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Liban

Journée mondiale de l’aide humanitaire : les femmes en première ligne

Opinion
19/08/2019

Aujourd’hui, pour la Journée mondiale de l’aide humanitaire, nous rendons hommage aux millions de femmes dans les pays en situation de crise à travers le monde. Le thème de 2019, #FemmesHumanitaires, célèbre les travailleuses humanitaires qui persistent chaque jour à aider les personnes dans le besoin ; et les femmes affectées par les conflits, les déplacements, la pauvreté et la discrimination qui sont souvent les premières à répondre à la crise dans leurs propres communautés – de Ersal à l’Afghanistan. Aux premières lignes des zones de crise, les femmes gèrent les écoles et les cliniques, négocient l’accès, réclament une réponse plus efficace et jouent un rôle primordial dans la résolution des conflits et la consolidation de la paix.

Le thème de cette année est également opportun pour le Liban, où les femmes continuent à faire face à une importante discrimination ainsi qu’à une grande marginalisation aussi bien politique que socio-économique. De nombreuses femmes à travers le Liban souffrent aussi d’insécurité économique, d’isolement social et d’exploitation liés à l’inégalité entre les sexes. La violence domestique est malheureusement aussi très répandue, avec plus de 30 % des femmes mariées libanaises rapportant qu’elles ont vécu au moins une forme de violence conjugale.

La triste réalité est que le cadre juridique libanais continue à empêcher les femmes de jouir de droits égaux, de l’accès à la propriété et à l’héritage à des questions simples comme l’accès aux documents légaux et le droit de transmettre sa nationalité à ses propres enfants. Ceci est reflété dans le « Rapport sur l’écart entre les sexes » (« Gender Gap Report ») de 2018 du Forum économique mondial, qui classait le Liban 140e sur 149.

Néanmoins, un certain progrès est en cours, en grande partie grâce aux efforts infatigables des activistes libanaises. Même si le chiffre reste modeste, le gouvernement libanais compte maintenant le plus grand nombre de femmes de son histoire, y compris la première ministre de l’Intérieur du monde arabe. L’abrogation de l’article 522 du code pénal en 2017 – selon lequel un violeur pouvait être exempté s’il épousait sa victime

– est un pas important dans la bonne direction et pourrait ouvrir la voie à l’amendement d’autres lois concernant la violence basée sur le genre – y compris la loi de 2014 sur la violence domestique – qui est importante mais incomplète.

Je suis également encouragé par l’engagement du Parlement à s’atteler à une série de lois liées aux droits de la femme en mars 2020 – dont les propositions de lois visant à interdire le mariage d’enfants et à amender la loi 293 sur la violence domestique, parmi d’autres thèmes importants. De surcroît, une fois que le Conseil des ministres aura approuvé le Plan d’action national sur la résolution 1325, il y aura une importante feuille de route pour adresser les questions des droits de la femme liées à la paix et la sécurité dans le pays.

Si l’importance de ces réformes législatives et politiques ne doit pas être sous-estimée, il reste énormément de travail à faire pour adresser la violence continue contre les femmes ainsi que pour promouvoir l’engagement des femmes dans l’économie et la vie politique – sujets pour lesquels le progrès est ralenti par une perception que les femmes sont secondaires par rapport aux hommes.

Quant aux femmes réfugiées, la réalité est encore plus compliquée. Les rapports indiquent une augmentation de la violence domestique parmi les communautés de réfugiés, et les ménages dirigés par les femmes syriennes demeurent les plus vulnérables à l’insécurité alimentaire. Pendant ce temps, les filles réfugiées sont de plus en plus sujettes au mariage d’enfants, un mécanisme d’adaptation négatif qui affecte malheureusement près d’une fille syrienne sur trois au Liban.

Les changements législatifs que nous prônons n’auront qu’un impact limité sur la discrimination contre les femmes dans les communautés de réfugiés. Pour renforcer l’égalité et la protection des réfugiées, nous devons augmenter le nombre de femmes en première ligne de la réponse. Les statistiques globales montrent que quand il y a plus de femmes en première ligne, la confiance des communautés augmente, et les femmes sont mieux servies et plus prêtes à évoquer leurs problèmes.

En reconnaissant que les femmes sont les agents d’une réponse plus efficace, nous devons promouvoir et faciliter leur rôle dans nos programmes d’assistance et de protection. Au Liban, j’ai rencontré au cours des dernières années de nombreuses championnes communautaires extrêmement inspirantes, que ce soit dans des quartiers démunis, des campements de réfugiés ou dans des Cours de justice. Elles travaillent sans relâche, au quotidien, pour apporter de l’assistance, soutenir celles qui ont survécu à la violence et pousser pour l’égalité ;

et par-dessus tout, elles transmettent un optimisme contagieux.

Aujourd’hui, alors que nous célébrons les « Femmes humanitaires », je nous appelle tous à réfléchir à l’importante contribution des femmes pour une réponse humanitaire et sociale plus forte et plus cohésive – dans leurs communautés et au-delà. Nous devons continuer à nous mettre au défi et à questionner le sexisme instinctif lors de l’élaboration des politiques et la livraison de l’assistance. Ce n’est qu’une fois que nous aurons reconnu et adressé ces préjugés que nous pourrons espérer construire une société plus égale.

Rejoignez-nous pour célébrer la Journée mondiale de l’aide humanitaire, le 19 août à 18h à Antwork (Hamra) et pour l’expo photos à Network du 20 au 22 août, de 9h à 18h – ouvert au public, entrée libre.

*Coordonnateur résident des Nations unies et coordonnateur de l’action humanitaire au Liban

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