Photo AFP / PHILIPPE HUGUEN
Les repreneurs potentiels de la deuxième compagnie aérienne française, Aigle Azur, spécialiste des liaisons vers l'Algérie et en proie à une bataille d'actionnaires, ont jusqu'au 9 septembre pour déposer leur offre de reprise, les finances du groupe s'avérant très tendues.
Un tel dépôt au siège parisien de l'administrateur judiciaire devra avoir lieu au plus tard lundi à 12H00 (10H00 GMT), selon l'annonce d'appel d'offres consultée mercredi par l'AFP. Le même jour, une fois cette procédure close, un nouveau comité d'entreprise est prévu, a précisé une source proche du dossier.
Le 2 septembre, après un comité d'entreprise extraordinaire à l'issue duquel l'entreprise avait été placée en redressement judiciaire, ses membres avaient estimé, dans un communiqué, "probable que la date limite de dépôt des offres soit fixée autour du 15 septembre 2019". Cette dans le calendrier est due à l'état de la trésorerie, loin des 25 millions évoqués en août par l'ex-PDG Frantz Yvelin, a affirmé à l'AFP Martin Surzur, le président du syndicat de pilotes SNPL d'Aigle Azur et membre du CE.
Frantz Yvelin a annoncé ce mercredi sa démission, se disant "fatigué" après avoir "traversé une "zone de fortes turbulences depuis le début du mois d'août". "A un moment, on ne peut pas se battre contre tout le monde", a-t-il également déclaré sur le plateau de la chaîne de télévision BFM Business.
Le 26 août, l'actionnaire Gérard Houa (19% du capital) avait tenté de l'évincer, un communiqué le présentant comme le nouveau patron, avec la volonté de mettre fin aux "errements stratégiques des deux dernières années", avant d'être démenti par David Neeleman (32% du capital), qui l'a accusé d'usurper ce titre.
Deux jours plus tard, nouveau coup de théâtre : une administratrice provisoire, Hélène Bourbouloux, avait été désignée à la tête de l'entreprise et installée en présence des forces de l'ordre, tandis que M. Yvelin était rétabli dans ses fonctions.
"Nous avions sur la table dès le début août, une solution qui permettait de pérenniser plus de 90% des emplois de la société", via notamment la revente d'une partie des activités et un effort de productivité demandé au personnel navigant "en contrepartie d'une part dans le capital", a regretté Frantz Yvelin. Selon M. Surzur, la situation de trésorerie d'Aigle Azur, qui compte 1.150 employés, dont 350 en Algérie, est "très particulière" en raison des difficultés à rapatrier l'argent de ce pays.
"La trésorerie d'Aigle Azur en Algérie est d'environ 15 millions d'euros mais elle est difficilement rapatriable", a-t-il expliqué, précisant qu'il fallait en général y compter un "délai de deux à trois mois" entre l'encaissement et le transfert de l'argent en France. "On aimerait que l'État français fasse le nécessaire avec l'Etat algérien pour rapatrier cet argent ou qu'il se substitue (par un prêt) le temps que cet argent soit rapatrié", a-t-il ajouté. "Si ces 15 millions sont rendus disponibles, la liquidation s'éloigne" et cela "nous permettra de survivre suffisamment, le temps d'une reprise", a insisté Martin Surzur.
Plusieurs repreneurs potentiels ont fait part de leur intérêt selon lui. Parmi eux se trouvent Gérard Houa, Air France et Lionel Guérin et Philippe Micouleau, d'anciens dirigeants du groupe Air France, selon des sources syndicales. La période d'observation accordée par le tribunal de commerce d'Evry (région parisienne) court jusqu'au 2 mars.
Aigle Azur, fondée en 1946 et dont les liaisons avec l'Algérie représentent 50% à 60% de l'activité, dispose d'une flotte de 11 avions et a transporté 1,88 million de passagers en 2018. Elle a réalisé un chiffre d'affaires de 300 millions d'euros en 2018.


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