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Culture

À Bchamoun, une académie de dessin pour tous

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Une académie d’art nommée Bchamoun Fine Arts : Academy and Art Gallery a ouvert ses portes le 8 août dans le village de Bchamoun, à 12 km au sud de Beyrouth. « L’OLJ » a rencontré Audrey Ghossoub, artiste-dessinatrice à l’origine de ce projet.


23/08/2019

Alors que la liberté des artistes est trop souvent menacée par la censure et que les journaux s’indignent de la gestion déplorable du pays, les galeries d’art continuent inexorablement et malgré tout leur marche. Bchamoun Fine Arts est née dans le petit village de Bchamoun, le 8 août, avec ce mot d’ordre : tout le monde peut s’exprimer par le dessin, et nous vous en donnerons les moyens. Certes, la toute nouvelle académie n’a exprimé aucune revendication politique, mais sa simple naissance dans le contexte actuel doit faire entendre (à tous ceux qui se dressent contre la liberté de créer) le besoin vital et naturel d’expression libre.

L’idée à l’origine de l’académie d’art Bchamoun est justement celle-ci : le monde devient bien terne quand la création artistique périclite. « Il y a beaucoup de gens qui me disent : “Oh ! Tu dessines. Moi j’adorais dessiner quand j’étais plus jeune ou j’aimais bien dessiner quand j’avais du temps libre, mais j’ai arrêté”. Je trouve cela bien triste », confie Audrey Ghossoub. « Quand je travaillais dans l’architecture, je dessinais tous les soirs après ma journée de travail : créer est vraiment quelque chose de fondamental pour moi. Chacun d’entre nous, avec une base minimale et une direction pour exprimer ses idées, est capable de créer », dit-elle encore.

Cette dessinatrice de 27 ans, diplômée de l’ALBA en architecture, est suivie par plus de 124 000 abonnés sur sa page Instagram. Ses dessins, au style bien particulier, entre le manga et la bande dessinée, ont trouvé un public fidèle. Autodidacte, Audrey Ghossoub a plusieurs fois tenté d’intégrer des cours par le passé, mais ayant senti que les académies à Beyrouth se contentaient d’enseigner les techniques du dessin sans permettre l’approfondissement de l’expressivité propre à chacun, elle s’en est détournée. Ressentant le besoin de pousser à la réalisation de styles individualisés, elle décide alors de créer un lieu où chacun pourrait acquérir la capacité de développer son propre univers. L’enseignement proposé par l’académie Bchamoun alternera donc entre cours techniques et cours libres, « pour que chacun puisse partir dans sa direction et ne se sente pas opprimé, tout en apprenant les bases nécessaires », s’enthousiasme sa fondatrice.


Une initiative privée
L’académie n’est pas une université. Il n’y a pas de système de crédits ni de diplôme à la clé, et encore moins de prérequis. Il s’agit d’une initiative privée en marge du système éducatif libanais accessible à tous et à tous les âges, proposant à la fois des cours de dessin (donnés dans une vraie salle de classe équipée), une galerie d’exposition où tout artiste peut présenter son travail, et bientôt une résidence pour artistes. « Les cours sont déjà prêts, j’attends de voir qui sera intéressé pour fixer des horaires, selon le nombre de personnes inscrites. Nous fonctionnerons par petits groupes. Nous nous adressons à tout le monde », précise Ghossoub.

L’idée de fonder une académie d’art est née dans la salle d’attente du cabinet d’orthodontie à Bchamoun de la mère d’Audrey, Mona Sayegh Ghossoub. En voyant les dessins de la jeune Audrey, les patients exprimaient souvent le désir de voir leurs propres enfants apprendre à dessiner. Les plus âgés dont l’intérêt s’éveillait devant les dessins, adressaient à la mère le souhait de voir une communauté de dessinateurs se former à Bchamoun. Au départ donc, un coup de pouce d’une mère pour sa fille, et à la clé, un service rendu à tout un village. En effet, l’académie Bchamoun, qui se trouve juste à côté de ce cabinet d’orthodontie, a été établie dans une maison achetée à une famille libanaise installée au Brésil, et dont la cave était un petit trésor inexploité. « Lorsque mes parents ont visité la pièce utilisée comme cave de cette propriété, ils ont remarqué la vieille pierre, datant du XIXe siècle, qui constituait les murs et les belles arcades. Mais les anciens propriétaires les avaient repeints, en négligeant la potentielle valeur de cette pièce », révèle Audrey Ghossoub, dont les tableaux sont actuellement accrochés dans cette même pièce devenue la galerie Bchamoun, sous le titre Face to Face, présenté jeudi 8 août lors du vernissage et de l’ouverture de l’académie.

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Stes David

Belle photo de cette pièce, et joli batiment en fait. Il faut avoir l'oeuil d'un bon architect (ou bonne architecte) pour identifier le potentiel des murs et de voir/restaurer les belles arcades, c'est un résultat très joli.

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