en soutenir une seule.

Taïwan "totalement inutile"

Depuis son élection en avril, le Premier ministre de l'archipel des Salomon, Manasseh Sogavare, fait l'objet de fortes pressions de parlementaires de tous bords, persuadés que la Chine fournirait une aide plus importante que Taïwan en matière d'infrastructures notamment.

"Honnêtement, sur les questions économiques et politiques, Taïwan nous est totalement inutile", avait confié en juillet M. Sogavare à Graeme Smith, chercheur à l'Université nationale australienne. Après la diffusion de cet entretien, M. Sogavare s'était défendu en disant que ces propos étaient "off". "Il y a cette perception selon laquelle (la Chine) fait de belles choses dans d'autres pays comme la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Vanuatu", affirmait le Premier ministre, dont c'est le quatrième passage à la tête du gouvernement. "Mes collègues m'envoient des signaux qui veulent dire: +Allons-y! Allons-y!+".

Pour M. Sogavare, un changement d'alliance devrait en outre donner à l'archipel un peu plus de pouvoir face aux puissances régionales traditionnelles. Il a cité le cas des Fidji, qui avaient atténué l'impact de sanctions imposées par l'Australie et la Nouvelle-Zélande après un coup d'Etat en 2006, en renforçant les relations avec la Chine.

Les Salomon avaient choisi de reconnaître Taïwan en 1983, avant la phénoménale transformation qui devait porter l'économie chinoise au deuxième rang mondial. Avec sa force de frappe financière, Pékin fait tout pour isoler Taipei. Depuis 2016, elle lui a ravi six alliés, en comptant les Iles Salomon.

Une annonce à l'ONU?

Nouer des relations avec Honiara est une grande victoire diplomatique pour la Chine populaire, qui célébrera le 1er octobre son 70e anniversaire.

Bonnie Glaser, spécialiste de Taïwan et de la Chine au Centre d'études stratégiques et internationales, estime que Taipei a joué un rôle important pour aider les Salomon à développer leur agriculture et assurer leur sécurité alimentaire. Mais, reconnaît-elle, l'île sait qu'elle ne peut plus concurrencer financièrement la Chine. "La diplomatie du carnet de chèque a vécu et Taïwan le sait", dit-elle. "Il n'y a plus un endroit au monde où elle peut faire jeu égal avec la Chine."

Les Salomon, indépendantes de la Grande-Bretagne depuis 1978, avaient sombré dans des violences interethniques au début des années 2000. De nouvelles tensions avaient entraîné le déploiement entre 2003 et 2013 d'une force de paix dirigée par l'Australie.

Si les Salomon tournent le dos à Taipei, l'Australie ne cessera pas ses programmes d'aide dans l'archipel, car elle ne peut risquer qu'un pays si proche replonge dans l'instabilité.

Plusieurs missions d'information ont été lancées ces derniers mois aux Salomon. Une équipe d'hommes politiques s'est même rendue à Pékin et dans des pays qui ont tourné le dos à Taïwan.

Le chef de cette équipe, John Moffat Fugui, avait estimé que la question serait "très bientôt" résolue. "Je crois que le Premier ministre fera une annonce lors de l'Assemblée générale de l'ONU" fin septembre, a-t-il dit vendredi.

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