Photo REUTERS/Fawaz Salman
Dix-neuf soldats yéménites ont été tués vendredi dans une attaque du réseau jihadiste El-Qaëda contre leur camp dans le sud du pays en guerre, au lendemain d'attaques contre la police ayant fait 49 morts.
El-Qaëda dans la péninsule arabique (Aqpa), basé au Yémen, a revendiqué l'attaque contre le camp militaire d'Al-Mahfad, dans le nord de la province d'Abyane, affirmant y avoir "fait exploser" des bâtiments avant de se retirer, selon un communiqué diffusé par l'organisme américain de surveillance des mouvements extrémistes SITE.
A la faveur du conflit dévastateur qui oppose depuis 2014 au Yémen les rebelles houthis aux forces gouvernementales, El-Qaëda a renforcé sa présence dans le sud du pays, alors que le groupe jihadiste rival Etat islamique (EI) s'y est implanté. Les deux organisations ont revendiqué des dizaines d'attentats sanglants ces dernières années.
Une coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite, voisine du Yémen, est intervenue en 2015 dans le conflit pour aider le pouvoir à arrêter une offensive des rebelles qui s'étaient emparés de vastes pans de ce pays pauvre de la péninsule arabique, dont la capitale Sanaa.
Vendredi, des membres d'Aqpa, considéré par les Etat-Unis comme la branche la plus dangereuse du réseau islamiste radical, ont attaqué le camp d'Al-Mahfad et sont parvenus à y entrer et à combattre les soldats pendant plusieurs heures, avant l'arrivée de renforts de l'armée, ont indiqué des responsables des forces gouvernementales qui ont attribué l'attaque à El-Qaëda.
"Des assaillants ont été tués et d'autres chassés avec l'appui de l'aviation des forces de la coalition au cours d'une opération qui a duré des heures", a précisé l'un d'eux. Dix-neuf soldats ont été tués et plusieurs autres blessés.
Pour Aleksandar Mitreski, spécialiste des questions de sécurité et chercheur à l'Université de Sydney (Australie), "El-Qaëda n'a ni la capacité ni l'appétit stratégique d'ouvrir un nouveau front dans le sud du Yémen". Mais le réseau "pourrait à l'avenir commettre des attaques sporadiques pour affirmer qu'il reste un acteur qui compte dans le conflit".
Jeudi, au moins 49 personnes, dont de nombreux policiers, ont été tuées dans deux attentats à Aden, la capitale du sud du pays où siège le gouvernement, dont une attaque suicide revendiquée vendredi par le groupe Etat islamique (EI) sur la messagerie cryptée Telegram.
Une voiture piégée a explosé à l'entrée d'un QG des forces de l'ordre dans le centre d'Aden, au moment où les policiers se rassemblaient pour saluer le drapeau national, selon des responsables. Treize policiers ont été tués, selon le ministère de l'Intérieur.
La deuxième attaque, à la périphérie ouest d'Aden, a visé la caserne d'Al-Jalaa et été revendiquée par les rebelles houthis qui affirment l'avoir menée à l'aide d'un missile et d'un drone. Trente-six personnes ont péri selon un bilan officiel.
Les forces visées jeudi appartiennent à la force dite "Ceinture de sécurité", entraînée et équipée par les Emirats arabes unis, un pilier de la coalition sous commandement saoudien, qui avaient annoncé début juillet vouloir réduire leurs troupes au Yémen.
Jusqu'aux attaques de jeudi, Aden avait connu un calme relatif, le dernier attentat suicide remontant à juillet 2018.
Plus de quatre ans après l'intervention de la coalition conduite par iRyad, les houthis contrôlent toujours de vastes zones de l'ouest et du nord du pays, dont Sanaa.
Une grande partie du sud du Yémen est sous contrôle des forces progouvernementales qui avaient réussi à reprendre plusieurs régions aux houthis.
Depuis 2014, le conflit a tué des dizaines de milliers de personnes, dont de nombreux civils, selon diverses organisations humanitaires. Environ 3,3 millions de personnes sont toujours déplacées et 24,1 millions, soit plus des deux tiers de la population, ont besoin d'assistance, selon l'ONU.
L'émissaire de l'ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, a dit vendredi sa "sérieuse inquiétude" après "les attaques à Aden et Saada", bastion des houthis dans le Nord où 13 civils ont péri lundi dans un bombardement saoudien. Il a appelé "les parties à déployer davantage d'efforts en faveur d'un règlement politique".


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