X

Moyen Orient et Monde

200 proches des victimes de la tuerie de Christchurch en pèlerinage à La Mecque

Reportage
OLJ
10/08/2019

À La Mecque, en Arabie saoudite, près de 200 proches des victimes et rescapés de l’attaque ayant visé en mars deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, sont venus effectuer le grand pèlerinage musulman et « prier pour les martyrs ».

« Je veux que le monde sache qui était Atta Elayyane », dit d’une voix émue Farah Talal, 27 ans, vêtue d’une djellaba verte et coiffée d’un élégant foulard blanc. Son époux Atta Elayyane faisait partie des 51 personnes tuées dans le massacre commis par un suprémaciste blanc dans la paisible ville néo-zélandaise de Christchurch le 15 mars pendant la prière du vendredi, suscitant une vague d’indignation internationale. « C’était une personne formidable, bienveillante, je veux lui rendre hommage », murmure la jeune femme d’origine jordanienne, invitée par le roi Salmane d’Arabie à accomplir le hajj, le grand pèlerinage annuel, avec quelque 200 autres proches et rescapés de la tuerie de Christchurch.

Cette initiative, accompagnée d’une campagne de communication saoudienne, vise à « alléger leurs souffrances » dans le cadre des « efforts du royaume pour faire face au terrorisme », ont dit les autorités. À leur arrivée à l’aéroport de Djeddah le 2 août, proches des victimes et rescapés ont été accueillis avec les honneurs, sous les crépitements des flashs des photographes. Point culminant du calendrier musulman, le hajj a commencé hier pour plus de 2 millions de musulmans venus du monde entier et durera cinq jours.

« Profondément choqué »

Atta Elayyane, d’origine palestinienne, dirigeait une entreprise d’informatique. Parallèlement, il jouait comme gardien de but de la sélection néo-zélandaise de futsal. Il a laissé orpheline une fille de deux ans. « C’est lui qui nous donne la force de continuer chaque jour. C’est un martyr, comme toutes les autres victimes de la boucherie », confie Farah Talal, rencontrée dans un immense complexe hôtelier réservé exclusivement aux invités de la famille royale saoudienne.

Amir Mohammad Khan, un garçon de 14 ans, a perdu son père Mohammad Imrane Khan, un restaurateur d’origine indienne de 47 ans, dans cette tuerie ayant fait plus de meurtres en un jour que ce que connaît le pays en une année. « J’étais à l’école, le 15 mars, quand j’ai appris qu’il avait été abattu. J’étais profondément choqué, mais je n’ai eu aucune réaction. Je ne pouvais pas le croire, je l’aimais tellement », raconte ce jeune aux yeux verts, vêtu du long qamis traditionnel saoudien. « Je suis reconnaissant d’être à La Mecque aujourd’hui. J’effectuerai le hajj pour mon père et je prierai pour lui », dit-il.

« Prier pour mon frère »

Son ami Chouaib Milne, 16 ans, a, lui, perdu un frère, Sayyad Milne, de deux ans son cadet, abattu alors qu’il priait à la mosquée al-Nour, l’une des deux mosquées ciblées. « J’étais censé être avec mon frère vendredi pour prier à la mosquée, mais je participais à un voyage scolaire », raconte l’adolescent, lui aussi habillé d’un qamis blanc, la tête coiffée d’un couvre-chef en damier rouge et blanc. « Quand je serai devant la Kaaba », structure cubique vers laquelle les musulmans du monde entier se tournent pour prier, « je vais prier pour mon frère et faire le hajj pour lui », confie Chouaib d’une voix calme.

À Christchurch, de nombreux musulmans, qui représentent 1 % de la population néo-zélandaise, avaient été abasourdis par ce déferlement de violence. Les fidèles massacrés venaient des quatre coins du monde. L’Afghan Taj Mohammad Kamrane, 47 ans, a survécu : « L’homme est apparu et a tiré par trois fois sur ma jambe, après avoir abattu un de mes amis », témoigne ce rescapé qui marche depuis avec des béquilles. « Avant, j’étais très déprimé. Maintenant, je suis ici pour le hajj et je me sens plus tranquille », dit Taj Mohammad Kamrane, la tête enroulée dans un turban. Et d’ajouter : « Tous les musulmans veulent effectuer le hajj », l’un des cinq piliers de l’islam que tout fidèle est censé accomplir au moins une fois dans sa vie s’il en a les moyens.

Hamza MEKOUAR/AFP

À la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'OLJ vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants