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Nos lecteurs ont la parole - Par Lamia Sfeir Darouni

Où s’arrête la liberté d’expression et où commence la peur de la répression ?

Il fut un temps où le pays vivait sous une botte étrangère. En ce temps-là, le peuple marchait la tête baissée et la peur au ventre. En ce temps-là, le peuple n’avait pas droit aux rêves et aux espoirs. En ce temps-là, les jeunes étaient muselés, écrasés, tabassés. Se révolter entraînait de lourdes représailles. Parler était un verbe rayé de leur vocabulaire. Battus à mort pour avoir osé dénoncer leur révolte et leurs croyances, ces jeunes en avaient longtemps fait les frais. Et puis vint un printemps 2005 qui brisa cette chaîne de la peur, libéra la haine et poussa les jeunes à défier la violence et la terreur. Le peuple réapprit à vivre, libre, fier et indépendant. Les jeunes reparlaient espoir et liberté. Le Liban laissait éclater ses talents et reprenait son rôle de pays-message, de liberté et de vivre-ensemble. Mais dix ans plus tard, comme un air de déjà vécu et déjà senti, l’ère de la terreur morale reprend le dessus, cette fois-ci fomentée par son propre gouvernement et sa propre autorité. Parler, contester, désavouer un ministre ou un responsable redevient un crime qui entraîne de lourds châtiments.

Cette liberté d’expression, si chère au peuple, perdait petit à petit sa place. De nouveau, on emprisonne les uns pour avoir osé dénoncer le comportement de certains responsables. On réprime des journalistes pour avoir osé brandir une vérité qu’ils devaient taire. On arrête des bloggeurs pour avoir écrit sur leur mur une réalité contestée. On musèle des acteurs pour avoir défié les règles du silence et aujourd’hui on punit des chanteurs pour avoir touché à des valeurs sacrées qui vont au-delà de certaines croyances. Et c’est là où le bât blesse, et c’est là où réside toute la polémique autour de ce groupe de rock. Car au-delà de ces trois mots chantés (que personne n’avait contestés il y a trois ans), au-delà de l’homosexualité d’un membre du groupe (un problème qui ne concerne strictement personne, dans la mesure où chacun est libre de son corps, de sa façon d’être et de paraître, dans la mesure surtout où il n’inflige aucun tort à la société), au-delà de certains comportements du groupe jugés immoraux, c’est le refus de la société civile de retomber dans l’ère de la peur et du silence qui est derrière toute cette polémique, c’est la révolte de cette jeunesse qui refuse de se laisser de nouveau museler, étouffer, réprimer et bafouer, qu’ils appellent aujourd’hui à combattre, c’est le ras-le-bol de certains qui refusent l’ingérence du clergé et du religieux dans leurs droits sociaux les plus élémentaires (divorce, mariage, liberté de penser et de s’exprimer…), c’est surtout une seule et unique question qui éclate au grand jour : où s’arrête la liberté d’expression de chacun et où commence la peur et l’interdit de penser. Aujourd’hui, pour avoir vécu l’ère de l’ingérence et la peur de l’autre, pour avoir subi la honte du silence et l’interdit de penser, pour éviter à leurs enfants de vivre ce qu’ils ont vécu des années durant, cette société civile, poumon de ce pays, cette troisième voix silencieuse, qui se réveille tout doucement, cette jeunesse qui refuse de se laisser guider et injurier par une horde de politiciens, corrompus, refusent de baisser les bras, crient leur révolte et défendent leurs droits à la parole et à la pensée, leurs droits à la liberté, leur droit de vivre libres, tout simplement. Et s’il y a un groupe qui aurait dû être puni et châtié, s’il y a des jeunes qui auraient dû s’excuser, ce sont ceux qui ont fomenté la haine sur les réseaux sociaux et ont appelé à la vengeance et aux armes pour faire entendre leur voix et défendre leurs convictions. Et par-dessus tout, s’il y a un message qu’aurait dû prôner le clergé chrétien, c’est celui de la tolérance dans le respect et la considération de l’autre et non pas la vengeance et la haine, les seules armes utilisées par les religions extrémistes. Car comme l’a si bien dit une phrase : si ta foi et ta croyance tiennent à trois mots chantés, revoit ta foi et ta croyance et non pas les mots chantés.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Il fut un temps où le pays vivait sous une botte étrangère. En ce temps-là, le peuple marchait la tête baissée et la peur au ventre. En ce temps-là, le peuple n’avait pas droit aux rêves et aux espoirs. En ce temps-là, les jeunes étaient muselés, écrasés, tabassés. Se révolter entraînait de lourdes représailles. Parler était un verbe rayé de leur vocabulaire. Battus à mort pour avoir osé dénoncer leur révolte et leurs croyances, ces jeunes en avaient longtemps fait les frais. Et puis vint un printemps 2005 qui brisa cette chaîne de la peur, libéra la haine et poussa les jeunes à défier la violence et la terreur. Le peuple réapprit à vivre, libre, fier et indépendant. Les jeunes reparlaient espoir et liberté. Le Liban laissait éclater ses talents et reprenait son rôle de pays-message, de liberté et de...
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