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La justice italienne ordonne le débarquement des migrants de l'Open Arms



AFP
20/08/2019

La justice italienne a ordonné mardi le débarquement sur l'île de Lampedusa des migrants recueillis par l'Open Arms et la mise sous séquestre du navire de l'ONG espagnole alors que Madrid a envoyé un navire militaire pour les récupérer.

Après une inspection de la police judiciaire et de deux médecins, le procureur d'Agrigente, Luigi Patronaggio, a décidé que les rescapés devaient être débarqués dans les prochaines heures sur la petite île sicilienne, compte tenu de la situation tendue à bord.

Stationnés depuis jeudi à quelques centaines de mètres des côtes de Lampedusa, ces migrants s'étaient vus refuser l'accès de l'île par les autorités italiennes, bien que six pays européens (France, Allemagne, Luxembourg, Portugal, Roumanie et Espagne) se soient engagés à les accueillir. Certains de ces migrants secourus au large de la Libye par l'ONG sont à bord depuis 19 jours, égalant ainsi le record des migrants secourus par le SeaWatch3 fin décembre avant leur débarquement à Malte le 9 janvier dernier.

Mardi, quinze migrants, certains sans gilets de sauvetage, se sont jetés à la mer dans un geste désespéré pour tenter de rejoindre Lampedusa à la nage. Selon une porte-parole de l'ONG, ils ont été "secourus" par les garde-côtes italiens et amenés sur l'île. Le bateau comptait 147 migrants à bord à son arrivée près de Lampedusa et un peu plus de 80 désormais après l'évacuation vers Lampedusa des migrants ayant sauté à l'eau mardi et de plusieurs dizaines de mineurs ou de malades ces derniers jours.

Face au refus du ministre de l'Intérieur italien sortant Matteo Salvini de les laisser débarquer, Madrid avait fini mardi par envoyer un navire militaire vers Lampedusa pour venir y prendre en charge directement les migrants et les amener à Majorque, à environ mille kilomètres de la Sicile. Le bateau est parti à 18h30 (16h30 GMT) de la base de Rota (sud) pour un voyage de trois jours vers Lampedusa. Joint par l'AFP, le gouvernement espagnol n'était pas en mesure de dire s'il rebrousserait chemin après l'annonce de la justice italienne.


Plus qu'un bateau 
Le procureur italien a pris aussi la décision de mettre préventivement sous séquestre l'Open Arms, dans le cadre d'une enquête contre X pour séquestration de personnes, omission et refus d'actes officiels, dont Matteo Salvini a affirmé, sur Facebook, qu'elle le vise directement. "Si quelqu'un pense me faire peur avec la énième plainte et demande de procès, il se trompe. Ce serait une blague d'être parvenu à convaincre l'Espagne d'envoyer un navire (pour récupérer les migrants) et maintenant d’œuvrer à les faire débarquer en Italie et faire juger le ministre de l'Intérieur qui continue de défendre les frontières du pays", a-t-il dit sur Facebook.

Il ne resterait alors plus qu'un navire humanitaire au large des côtes libyennes, dont s'élancent régulièrement des embarcations de fortune avec des migrants à leur bord.

L'Ocean Viking, bateau affrété par les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, cherche lui aussi à débarquer dans un port sûr 356 migrants. Il est actuellement au nord-est de Malte.

Faute de consensus européen pour accueillir les migrants secourus par les navires d'ONG, leur sort fait régulièrement l'objet de longues et difficiles négociations entre Etats.


Passe d'armes 
Le sort des migrants de l'Open Arms a tourné à la passe d'armes entre Madrid et Matteo Salvini, accusé de vouloir tirer profit de cette affaire en pleine crise politique à Rome, où le gouvernement populiste, torpillé par le patron de la Ligue (extrême droite), a chuté mardi.

Conspuant une nouvelle fois M. Salvini, dont elle avait taxé lundi la position vis-à-vis de l'Open Arms de "honte pour l'humanité", la ministre espagnole de la Défense Margarita Robles a jugé mardi que "les vies humaines ne lui importaient pas".

"La fermeté est l'unique façon d'éviter à l'Italie de redevenir le camp de réfugiés de l'Europe, comme le démontre encore ces heures-ci le bateau de l'ONG espagnole des faux malades et des faux mineurs", a martelé pour sa part M. Salvini sur Twitter.

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