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Moyen Orient et Monde - Interview express

« En Russie, on assiste aux manifestations de la dernière chance »

Cyrille Bret, spécialiste de la Russie, revient sur le mouvement de protestation contre Poutine, samedi dernier à Moscou.

Vladimir Poutine assistant au défilé du Jour de la marine à Saint-Pétersbourg, en Russie, le 28 juillet 2019. Sputnik / Aleksey Nikolskyi / Kremlin via Reuters

Près de 1 400 personnes réclamant des élections libres en Russie ont été arrêtées lors de la répression d’une manifestation, non autorisée par les autorités russes, devant la mairie de Moscou samedi dernier. Selon l’ONG OVD-Info, spécialisée dans le suivi des manifestations, il s’agirait du plus grand nombre d’arrestations depuis le mouvement de contestation de 2012 contre le retour au Kremlin du président russe Vladimir Poutine. À coups de slogans du type « La Russie sans Poutine » ou encore « Poutine, démission », les protestataires ont dénoncé le rejet de plusieurs candidatures de membres de l’opposition qui entendaient se présenter aux élections municipales du 8 septembre prochain.

Le point sur la situation avec Cyrille Bret, spécialiste de la Russie et fondateur du site « EurAsia Prospective ».


(Lire aussi : L'opposant russe Alexeï Navalny "empoisonné", selon son avocate)



Dans quel contexte politique la manifestation de samedi s’est-elle déroulée ?

Les rassemblements de ce week-end s’inscrivent dans le cadre de la préparation des élections au Parlement de Moscou en septembre. Elles sont la suite d’une série d’autres manifestations survenues tout au long du mois de juillet dans la capitale russe. La plus importante d’entre elles a eu lieu le 20 juillet et a mobilisé 20 000 personnes selon les organisateurs. Elle était destinée à soutenir les candidats de l’opposition, notamment ceux liés à Alexei Navalny (principal opposant à Vladimir Poutine), qui ont été déclarés « non éligibles » et écartés de la course électorale locale le 16 juillet par la commission électorale. Ces manifestations se déroulent dans un contexte économique plutôt favorable puisque les grandes crises sont passées, qu’il s’agisse des récessions de 2014 et 2016, de la crise de change qui a entraîné la dévaluation du rouble en 2015 ou encore de la baisse des cours du pétrole qui demeurent néanmoins assez hauts pour garantir à l’État fédéral des recettes suffisantes. En ce qui concerne le social, le taux de pauvreté reste assez élevé (plus de 10 %), les accès aux services de santé, d’éducation et de transport restent très inégalitaires. Mais il n’y a pas de crise sociale marquée. Les mobilisations que nous voyons depuis le début du mois de juillet se rapprochent de celles de 2012 et 2013, et sont plus politiques que socio-économiques. L’opposition se concentre surtout sur la contestation du pouvoir du président russe.

Le pouvoir est-il sérieusement inquiet par ces manifestations ?

Les conséquences de la répression seront locales et non nationales. Ce que redoutent les autorités russes, ce sont les grandes manifestations de 2012 et 2013 qui, autour de la lutte contre la corruption, ont réuni beaucoup de Moscovites et de Pétersbourgeois et qui ont, entre autres, fait émerger la figure d’Alexeï Navalny dans le pays et à l’étranger. Là, l’atmosphère n’est pas favorable à un emballement de la mobilisation. La Russie sort d’une séquence électorale qui a été favorable à Vladimir Poutine (vainqueur des législatives de 2017 puis de la présidentielle de 2018).La conjoncture économique n’est pas mauvaise. La scène politique russe est peu active en août. Enfin, l’opposition n’est pas perçue comme capable d’assurer la relève. Cela fait 20 ans que Vladimir Poutine est au pouvoir, et les partis de mobilisation sont découragés. Les manifestations auxquelles on assiste sont davantage des manifestations de la dernière chance. Elles peuvent paraître inquiétantes pour l’ordre public et pour les autorités, mais l’opinion publique russe est davantage attachée à la stabilité et à l’unité du pays. Or, l’opposition n’est aujourd’hui pas considérée comme capable d’empêcher le pays de sombrer dans l’anarchie des années 1990. Je ne pense pas que la répression soit parvenue à un tournant : les autorités publiques n’hésitent pas à recourir à des arrestations en nombre et à une action large quand l’ordre public est en jeu. C’est la doctrine du maintien de l’ordre en Russie.


(Lire aussi : À Moscou, la bataille de l’opposition pour enregistrer ses candidats)


L’opposition a annoncé un nouveau rassemblement pour le 3 août. Une nouvelle répression est-elle à craindre ?

La doctrine des autorités publiques russes est très claire : pour avoir lieu, il faut qu’une manifestation soit autorisée. Dès qu’il y a une manifestation non autorisée, les arrestations sont importantes et sans hésitation. Toute la question pour la manifestation du 3 août prochain est de savoir si elle sera autorisée ou non. Si elle est interdite, des arrestations en nombre auront lieu sans aucun doute.



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commentaires (3)

PEUT-ON REVER DE DEMOCRATIE EN RUSSIE ?

SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

14 h 54, le 30 juillet 2019

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Commentaires (3)

  • PEUT-ON REVER DE DEMOCRATIE EN RUSSIE ?

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    14 h 54, le 30 juillet 2019

  • Krack boom........ et ce pantin disparaîtra.

    FRIK-A-FRAK

    12 h 14, le 30 juillet 2019

  • la prochaine etape....Poutine ordonne le bombardement des manifestants avec du gaz sarin comme son ami Bashar Nalvany a deja ete empoisonne ....il faut esperer que lepeuple russe courageux se debarasse de ce tueur de president .

    HABIBI FRANCAIS

    11 h 06, le 30 juillet 2019

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