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La Dernière

Élégance et originalité pour les gâteaux de Rita Mouarkech

Papilles
22/08/2019

« La semaine du 15 août, j’ai livré quinze gâteaux, j’ai préparé deux tables – de gâteaux, de mignardises et de bouchées salées – pour des fiançailles, une pour un baptême et une autre pour un mariage. J’ai passé 72 heures à travailler sans relâche avant de pouvoir enfin me reposer ! » confie Rita Mouarkech Gebara, qui a décidé il y a dix ans de confectionner des gâteaux pour soutenir financièrement sa famille.

Aujourd’hui, Rita Mouarkech dispose d’un bel atelier à Sahel Alma et d’une fidèle clientèle. Elle rêve d’avoir une petite vitrine où elle vendra ses gâteaux et mignardises à Beyrouth.

« Je confectionne des choses qui me ressemblent. J’aime la simplicité et les matières pures, et je traite avec les meilleurs fournisseurs. Mes dragées viennent de France, le chocolat est signé Pierre Abi Haïla (sélectionné cette année meilleur chocolatier du Liban lors de l’exposition Horeca) et pour le marzipan, je me fournis en sucre et amandes chez des religieuses afin d’être certaine que la quantité de poudre d’amande soit plus importante que celle de sucre », explique-t-elle.

Cette mère de quatre enfants, Youmna, Nayla, Raymond et Makram âgés entre 14 et 7 ans, mise sur la créativité, la sobriété et l’élégance, confectionnant des biscuits et des gâteaux presque minimalistes.

Dans le petit salon, mitoyen de sa cuisine impeccablement tenue, où elle reçoit ses clients, Rita Mouarkech a choisi des matières nobles comme le bois peint en pastel vieilli et de la porcelaine blanche aux lignes fines et originales.

« Je refuse de confectionner un Red Velvet où des colorants sont ajoutés à la pâte ou encore un gâteau d’une épaisseur de plus de 12 centimètres… Si un client insiste, je pose la génoise sur un socle pour donner une illusion de hauteur. Ceux qui me disent que personne ne consomme le gâteau et qu’il suffit qu’il soit beau me révoltent. Pour les anniversaires, ce sont les enfants qui se précipitent dessus et on ne peut pas utiliser n’importe quels ingrédients. Et puis, surtout, je n’arrive pas à comprendre cette tendance de fake cakes ou d’énormes pièces montées qui n’ont aucune saveur », souligne-t-elle.

Des planches aux cuisines

Rien ne prédestinait Rita Mouarkech à une carrière dans les métiers de bouche. Ayant opté pour des études de théâtre, elle est mondée, dès 20 ans, sur les planches.

« J’étais en deuxième année d’université et Raymond Gebara était mon professeur. Il préparait sa pièce de théâtre “Charbel” et avait déjà distribué les rôles quand il m’a remarquée. Il m’a alors demandé d’apprendre tous les rôles féminins pour pouvoir remplacer celles qui pourraient tomber malades ou se désister en dernière minute, me complimentant sur mes qualités d’actrice et trouvant même que je lui rappelais étrangement Rida Khoury (grande actrice de théâtre lancée durant les années 60) », se souvient-elle.

Rita Mouarkech se rend alors tous les soirs aux répétitions durant plus d’un mois, retient tous les rôles, comme prévu, et remplace une actrice qui se désiste à la dernière minute. C’est ainsi qu’elle rencontre Omar Gebara, le fils du metteur en scène, qui est graphiste. Ils sortent ensemble et se marient au bout de quelques années.

La famille se déplace entre le Liban et plusieurs pays arabes au gré du travail de ce dernier. Au Koweït, au début de leur mariage, Rita se met à préparer des plats du jour aux collègues célibataires de son mari. Alors qu’elle est mère de deux enfants, elle décide il y a dix ans de confectionner des gâteaux à la maison et de les vendre. C’est grâce au bouche-à-oreille qu’elle se fait connaître, et, pour se perfectionner, effectue des stages auprès de chefs pâtissiers européens à Dubaï, puis au Liban. Elle crée une page Facebook qu’elle baptise « Mummies Yummies  » et continue à travailler à partir de chez elle. « Je sais que “Mummies” en anglais signifie momies, mais je voulais que ça rime et que ça mette en exergue mon rôle de mère de famille », explique-t-elle.

La famille s’agrandit et il faut faire bouillir la marmite. En 2012, Rita est enceinte de son quatrième enfant alors que son mari est au chômage. Déterminée, elle n’arrête pas de travailler. Sa famille et sa belle-famille la soutiennent financièrement et moralement. « Jusqu’à aujourd’hui, tout le monde est là pour me donner un coup de main quand je suis débordée », confie-t-elle.

En 2015, elle ouvre un atelier à Jounieh et déménage trois ans plus tard à Sahel Alma, pour être plus proche de sa maison. « Le local en plein souk de Jounieh était trop cher et trop grand pour moi. Je suis seule avec deux employés. Il avait un jardin dont je n’ai jamais profité, car il fallait pour cela embaucher plus de personnel et déléguer le travail… ce que je n’ai toujours pas les moyens de faire », avoue-t-elle.

Sincère et transparente, les larmes lui montent aux yeux quand elle parle de l’aide accordée par sa famille et tient à nommer tous ceux qui sont présents à ses côtés : ses frères, sa sœur, ses belles-sœurs et sa belle-mère. Son mari ? « Il travaille actuellement entre le Koweït et le Liban, mais la semaine dernière il était ici en vacances et a mis la main à la pâte en dressant des tables. »

Regrette-t-elle une éventuelle carrière au théâtre ? « Le théâtre ? Regardez l’exemple de Raymond Gebara, il n’a jamais été apprécié à sa juste valeur. C’est un métier qui ne nourrit pas son homme… Peut-être que nous aussi, sa propre famille, avons pris Raymond Gebara pour acquis », confie-t-elle, annonçant sur une note plus optimiste qu’une fondation portant le nom de ce grand homme de théâtre verra prochainement le jour.

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Cadige William

Un article sur mesure.
Bon Courage et Bonne Continuation, pour cette Success Story version locale.
Cela fait plaisir a lire.

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