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Liban

Ces documents officiels qu’on griffonne encore à la main

Citoyen grognon
20/07/2019

La fiche d’état civil individuelle ou familiale est un bien des plus précieux pour tout citoyen libanais, à garder constamment sous la main. À la condition, certes, que sa date d’émission ne dépasse pas trois mois, pas même d’un jour. Pour un oui ou pour un non, cette précieuse fiche, on vous la demande. Pour la moindre formalité administrative, à commencer par l’obtention d’un passeport, d’un visa, d’un permis de conduire ou d’un prêt bancaire, et jusqu’au renouvellement du permis de séjour de votre employée de maison, en passant bien sûr par l’achat d’une voiture, l’inscription scolaire ou universitaire de vos enfants…

Peu importe que vous affichiez fièrement votre carte d’identité informatisée, aux dimensions d’une carte de crédit, avec code barre, groupe sanguin, photo couleur intégrée et caractères imprimés. Vous devez absolument fournir le fameux sésame, mieux connu sous le nom de « ikhraj el-qayd ».

Sauf que ce fameux « ikhraj el-qayd », qu’il soit personnel ou familial, les fonctionnaires de l’état civil continuent de le remplir à la main, de le griffonner à la va-vite, comme pour en rendre la lecture impossible. On ne compte plus les erreurs, les noms déformés, les dates de naissance ou de décès modifiées, les filles qu’on transforme en garçons, et vice versa. Au point que deux frères en arrivent à voir des noms de famille différemment orthographiés. Il suffit parfois d’un point oublié, d’une boucle escamotée, d’un trait mal tiré, d’une lettre omise ou intervertie pour que Zeina devienne Reina, Fadoua devienne Faroua, Fady devienne Nady, Marthe devienne Marne, Magali devienne Malaké…

Une main qui tremble ? Un fonctionnaire mal luné ? Un contractuel peu scrupuleux ? Et vos dates de naissance seront mal recopiées pour ne pas dire réinventées. On vous rajeunira de plusieurs années. On vous vieillira d’autant. On ressuscitera vos morts. Qu’importe !

« Je m’appelle Zeina. On m’a transformée en Nazih. Pour une histoire de points mal placés, je suis devenue un homme sur le papier », gronde une jeune femme. « Moi, on m’a carrément éliminé le “a” de Abdallah. Mon frère a pourtant gardé le sien », se plaint un vieil homme à son moukhtar.

C’est comme si c’était fait exprès ! Histoire de déranger le citoyen, de lui faire perdre un temps précieux, de le contraindre à multiplier les allées et venues pour corriger les menues fautes. Ou carrément de lui faire refaire la formalité, lorsque les coquilles sont trop grossières. Sans oublier les frais occasionnés, les formalités payées, non pas une, mais deux, voire trois fois.

Le pire, c’est qu’il n’y a personne pour enregistrer vos plaintes, personne pour rendre des comptes ni même s’excuser. Et lorsque vous osez vous énerver ou montrer votre agacement, on vous demande si « vous en êtes sûr ». On va même jusqu’à vous gratifier d’un « c’est ainsi écrit dans les registres », alors que vous savez pertinemment bien que c’est pur mensonge. Preuve en est, cet ancien extrait d’état civil que vous avez précieusement conservé dans vos archives et qui était correct en tous points. On finit par vous avouer à demi-mot que « des extras non qualifiés sont embauchés pour le travail manuel de copie ». Avec personne pour les contrôler…

Que se passe-t-il au sein de l’état civil libanais ? Qu’attend donc le ministère de l’Intérieur pour dépoussiérer l’institution et la transporter au XXIe siècle, comme promis ? À l’ère de l’informatisation quasi universelle, on ne peut que s’interroger sur cet entêtement à fournir au citoyen des documents officiels griffonnés à la main et truffés d’erreurs de surcroît. Sans parler du coût exorbitant pour le Trésor d’une tâche… complètement inutile.

Mais y a-t-il quelqu’un pour entendre ?

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Irene Said

Ben oui...
les centaines d'emplois "distribués" par les zaïms pour lesquels vous avez voté...fallait bien les placer quelque part !
Sans vérifier si ces heureux fonctionnaires savaient lire et écrire correctement, et comprenaient ce qu'une pièce d'identité de cette importance signifiait pour son/sa propriétaire.

Le Liban rêve d'aller dans l'espace avec un nanosatellite...mais notre espace terrestre est encore géré selon les méthodes du début du siècle passé...mais à la libanaise...fantaisiste...et donc avec des conséquences épuisantes dans beaucoup de domaines !

Irène...
(transcrit IRAN dans les documents officiels, ce qui me fait très, très plaisir !)
Saïd

Abdul-Massih Nicole

Sur les papiers de ma soeur mariée à Walter Tobler, Suisse (difficile de se tromper) ils ont écrit mariée à Walter Tobler, Syrien !
Il a fallu plusieurs démarches avant qu’ils n’acceptent d’effectuer la correction!
« Maaleich, kella noota!...On effectuera la correction la prochaine fois! « 
Mon mari et sa soeur ne portent pas le même nom de famille depuis plus de 35 ans!!! Un Abdul, l’autre Abdel!
« Walaw! Choul mechkleh? Battalto Ekhweit? »

Honneur et Patrie

Personne ne vous entendra. D'ailleurs, ils ne sont pas là pour vous entendre. Ils sont tous là pour le pillage de l'Etat exclusivement : Voyages gratuits, hydrocarbures offshore, bateaux turcs centrales électriques, stations balnéaires, rêves présidentielles, insultes envers leurs rivaux, fumer des narguilés en attendant "la manne et les cailles" des aides étrangères etc.
Quant aux "ikhraj qayd" c'est pour remédier au problème des centaines de milliers de fausses "cartes d'indentité"qui circulent dans le pays depuis années 1975 et les guerres des autres sur notre territoire.

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