Des réfugiés syriens devant un magasin à Ankara, le 11 avril 2017. Photo d'archives AFP/Adem Altan.
Le gouvernorat d'Istanbul a lancé lundi un ultimatum, qui expire le 20 août, enjoignant les Syriens y vivant illégalement de quitter la ville, où une campagne d'expulsions est en cours depuis plusieurs jours.
Le gouvernorat a affirmé dans un communiqué que plus de 547,000 Syriens vivaient à Istanbul "sous le régime de protection temporaire" après avoir fui le conflit qui ravage leur pays, mais que tous ceux qui s'y sont installés illégalement étaient désormais passibles d'expulsion.
La Turquie accueille plus de Syriens déplacés par la guerre qu'aucun autre pays au monde: ils sont plus de 3,5 millions à y avoir trouvé refuge.
Selon un communiqué publié par le gouvernorat d'Istanbul en turc et en arabe, les Syriens installés à Istanbul mais enregistrés en tant que réfugiés dans un autre gouvernorat turc seront renvoyés vers le gouvernorat en question, alors que ceux qui ne sont pas du tout enregistrés seront expulsés hors de Turquie.
"Les étrangers de nationalité syrienne qui ne sont pas enregistrés sous le régime de protection temporaire ou ne disposant pas d'un permis de résidence seront expulsés vers les provinces désignées par le ministère de l'Intérieur. L'inscription au régime de protection temporaire à Istanbul est close", a indiqué le gouvernorat. "Un délai expirant le 20 août a été accordé aux étrangers de nationalité syrienne vivant à Istanbul mais disposant de cartes de protection temporaires délivrées par d'autres provinces pour retourner dans ces provinces, faute de quoi ils y seront renvoyés conformément aux consignes du ministère de l'Intérieur", a-t-il ajouté.
Les forces de sécurité turques ont renforcé les contrôles d'identités ces derniers jours à Istanbul, notamment dans les stations de métro, les gares routières et les quartiers à forte concentration de Syriens.
Selon Mahdi Daoud, président du Forum des associations syriennes, une coalition d'ONG syriennes, "plus de 600 Syriens", pour la plupart titulaires de "cartes de protection temporaires" délivrées par d'autres provinces turques, ont été arrêtés la semaine dernière à Istanbul et expulsés vers la Syrie. Il a souligné que ces expulsions allaient même à l'encontre des directives du ministère turc de l'Intérieur, car ces personnes auraient dû être renvoyées vers les provinces où elles sont enregistrées en Turquie et non pas vers la Syrie. "Ils ont été forcés de signer des documents reconnaissant qu'ils rentraient volontairement en Syrie", a-t-il ajouté dans des déclarations à l'AFP. Il a affirmé que le Forum des associations syriennes était entré en contact avec les autorités turques à la suite de ces expulsions "et aucun nouveau cas n'a été enregistré depuis samedi".
Selon M. Daoud, près de 26.000 Syriens vivent à Istanbul sans disposer de carte de protection temporaire. Il n'a pas été en mesure de donner le nombre de ceux vivant dans la mégapole mais titulaires d'une carte de protection délivrée ailleurs en Turquie.
D'après une étude publiée début juillet par l'Université Kadir Has à Istanbul, la part des Turcs mécontents de la présence des Syriens est passée de 54,5% en 2017 à 67,7% en 2019.
Pendant la campagne pour les élections municipales cette année, le discours hostile aux Syriens s'est déchaîné sur les réseaux sociaux, avec le mot-dièse #LesSyriensDehors.
Le nouveau maire d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, a été critiqué pour s'être ému du nombre d'enseignes en arabe dans certains quartiers.
Accusé de laxisme, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, qui prônait l'accueil des Syriens au nom de la "solidarité musulmane", veut désormais montrer un visage de fermeté.


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