Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a affirmé hier, au cours d’un entretien accordé à la chaîne al-Manar à l’occasion de la commémoration de la guerre de juillet 2006 contre Israël, que « la résistance est plus forte que jamais en dépit des sanctions » imposées par les États-Unis contre l’Iran et le Hezbollah, et « s’est développée au cours des 13 dernières années, ce qu’Israël reconnaît ».
Il a cependant insisté sur le fait que Téhéran ne voulait pas de guerre avec les États-Unis et était « ouvert à toute démarche pour une solution garantissant sa dignité ».
L’Iran n’attaquera pas les États-Unis « et Washington dit qu’il ne souhaite pas attaquer Téhéran, a-t-il indiqué en substance, estimant qu’il n’y aura pas de guerre contre l’Iran et que le président Donald Trump parie sur les pressions économiques. Selon lui, Washington « sait qu’une guerre contre Téhéran serait très coûteuse et que les deux parties feront tout pour ne pas partir en guerre ». M. Trump aurait d’ailleurs décidé d’annuler les frappes prévues contre Téhéran après avoir reçu un message iranien selon lequel ce dernier riposterait contre des cibles américaines, a-t-il dit.
Estimant qu’il n’y aura pas de négociations directes entre les deux pays, comme l’affirment les responsables iraniens, Hassan Nasrallah a estimé cependant que Téhéran « n’a pas de problème avec les efforts internationaux visant à trouver une solution au problème », mais que « ce sont les États-Unis qui devront faire le premier pas ».
Selon lui, les Iraniens « sont ouverts à toute démarche préservant leur dignité, mais ne céderont pas devant le blocus et les sanctions » qui ne feront in fine que « renforcer la production intérieure iranienne ».
« Notre responsabilité dans la région est de faire tout ce qui est en notre capacité pour empêcher une guerre américaine contre l’Iran, qui sera très destructrice », a-t-il ajouté, critiquant le rôle de l’Arabie saoudite, mais appelant à « un dialogue saoudo-iranien, dont le seul adversaire est Benjamin Netanyahu », a-t-il dit.
Et de souligner : « Nul ne sera à l’abri d’une guerre, si elle éclate, même ceux qui parlent de dissociation au Liban, et tout pays qui participera à une telle guerre en paiera le prix. Ce qui empêche Washington d’aller en guerre, c’est le fait que l’Iran est capable de bombarder sauvagement Israël, et l’axe de la résistance discute en force si nous resterons spectateurs ou pas. Effectivement, si guerre il y a, c’est toute la région qui s’embrasera. »
La « peur » des Israéliens
« Toutes les équations qui ont été mises en place au lendemain de la guerre de juillet sont toujours en place. Parmi les résultats, la sécurité du Liban depuis 13 ans d’une manière telle que le Liban n’en a jamais connue dans son histoire et la consécration du principe de la dissuasion entre la résistance populaire ici et Israël. Israël, qui se considère comme une grande puissance, a reconnu ce principe et reconnaît qu’il réfléchit désormais avant d’attaquer le Liban », a indiqué Hassan Nasrallah.
« Nos capacités humaines se sont développées et notre capacité d’attaque, comme les forces armées terrestres, a augmenté de manière qualitative tant sur le plan de la doctrine que de l’expérience et la capacité, avec des armes de qualité, comme la force d’al-Radwan et les brigades de Abbas qui sont spécialisées dans l’offensive », a-t-il dit, avant d’ajouter : « Nos capacités en missiles balistiques de précision se sont développées tant sur le plan numérique que qualitatif. »
« Le directoire israélien a peur de la résistance », a-t-il souligné, entretenant le flou sur la possession ou pas de missiles antiaériens aux mains du Hezbollah.
Selon lui, Israël a perdu confiance après son échec en 2006, et la guerre s’est déplacée en territoire israélien. « La résistance est plus forte que jamais aujourd’hui pour ébranler sérieusement le front interne de l’ennemi. Les capacités de l’armée israélienne sur le plan terrestre ont diminué et il est impossible de gagner une guerre avec la seule force aérienne », a-t-il estimé.
Affirmant, cartes à l’appui, qu’il est capable de toucher des cibles névralgiques dans le nord d’Israël, Hassan Nasrallah a conseillé à Israël de cesser de menacer le Liban d’un retour à l’âge de pierre parce que « c’est l’entité sioniste elle-même qui subira ce sort ». Partant, la dissuasion empêche Israël de mener toute guerre contre le Liban et même de mener des raids aériens contre lui.
Au minimum, le Hezbollah « est capable d’opérer des destructions massives en Israël », affirmant qu’il dispose d’une botte secrète « que je ne révélerai pas ». « Toute nouvelle guerre contre le Liban sera plus grave que celle de 2006 et affaiblira Israël jusqu’au bord de la disparition », a-t-il noté.
Il a par ailleurs estimé qu’il avait « de grandes chances d’arriver un jour à Jérusalem ».
« Redéploiement » du Hezbollah en Syrie
Hassan Nasrallah a par ailleurs condamné la position arabe concernant le marché du siècle, qui échouera certainement selon lui, d’autant qu’ « aucun pays arabe ne pourra porter le fardeau de ce marché ».
Concernant l’implantation des réfugiés palestiniens au Liban, Hassan Nasrallah a estimé que ni le président des États-Unis Donald Trump ni son gendre Jared Kushner n’avaient la capacité de rendre cela possible, et qu’ « une unité des positions à ce sujet entre les Libanais était à même de l’empêcher ».
Au sujet de la délimitation des frontières maritimes, il a estimé que le processus était bloqué en raison du refus par Israël que l’ONU parraine les négociations, ce que réclame le Liban. Israël souhaite que Washington en soit le parrain pour réaliser ses intérêts, a-t-il dit, évoquant longuement la question des frontières terrestres et maritimes, et la corrélation entre les deux.
Le secrétaire général du Hezbollah a en outre indiqué qu’en Syrie, l’armée syrienne a recouvré la santé et que le directoire syrien n’avait pas demandé l’intervention du Hezbollah dans la bataille en cours contre les rebelles à Idlib. Par conséquent, si le Hezbollah n’a pas entièrement retiré ses troupes des régions dans lesquelles il se trouve, il n’a plus besoin de garder le même nombre de combattants en Syrie. Il a donc opéré un repositionnement et, si besoin est, il peut se redéployer en nombre en territoire syrien, a-t-il dit en substance.
Estimant que la Russie n’a pas intérêt à ce que l’Iran sorte de Syrie, Hassan Nasrallah a démenti les informations selon lesquelles il y aurait eu récemment des clashes armés entre forces syriennes prorusses et forces pro-iraniennes, mettant l’accent sur la coordination importante entre Téhéran et Moscou à tous les niveaux. « Ils sont plus proches que jamais », a-t-il dit à l’adresse de « ceux qui cherchent à susciter un conflit entre les deux pays ».
S’adressant au Premier ministre israélien, il a dit qu’en dépit des frappes aériennes contre ses forces, « l’Iran ne sortira pas de Syrie » et que « cela n’empêche pas les armes d’arriver au Liban ». » Face à tout membre tué du Hezbollah en Syrie, nous répondrons à partir du Liban », a-t-il mis en garde. La Russie ne peut empêcher ces frappes, mais elle doit le faire, menaçant de riposte contre toute attaque destructrice contre le directoire syrien, a-t-il ajouté. Concernant enfin l’affaire de Qabr Chmoun, Hassan Nasrallah s’est prononcé en faveur de la stabilité et contre toute escalade sur ce plan.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef