Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole - Carole Georges Chelhot

Le hâbleur, le pacha, le vantard et moi

Je les ai chopés ces fameux HPV qui, sans crier gar, ont envahi mon existence. Virus virulents, bacilles violents, microbes mordants, ils ont rongé mon être entier, corrodé mon sort, tenté de me diminuer pour m’amoindrir, m’ont portée vers des cieux, nébuleux ou vaporeux, quelle importance, ils sont là et me voilà infectée.

C’est quoi au fait ces HPV desquels je dois me délivrer ?

C’est tout simplement ces sujets, ces concepts, ces pensées, ces contrefaçons, ces artifices, ces allégories, ces hasards, véhiculés et transportés par ces hommes et ces femmes, qui m’atteignent au plus profond de moi-même, pour me transmettre des affections que même la médecine n’arriverait pas à guérir et me dotent de maux que même les mots ne réussiraient pas à décrire.

Ce sont ces hâbleurs, ces trompeurs, ces frimeurs qui, vautrés dans des fauteuils ou chancelant derrière des pupitres, se tirent les bretelles en se targuant d’être au-dessus de tout et de tous. Ils sont sans foi ni loi, philosophie discursive et théories rationnelles étrangères à leur croyance altérée, s’allouant un code de conduite dépravé, l’ayant adopté, fièrement ou bêtement, en toute régularité sans sourciller et sans renoncer.

Ce sont ces précepteurs de doctrine et d’analyse futées, enrobées d’expression et de vocable sophistiqués rendant leur compréhensio, aussi embrouillée et alambiquée que leur propre individualité. Ce sont ces géniteurs de projets précieux, complexes et entortillés que même les plus doués ne réussiraient pas à déchiffrer, pour exécuter. Ce sont ces bluffeurs qui promettent monts et merveilles pour s’offrir une raison ou une façon particulière d’exister, qui, pour meubler leur quotidien aussi banal que désertique, assoiffé d’oasis aussi flatteurs et limpides, s’enfargent dans des serments et des jurements qu’ils ne tardent pas à renier et désavouer ! Ces sont ces gens d’affaires qui montent des affaires aussi inconvenantes et indécentes que même les plus crasseux en seront embarrassés. Ce sont ces insultes quotidiennes proférées à l’encontre de mon intelligence, qui, à défaut d’être utilisée pour avancer, me sert à me défendre pour me protéger.

Ce sont ces pachas qui ont perdu le sens de la véracité jusqu’à oublier leur propre réalité ! Ce sont ces gens qui se pensent toujours au siècle passé et qui maintiennent encore des discours aussi stériles que leur cervelle, qui entretiennent de palabres enflammés sur les races, les castes, les dynasties, les lignées, les descendances, qui étalent leur semblant d’avoir et leur simulacre de savoir, qui m’encombrent d’idées aussi baroques que farfelues et loufoques. Ce sont ces arrogants, majestueux dans leur mépris, hautains dans leur indifférence, maîtres dans leur ignorance. Ce sont ces dictateurs, fiers de leur diktat qui se promènent, fière allure, tels des paons déguisés, ayant élu pour fief leur moi aigri, chargé et usé par leur propre amertume et vivant dans l’ombre d’un passé qu’ils échouent à dépasser ! Un passé plus que parfait, qu’ils peinent à composer avec leur présent imparfait !

Ce sont ces vantards qui s’encensent continuellement faute d’encenseur, qui s’envoient des fleurs à défaut de bienfaiteurs, qui se noient d’honneurs simulés, de comédies inventées, qui se couvrent d’artifices pour déguiser leur tragique destinée. Des fanfarons qui dansent au rythme de leur seule fanfare, entraînés dans la course folle d’une cacophonie aussi tumultueuse que tous leurs discours confus et déviés.

Ce sont ces hommes et femmes qu’hélas, nous avons délibérément choisis, que nous avons agréés pour nous accompagner dans notre quotidien, que nous avons mêlés à nos vies, auxquels nous avons confié notre destinée, que nous avons favorisés au détriment de nos intérêts. Ce sont ces hommes et ces femmes qui auront toujours de quoi subsister, dotés d’une effronterie monstre de persister, qui continueront à nous proclamer chimères, mensonges et absurdités. Ce sont ces hommes et ces femmes que nous avons sciemment sélectionnés ou nommés, que nous avons intentionnellement désignés, que nous avons volontairement choisis et acceptés pour leur confier le mandat de nous représenter.

Le mandat de nous représenter pour nous accorder nos droits et non pas les nier, pour nous garantir notre liberté de nous exprimer, de penser, de croire, et non pas de la taire pour la réprimer, pour fructifier nos richesses et non pas se les approprier, pour créer des emplois et non pas les enlever, pour développer l’économie et non pas l’étouffer, pour donner à nos enfants une éducation et non pas la leur enlever, pour garder nos jeunes et non pas les éloigner, pour nous soutenir dans nos difficultés et non pas les amplifier, pour remédier à notre système de santé et non pas nous intoxiquer, pour offrir à nos aînés une retraite bien méritée et non pas la couper, pour nous faciliter la vie et non pas la compliquer. Nous leur avons confié la noble mission de nous assurer la garantie de notre dignité, l’assurance de notre fierté, la quiétude et la sérénité, la sécurité de notre vie et la paix pour notre pays.

Il semblerait que de ces HPV, je pourrais m’en dégager pour m’en détacher, non pas à coups d’antibiotiques ou d’antiphlogistiques, mais bien par un changement drastique, un renouvellement radical de ma manière de penser, accompagné par un retournement et un bouleversement de ma façon de faire et de composer : je briserai les chaînes imposées, je casserai les servitudes exigées, je détruirai les dépendances injustifiées, je romprai avec les soumissions imméritées, je dénoncerai, dans la légalité, les irrégularités. Je m’appliquerai à évoluer dans la vérité, la transparence, le respect de ma personne. J’aurai pour souci mon égard pour autrui, la considération de ma personne et la déférence pour mes semblables. Je m’inclinerai face à mes obligations et persisterai dans la revendication de mes droits.

Je me battrai contre la corruption et divulguerai les abjections.

Je n’admettrai plus jamais d’être insultée et bafouée.

Je me dédierai à ma liberté, ma sécurité, ma fierté et ma dignité !

Je conserverai, ainsi, l’éducation que mon père m’a donnée.

Et vous ? Que feriez-vous pour vous protéger contre ces fameux HPV ? Que feriez-vous pour vous en débarrasser ?

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Je les ai chopés ces fameux HPV qui, sans crier gar, ont envahi mon existence. Virus virulents, bacilles violents, microbes mordants, ils ont rongé mon être entier, corrodé mon sort, tenté de me diminuer pour m’amoindrir, m’ont portée vers des cieux, nébuleux ou vaporeux, quelle importance, ils sont là et me voilà infectée. C’est quoi au fait ces HPV desquels je dois me délivrer ? C’est tout simplement ces sujets, ces concepts, ces pensées, ces contrefaçons, ces artifices, ces allégories, ces hasards, véhiculés et transportés par ces hommes et ces femmes, qui m’atteignent au plus profond de moi-même, pour me transmettre des affections que même la médecine n’arriverait pas à guérir et me dotent de maux que même les mots ne réussiraient pas à décrire. Ce sont ces hâbleurs, ces trompeurs, ces frimeurs...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut