Liban

Salam, Mikati et Siniora en Arabie : un rééquilibrage face à l’influence iranienne grandissante

Décryptage
18/07/2019

Dans le climat politique actuel confus et troublé, la visite des anciens Premiers ministres en Arabie a suscité de nombreuses interrogations dans les milieux politiques. Nagib Mikati, Tammam Salam et Fouad Siniora ont eu beau affirmer, après leur retour au Liban, que la visite a eu lieu de leur propre initiative et dans le but de consolider la position de l’actuel Premier ministre Saad Hariri face à ce qui est considéré comme « des atteintes répétées » à ses prérogatives constitutionnelles, les milieux proches du 8 Mars se demandent s’il ne s’agit pas d’une étape dans un plan saoudo-américain pour ébranler le fameux « compromis présidentiel », conclu entre Saad Hariri et Michel Aoun avant l’élection de ce dernier à la présidence de la République, et du même coup pour isoler politiquement le Hezbollah qui en est un des partenaires.

Selon ces milieux, il ne fait aucun doute que les dirigeants saoudiens ainsi que l’administration américaine ont accepté à contrecœur la conclusion du fameux « compromis présidentiel » qui a abouti à l’élection de Michel Aoun à la présidence et à la désignation de Saad Hariri à la tête du gouvernement. Ce compromis avait été conclu à un moment précis dans l’histoire de la région, juste avant l’élection présidentielle américaine le 8 novembre 2016, alors que tous les sondages prédisaient la victoire de Hillary Clinton, qui était censée poursuivre la ligne politique adoptée par Barack Obama dans la région, et en particulier avec l’Iran. Selon les médias de l’époque, Saad Hariri aurait consulté les dirigeants saoudiens avant de conclure ce compromis, et ces derniers, qui avaient alors d’autres soucis, lui auraient répondu par une sorte de désintérêt. Depuis, Donald Trump a été élu à la présidence des États-Unis et s’est retiré de l’accord conclu sur le nucléaire iranien, tout en menant une guerre économique sans merci contre la République islamique et ses alliés dans la région, dont le Hezbollah. En dépit de ses déclarations qui soufflent le chaud et le froid au sujet de l’Iran, les sanctions économiques de plus en plus sévères restent une constante dans la politique de Donald Trump. Mais même si ces sanctions font mal aussi bien à l’Iran qu’au Hezbollah – qui a réduit ses dépenses dans de nombreux secteurs –, elles n’ont jusqu’à présent rien changé dans les rapports de force internes libanais.

Toujours selon les milieux politiques proches du 8 Mars, les Américains et les Saoudiens auraient peut-être décidé de passer à une phase plus concrète dans leur plan d’affaiblissement de l’Iran et de ses alliés dans la région, en particulier le Hezbollah. Après la tentative avortée de pousser le Premier ministre Saad Hariri à démissionner depuis Riyad (novembre 2017), les dirigeants saoudiens se sont plus ou moins désintéressés du Liban, laissant le pays patauger dans ses crises successives économique et politique.

Aujourd’hui, en harmonie avec les sanctions américaines contre l’Iran et ses alliés, les dirigeants saoudiens auraient donc décidé de réagir à travers l’invitation adressée aux trois anciens Premiers ministres à se rendre en Arabie. Toujours selon les milieux précités, le message serait clair : l’Arabie a décidé de renouveler son appui à la communauté sunnite du Liban pour la pousser à reprendre pleinement son rôle prépondérant au sein du pouvoir qui, selon les mêmes milieux, se serait affaibli à la faveur du fameux compromis présidentiel. Les trois anciens Premiers ministres ont eu beau déclarer que leur visite en Arabie a eu lieu en coordination totale avec Saad Hariri, elle n’en cache pas moins une critique directe des rapports de force internes libanais qui penchent vers l’alliance Aoun-Hezbollah. Le fait de parler clairement du retour à l’accord de Taëf, dont l’Arabie était un des parrains en 1989, est donc perçu comme un mécontentement de la pratique actuelle du pouvoir au Liban. D’autant que, toujours selon les mêmes milieux, la rue sunnite libanaise serait mécontente de ce qu’elle considère comme « les concessions répétées » du Premier ministre au chef de l’État, à son camp politique et finalement au Hezbollah. D’ailleurs, les critiques que les Forces libanaises et le PSP adressent régulièrement à Saad Hariri reflètent aussi cette tendance de considérer que les prérogatives du Premier ministre sunnite sont actuellement détournées au profit de l’alliance CPL-Hezbollah.

Sur le plan politique, le raisonnement peut se tenir. Mais, selon des sources proches du courant du Futur, il n’est pas vraiment conforme à la réalité. Pour ces milieux, les Américains et les Saoudiens ne sont certes pas satisfaits de la situation actuelle au Liban et ils ne cachent pas leur volonté d’affaiblir le Hezbollah. Mais les Saoudiens ne préparent pas des mesures concrètes contre lui. Si c’était le cas, ils ne chercheraient pas à améliorer leurs relations avec ce pays en poussant les touristes saoudiens à revenir au Liban et ne promettraient pas de conclure de nouveaux accords économiques. De plus, les propos tenus par le roi Salmane à ses interlocuteurs libanais sont basés sur des principes généraux qui sont des constantes dans la politique saoudienne à l’égard du Liban. De son côté, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Ibrahim al-Assaf, est entré dans les détails avec les trois anciens Premiers ministres parce que c’est son rôle et que c’est sa première rencontre avec les anciens responsables libanais. Il n’y a donc aucune mesure concrète dans ces échanges, si ce n’est la volonté saoudienne de rétablir plus ou moins l’équilibre politique au Liban face à l’influence iranienne grandissante dans ce pays.

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Bery tus

c'est bon de voir différentes personnes avec différentes options politique .. car la a force d'echanger dans le fond (c'est ce qui est important) entre different courant de pensee on s'enrichit ..

mais echanger des insultes ou encore des niaiseries vindicative ou encore de choses superficiels ne comprenant meme de quoi il s'agit Je parle de courant de pensee d'ecoles de de pensee différentes de strategie, serait vraiment enfantin et n'apporte d'aucune facon une plus value

et la je ne parler pas de Mme Haddad

Hitti arlette

Le tableau des trois anciens premiers ministres ressemble bizarrement à celui des fayots des classes primaires Parce que les fagots , il y en a partout .. Phénomène universel ..Aussi sont-ils toujours prêts à dénoncer ou à rapporter fidèlement à leurs supérieurs les petites bêtises commises par leurs camarades mais susceptibles de leur infliger des punitions disproportionnées aux actes ou paroles un tant soit peu puérils et innocents .

Hitti arlette

Le tableau des trois anciens premiers ministres ressemble bizarrement à celui des fayots des classes primaires Parce que les fagots , il y en a partout .. Phénomène universel ..Aussi sont-ils toujours prêts à dénoncer ou à rapporter fidèlement à leurs supérieurs les petites bêtises commises par leurs camarades mais susceptibles de leur infliger des punitions disproportionnées aux actes ou paroles un tant soit peu puérils et innocents .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

GARE AUX REEQUILIBRAGES DE CHACUN CHEZ NOUS. CA PEUT METTRE LE FEUX AUX POUDRES. ILS S,EN FOUTENT LES AUTRES. NOUS PAYERONS LE PRIX.

Aref El Yafi

[Alain Delon]
Ecoute-moi

[Dalida]
Paroles, paroles, paroles

[Alain Delon]
Je t'en prie

[Dalida]
Paroles, paroles, paroles

[Alain Delon]
Je te jure

[Dalida]
Paroles, paroles, paroles, paroles, paroles

Amère Ri(s)que et péril.

En termes plus prosaïque on dira que les retardataires essaient toujours de prendre le train en marche.

L'alliance des forces de la résistance donne le tempo et les boudeurs ont le choix, soit d'embarquer soit de voir défiler l'histoire de leur échec, sous leurs yeux.

Bonne journée Scatlett.

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